Anaïs Bescond : “Le Canada est l’endroit rêvé pour m’exiler”

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BIATHLON – Elle a choisi une préparation différente cet été. La triple médaillée des mondiaux d’Oslo, Anaïs Bescond, passe un mois au Canada d’où elle répond à une longue interview. L’envie d’autre chose, de pratiquer l’anglais, de découvrir une région sont autant de motivations pour la Jurassienne qui s’est lancée dans une belle aventure.

 

Anaïs Bescond, vous êtes actuellement au Canada et avez participé pendant une semaine à un stage baptisé “wine-camp” puisque ce dernier s’est déroulé au milieu des vignes et arbres fruitiers de Kelowna. Vous y avez côtoyé les biathlètes canadiennes dont Rosanna Crawford. Comment est né ce projet et comment s’est passé cette collaboration ?

Ce projet a germé dans ma tête quelques jours avant mon départ pour Canmore en février dernier. J’arrivais dans une période de ma vie d’athlète où j’avais besoin d’apporter un peu de changement et j’ai pensé « si j’aime le coin, je me ferai peut-être un trip là-bas en été »…ça n’a pas loupé : j’ai adoré l’endroit, les montagnes sont majestueuses, et la nature est splendide. Les gens aussi sont sympas. C’est très cosmopolite comme endroit, les habitants sont patients et accueillants avec les étrangers. Bref l’endroit rêvé pour m’exiler quelque temps ! J’en ai d’abord parlé aux coachs. J’ai aussi eu la chance de croiser Férreol Cannard à mon retour de la tournée Nord-Américaine. Il avait effectué un voyage à Canmore à la fin de sa carrière, et je crois bien que c’est lui qui m’a décidé à me lancer ! Ensuite, j’ai attendu l’accord de mon employeur (l’Armée de Terre) pour approcher l’équipe Canadienne. J’ai profité d’une fin de repas à Oslo où nous partagions le même hôtel qu’eux pour aller prendre un café et discuter avec Matthias. Ça a été super, mon idée a immédiatement été bien accueillie et j’ai senti que tout allait rouler !

 

 

Aviez-vous besoin de “casser la routine” des stages avec l’équipe de France ?

En fait c’est exactement ça. J’arrive à un moment où je me rends compte que toutes les années se suivent et se ressemblent. J’adore ce que je fais, mais je n’ai pas envie que ce soit comme ça… Je ne suis pas un robot, je ne veux pas me contenter d’un schéma trop précis et bien huilé. Il est vrai que cette année nous aurons un stage à Hochfilzen en août, étape nouvelle dans notre planning d’été. Mais ce n’est pas comme si c’était l’inconnu non plus. Hochfilzen, j’y vais depuis 6 ans tous les hivers ! Le stage de juin avec l’équipe se déroulait à Prémanon. Là où je m’entraine… depuis que j’ai débuté ! Il est vrai que je rate des choses maintenant en n’étant pas avec l’équipe. En particulier avec le nouveau coach de tir des garçons (qui apporte beaucoup de matière à réflexion). Mais j’essaie de me dire que rien n’est irremplaçable et que ce que je vis ici est riche aussi. Je projette de rencontrer Franck Badioux à mon retour pour faire le point sur mes lacunes et tâcher de « rattraper » mon retard (s’il y en a !)

 

Je ne suis pas un robot, je ne veux pas me contenter d’un schéma trop précis et bien huilé

 

Ce stage précédait en fait une “immersion” d’un mois à Canmore où vous allez non seulement travailler votre anglais mais également poursuivre votre préparation. Comment ce mois va-t-il se dérouler ?

J’ai la chance d’être accueillie par la famille de l’un des athlètes : Nathan Smith. Ses parents ont une maison à Canmore mais vivent principalement à Calgary. Ils vont et viennent tout comme leur second fils. J’ai donc un pied à terre, partiellement partagé avec la famille Smith. C’est super car je ne suis pas vraiment seule, sans toutefois avoir toujours du monde sur le dos ! Mon amie Rosanna passe me chercher le matin pour monter à l’entrainement. Tous les jours de la semaine les coachs Matthias et Roddy encadrent des séances au pas de tir. Je me greffe à l’équipe et participe à leur séance. J’ai calqué mon programme d’entrainement sur le leur, afin de ne pas être trop décalée. La grosse différence entre eux et moi, est qu’ils ont déjà ré-attaqué les intensités (dès le début de la reprise) tandis que moi, je ne commencerai qu’en juillet (normalement avec le stage de Sirdal). Exceptionnellement, je vais en faire un peu plus tôt qu’habituellement, afin de participer à leur « testivale ». (Dans la mesure où mon pied tient la route !) C’est une semaine de « festival de tests… » qui sera donc d’un niveau international, car les athlètes Suisses de Benjamin Weger seront aussi présents ! Les jours de repos, j’en profite pour faire des visites et un peu de tourisme. J’ai la chance que Rosanna prenne plaisir à me faire découvrir sa région : nous avons déjà effectué une descente en Canoë de Banff à Canmore hier, c’était fantastique !

Bref, ça va bien se passer !

B-RD-Bescond Bolliet

Etes-vous en lien régulier avec votre entraîneur Julien Robert ou avec les copines de l’équipe de France ?

Évidemment, je ne suis pas bannie parce que j’ai voulu m’entrainer par moi-même ! J’échange beaucoup par mail avec Julien et Polo, et j’envoie de mes nouvelles aux filles (donc même si elles n’en veulent pas, elles en ont !). Ça me tient à cœur de rester connectée au groupe !

Comment va votre pied après un printemps délicat et un an après votre fracture de fatigue ?

Tout n’est pas encore rentré dans l’ordre. J’ai été très déçue et perturbée lors de ma reprise de l’entrainement. J’avais naïvement pensé être débarrassée définitivement de ce problème. Mais il faut être honnête, la douleur ne m’a pas quittée cet hiver, j’ai juste appris à la taire et à la dissimuler, même à moi-même. Ce qui fait que lors de la reprise de l’entrainement, la douleur a repris elle aussi, et de plus belle. Je me suis vue « finie »… Puis j’ai réfléchi, je me suis tournée vers le staff médical et les coachs. Nous avons remis en place un travail intelligent, et je vais gérer mon problème au jour le jour ! Une fracture de fatigue est un processus long à guérir, qui nécessite de la patience (ce qui n’est pas la première de mes qualités !) et de l’intelligence ! L’emplacement de cette fracture est embêtant (sur le pied) car je marche dessus tous les jours. J’ai rayé la course à pied et le classique de ma vie. Cela me manque beaucoup, mais il est important de ne pas sur-solliciter mon sésamoïde (os fracturé). J’espère que ça va se régler…

 

Anaïs Bescond

 

Je compte bien travailler comme une forcenée pour vraiment faire partie des tops athlètes dont on se souviendra.

 

Avec le recul, quel regard posez-vous sur votre éclatante dernière saison, marquée par de fabuleux mondiaux à Oslo avec une médaille d’or et deux d’argent !

Je suis chanceuse…on est beaucoup au départ à pouvoir monter sur le podium. Je suis super contente et fière de faire partie de cette élite-là ! Et bien sûr d’avoir partagé un plaisir éclatant avec Marie et toute l’équipe qui était derrière nous.

Je suis aussi chanceuse, car au vu de ma préparation tronquée, ce n‘était pas gagné d’avance ! Personnellement, au début de l’hiver, je n’aurais pas misé un copeck sur ma tête ! Mais comme quoi, de la persévérance (ou de l’acharnement ? la nuance est mince …) ça finit par payer !

DORIN HABERT Marie,BESCOND Anais

Comment abordez-vous la suite de la préparation et surtout le prochain hiver pré-olympique ?

Comme je l’ai dit plus haut, je prends mon entrainement au jour le jour. Je m’adapte par rapport à mon pied qui est un peu le centre de mes préoccupations. J’ai fini dans le top 10 mondial l’an dernier malgré une préparation compliquée. J’ai gagné en régularité par rapport aux saisons précédentes. Toutefois, je veux plus, et je veux mieux. Je sais que je dois aller un peu plus vite sur les skis et aussi tirer mieux. Mon point noir se situe au niveau du tir couché. Je compte bien travailler comme une forcenée et gratter les quelques points qui me manquent d’ici deux ans, pour vraiment faire partie des tops athlètes dont on se souviendra.

L’hiver dernier, le biathlon a connu un engouement médiatique important, notamment lors de ces fameux mondiaux pour l’équipe de France. Comment vivez-vous cela personnellement et dans le groupe France ?

Ça n’est pas quelque chose qui me perturbe outre-mesure. Je suis loin d’être hyper sollicitée, bien à l’abri que je suis derrière Marie et Martin ! Par contre je n’en vois que des avantages, car faire parler de notre sport, c’est le rendre plus populaire, mieux compris et aimé par les gens ! Je trouve que le sport véhicule de belles valeurs et que c’est important de faire rêver les jeunes afin qu’un jour ce soit eux qui nous fassent vibrer ! La couverture médiatique est donc l’élément incontournable de la réussite de ce projet !! Merci à vous, télé qui nous suivez !

 

Photos : Anaïs Bescond / Nordic magazine / Agence Zoom –

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