Martin Fourcade/Jean-Marc Gaillard : et si l’on parlait vélo (2/2)

Martin Fourcade / Jean-Marc Gaillard

A chaque printemps, le rituel est immuable : les skieurs nordiques enfourchent les vélos pour construire les bases de l’hiver à venir. Avec l’aide de Scott France, nous avons réuni Martin Fourcade et Jean-Marc Gaillard pour parler bicyclette.

 

Première partie de l’entretien

 

Martin, vous disiez avoir fait de la compétition en VTT. Et jamais sur la route ?
M.F : Non, jamais. Aujourd’hui j’ai du mal à faire de la compétition en étant dans une phase de volume. Je ne suis pas bon dans ses moments-là. C’est toujours pénible, que ce soit à pied ou en vélo, de se présenter au départ d’une épreuve pour se faire humilier. Je préfère garder ça pour après ma carrière ! La descente sur les compétitions de vélo de route me freine un peu également.
J.M.G : J’ai fait quelques cyclosportives et je serais au départ de l’Etape du Tour cet été. Je n’ai pas l’impression que l’on joue notre vie, je ne prends pas des risques énormes. Tu retrouves l’ambiance des longues distances en ski de fond. J’aime bien mettre un dossard de temps en temps l’été, même si la forme n’est pas toujours là c’est une bonne occasion de tirer un peu sur la machine.
Vous êtes des acteurs de votre sport, mais lorsque vous devenez spectateur d’une discipline, un moment vous a-t-il marqué particulièrement ?
M.F
 : Il y en a plein (de concert avec Jean-Marc) ! Moi je peux donner le dernier où je me suis enflammé : c’était pendant Milan San Remo. J’avais mis une petite pièce sur Nacer Bouhanni.
Martin, vous arrivez à vous intéresser à Milan San-Remo, une course de sprinters ?
M.F : Je peux regarder des étapes de plat pendant quatre heures, ça ne me fait pas peur ! Du coup, je me pétais la voix dans le final et je vois son saut de chaîne ! J’ai jeté la télécommande ! Demare passe devant, je rebondi là-dessus et j’étais à bloc ! Je peux citer cinquante moments comme celui-ci ! Le Tour de France tombe lors des périodes où l’on a des grosses charges de travail et les étapes arrivent durant les phases de repos. Du coup on est collé devant la télé. Que ce soit ça ou les Mondiaux d’athlétisme, la natation ou les Jeux olympiques, cela rythme mes étés entre les entraînements.
J.M.G : Je n’ai pas d’image en tête de moments forts. Comme le dit Martin, on s’enthousiasme rapidement pour les coureurs français, la jeune génération montante. Les mecs ont un sacré talent ! Cela fait plaisir de voir les résultats des jeunes. J’ai aussi en tête des images des Jeux olympiques, notamment avec Absalon. C’est énorme ce qu’il a pu faire. Sur une étape de plat lorsqu’on est en stage, ça nous permet de faire une petite sieste et l’on se réveille pour le sprint ! En revanche, on ne peut pas dormir lors des étapes de montagne, c’est un peu pénible (rires) !

 

 J’aurai du mal à faire du vélo toute l’année.

 

Il y a un vrai respect mutuel entre fondeurs et cyclistes…
MF : Nos saisons sont décalées et du coup, nous sommes spectateurs et admiratifs du sport de l’autre. Quand je vois un cycliste, j’ai en face de moi un champion. De son côté, il a certainement passé son hiver à regarder le ski. Nous sommes dans les mêmes positions.
J.M.G : A chaque fois que je roule avec des pros, je suis comme un gamin. Quand j’étais adolescent, je savais que Laurent Jalabert habitait dans les environs et je rêvais de pouvoir faire une sortie avec lui, ou même seulement dix bornes en sa compagnie !
M.F : En ayant grandi à Font Romeu, j’ai vu passer quelques cyclistes. Quand tu voyais passer les voitures de directeur sportif, ca donnait envie de sauter dans la roue.

 

Martin Fourcade
Avez-vous un jour imaginé une carrière dans le cyclisme pro ?
M.F 
: J’aurai du mal à faire du vélo toute l’année. Je pense que les saisons sont longues et il y a peu de place pour faire autre chose. En biathlon, nous avons une longue préparation et ça laisse le temps de varier les plaisirs. Je ne sais pas si je serais capable de faire quatre heures de vélo toute l’année. Le vélo est un plaisir et je ne sais pas si je pourrais rouler quand les conditions sont pourries.
J.M.G : En préparation, le cycliste va faire un peu de gainage et voilà. Le reste du temps, il enchaîne les sorties et ne fait que du vélo. Certains skient un peu.
M.F : Finalement, j’aurai pu plus facilement être vététiste. Tu peux mixer ton entraînement entre le VTT et la route et ça me conviendrait mieux. Cela reste du vélo, mais on trouve plus de diversité.
J.M.G : Je suis d’accord avec Martin. Mais contrairement à lui, je trouve la période de préparation un peu trop longue. En revanche, à l’inverse de nous, leur saison est très longue mais ils aménagent des coupures au cours de l’année. Ce système me plait, tu organises ton calendrier en fonction de tes envies et de tes qualités. Nous, on subit le calendrier pendant trois mois.
M.F : Là où j’aurais eu du mal en vélo de route, c’est de savoir que je ne peux pas gagner certaines courses. Dans mon sport aujourd’hui je ne sais pas faire une course sans essayer de la gagner. J’en suis incapable. En étant grimpeur, j’aurais tenté de mêler au sprint sur les Champs Elysées. J’ai ma conception de la compétition. En VTT, ce n’est pas ça. Si le mec est bon, il peut gagner toutes les Coupes du monde.

Martin, pourquoi donc ce choix du ski plutôt que du VTT ?
M.F
 : Et pourquoi pas ! Non plus sérieusement, je crois que le côté glisse m’a plu. Et puis aussi, pour suivre mon grand frère…

 

Photos : Frédéric Machabert pour Nordic Magazine

 

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