François Faivre : “La culture de la gagne doit prévaloir dans le fond féminin”

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SKI DE FOND – L’entraîneur de l’équipe de France François Faivre est l’invité de nordicmag.info. Troisième et dernière partie de notre entretien consacré à l’avenir du ski de fond féminin. Après quelques vagues dans le milieu, il met les points sur les i en assurant que “la porte pour une sélection en coupe du monde est grande ouverte”. A quelques conditions…

Finalement, la seule petite ombre au tableau du nordique français vient de l’équipe de France dames avec seulement deux éléments : Anouk Faivre-Picon et Coraline Thomas-Hugue ; avec une 19e place comme meilleur résultat. Quel regard portez-vous sur leur hiver ?

C’est assez particulier. On a une situation délicate sur les filles qui nous représentent sur la coupe du monde. Il faut être clair. Suite à la maternité d’Aurore Jean et au départ de Célia Aymonier vers le biathlon, Anouk Faivre-Picon et Coraline Thomas-Hugue avaient le niveau pour courir en coupe du monde, c’est leur circuit de prédilection. Mais cet hiver, elles ont signé des résultats sans coups d’éclat comme on l’espérait. On avait coché Davos et Nove Mesto, sans récolter le même type de résultats que chez les garçons. Il y a un peu de déception sur ce bilan. On se rend compte de part notre politique menée ces 5, 6 ou 7 dernières années au niveau fédéral, que personne chez les plus jeunes ne peut venir les accompagner sur la coupe du monde. Pour la génération intermédiaire, à la sortie des années juniors, on ne les a pas forcément suivies correctement. Ça a créé des tensions dans le peloton du circuit féminin.

Anouk Faivre-Picon

Anouk Faivre-Picon

Justement des voix se sont élevées récemment pour dénoncer “l’avenir bouché du nordique féminin”, des sélections internationales qui n’arrivent pas pour les athlètes les plus en vue… Quelle réponse leur apportez-vous ?

Il est clair que rien n’est fermé. J’ai pu lire “climat malsain”, “avenir bouché”…ça me dérange d’entendre ça. Ça fait mal au coeur de lire ça, Thibaut Chêne et Claire Breton travaillent fort avec les jeunes. Je tiens à dire que c’est complètement faux. Une athlète qui performe sur la circuit national, qui prend un podium sur la coupe d’Europe (OPA) lui ouvre de facto, la coupe du monde après une telle performance. Et ceci est valable que l’athlète vienne de la fédé ou non, ou d’un team régional ou privé… Or le niveau n’est aujourd’hui pas suffisant pour intégrer la coupe du monde. Au bout d’un moment, on n’emmène plus de filles qui ne rentrent pas dans le top 10 en OPA. La fédé n’est pas là pour leur offrir une carrière en coupe d’Europe, ce n’est pas la finalité de notre job. Surtout qu’en face, les hommes montrent, avec Alexis Jeannerod, que c’est possible de retrouver la coupe du monde après être sorti des groupes fédéraux. On est prêt à faire la même chose chez les filles. Etre 10e en coupe d’Europe n’intéresse pas la fédération, il faut être clair. Pour autant, je ne leur jette pas la pierre car notre responsabilité, de ne pas les avoir accompagnées correctement à un moment donné, est engagée.

Laura Chamiot-Maitral, médaillée de bronze aux JOJ.

Laura Chamiot-Maitral, médaillée de bronze aux JOJ.

Coraline Thomas-Hugue enceinte, Aurore Jean sur le retour après sa maternité, Anouk Faivre-Picon spécialisée en distance skate… Quid de l’équipe dames l’année prochaine ?

Pour être très honnête, il y a un trou de niveau, mais qu’on ne me parle pas de génération sacrifiée ou d’athlètes mis de côté. Si on met l’ensemble des filles sur une course, les juniors sont parfois devant les séniors ! On travaille sur des plus jeunes catégories, U18 et U20. On a vu les prémices de ce renouvellement. On a fait une médaille aux JOJ, avec Laura Chamiot-Maitral, alors qu’on était à des années lumières de la faire il y a seulement quatre ans. On va travailler avec elle, grandir ensemble avec les filles de sa catégorie. Delphine Claudel, Coralie Bentz sont des filles qu’on accompagnera au fil de leurs performances. On est dans le “ventre mou” des séniors dames, tout simplement car il y a quatre ans, ces filles ne gagnaient pas en coupe d’Europe. Pour performer, il ne faut pas se mentir. La culture de la gagne doit aussi prévaloir dans le fond féminin.

Pour la coupe du monde, les filles restent peu nombreuses. Coraline devrait accoucher en octobre, on verra si elle peut revenir, via la coupe OPA, sur le circuit international. On a des antécédents avec Marie Dorin-Habert qui a montré que c’était possible. Aurore, j’avoue que je ne l’ai pas contactée. Elle a pour objectifs les mondiaux de Lahti. La porte est grande ouverte, à elle de nous montrer qu’elle peut monter en coupe du monde. Anouk, son circuit de prédilection, c’est la coupe du monde. Derrière, avec Delphine Claudel, on a dans l’idée de la monter en coupe du monde, éventuellement en sprint, un circuit plus facilitant. Elle a de belles qualités de vitesse et on se rend compte que c’est plus “facile” pour une athlète de débuter en sprint par rapport à des épreuves en distance où les Norvégiennes sont très solides. On réfléchit tous les jours sur le sujet et on a aucune envie de laisser tomber le fond féminin. On serait les plus heureux du monde si on pouvait avoir des résultats équivalents entre les hommes et les dames. On a du chemin mais la volonté est là.

Delphine Claudel.

Delphine Claudel.

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