Le ski de fond arrive au cinéma

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CINEMA – Noureddine Bentoumi, ingénieur établi à Grenoble, a participé aux Jeux olympiques de Turin en ski de fond pour l’Algérie. Son frère, Farid, a réalisé Good Luck Algeria, un film qui retrace son histoire. Avec Sami Bouajila dans le rôle principal.

 

Des films sur les Jeux olympiques, le cinéma en a produit quelques-uns, des Chariots de feu au captivant Munich de Steven Spielberg, en passant par le très drôle et touchant Rasta Rocket. Le ski alpin a servi de décor à La descente infernale, dans lequel Robert Redford, en 1969, incarnait un jeune fermier que l’on propulse « apprenti champion » dans une équipe américaine en plein doute.

Le ski de fond, lui, avait jusqu’ici été ignoré. Avec Good Luck Algeria (sortie le 30 mars), c’est le réalisateur Farid Bentoumi qui porte cette discipline nordique à l’écran. L’histoire qu’il raconte le touche personnellement. Il s’inspire de la participation de son frère Noureddine aux Jeux olympiques d’hiver sous la bannière de l’Algérie, à Turin, en 2006. « Son aventure symbolisait vraiment la trajectoire qu’on voulait raconter : un Franco-Algérien qui habite en France et se lance dans un défi qui va le rapprocher de ses racines », raconte-t-il.

Sami Bouajila, Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour Indigènes de Rachid Bouchareb, et César du meilleur second rôle masculin en 2008 pour Les Témoins d’André Téchiné, incarne l’athlète. Il est entouré par Franck Gastambide qui joue son compagnon d’aventure, Chiara Mastroianni et Hélène Vincent.

 

 


Noureddine Bentoumi : sa vie est un film

«Il y a un gars joué par un mec connu dans un film réalisé par mon frère… Et c’est mon histoire. Pourtant, je ne suis personne… C’est fou, non ? ».
Alors le « gars » éclate d’un rire qui fait plisser ses yeux, repousse sa tasse de thé et réfléchit quelques instants. Il est un peu plus de 17 heures, ce vendredi de janvier, et Noureddine Bentoumi s’est arrêté dans un café de la région grenobloise en rentrant du boulot.
D’un ton passionné, il raconte sa vie, peu commune… et ce film qui sortira dans quelques jours.
Il sourit, parle encore du « gars », ce double de cinéma, incarné par Sami Bouajila, Prix d’interprétation à Cannes pour son rôle dans Indigènes qui exhume les temps forts d’une aventure sportive et humaine incroyable.

 

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Noureddine Bentoumi, né en 1972, a vécu la jeunesse tranquille d’un môme des Alpes, second d’une fratrie de trois enfants, étudiant brillant, sportif assidu. Ingénieur chez HP, après avoir été diplômé de l’INPG, et fondeur de niveau national au Grenoble Université Club.
La vie se construit de rencontres, d’opportunités, de décisions que l’on prend ou que l’on repousse. « Jean Lambret entraînait Yann Latrompette, un autre Guciste, qui disputait les plus grands événements sous les couleurs de la Hongrie. Je faisais beaucoup de sport, je n’avais pas encore trente ans… J’ai cogité… »
Franco-Algérien, Noureddine passe ses étés jusqu’à l’orée des années quatre-vingt-dix à M’Sila, près de Sétif, où sont enfouies les racines de sa famille. « Mon père est algérien, ma mère française. J’ai été élevé en France. J’ai appris l’arabe. Je suis fier de ma double culture », dit-il.
 

Quelque chose de très personnel

En 2005, il contacte la Fédération algérienne de ski pour ce qu’il appelle alors « un délire de sportif » : participer aux Jeux olympiques de Turin. « Au départ, c’est un défi sportif. Quelque chose de très personnel. Dès que j’ai mis le doigt là-dedans, j’ai compris l’ampleur du projet ». Coups de fil, courriers. Voyage en Algérie pour rencontrer les responsables fédéraux… Les écueils administratifs sont franchis un à un. En 2004, Noureddine Bentoumi devient l’équipe d’Algérie de ski de fond.

 

Ce n’est plus vraiment mon histoire.

 
Mots simples pour émotions fortes. Le regard de son père, les frissons lorsqu’il débarque sur les courses. « D’un coup, on t’appelle l’Algérie. Ce n’est plus mon petit défi, c’est une autre dimension : sociale, culturelle, politique… Ce n’est plus vraiment mon histoire… »
En décembre 2004, il prend le volant de sa Clio qui traversera les Alpes dans tous les sens pendant plusieurs années, une paire de skis dans le coffre. Direction Montgenèvre et une OPA. « Il y avait la France, l’Italie, pas mal de nations. J’étais tout seul. J’allais à la réunion des chefs d’équipe, je fartais mes skis », se souvient-il.
L’aventure est lancée, jolie spirale humaine et sportive. Il trouve des partenaires. HP, son employeur, le soutient. L’équipe de France prend sous son aile ce drôle de fondeur qui se greffe sur le groupe lors de certains stages. « J’étais un mec qui bossait, qui avait une femme, une gamine et qui, d’un coup, devenait sportif de haut niveau ».

 

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Avec ses doutes, ses joies, ses souffrances. Avec, aussi, le scepticisme chez certains, ou les préjugés malsains sous-jacents chez d’autres. « Des portes se sont parfois fermées. Mon copain Dawa Sherpa, qui courait pour le Népal, obtenait plus facilement un coup de main de certaines nations », admet-il.
Noureddine s’en amuse. « Quand j’étais en stage avec l’équipe de France, j’étais le seul à être né… à Chamonix, où mon père était mineur et ma mère institutrice. Là-haut, la maternité a fermé peu après ma naissance. »
Les championnats du monde d’Oberstdorf en 2005 sont un premier éclair dans la belle histoire. Noureddine entre dans l’arène pour la cérémonie d’ouverture. « Un moment incroyable. Je suis derrière la jeune fille qui porte le drapeau et je me dis que, si je ne suis pas là, il n’y a personne pour représenter mon pays. J’étais le premier à défiler… », raconte-t-il.

 

Son rêve se termine au 28e kilomètre, rattrapé par la meute des cadors.

 
Un an plus tard, à 34 ans, coincé entre l’Albanie et l’Argentine dans le grand atlas des nations sportives, il pénètre dans le Stadio Communale. Fier. Déterminé. Soulagé d’être allé au bout de cette improbable quête. Aujourd’hui, il reconnaît qu’il est arrivé dans le Piémont « complètement cuit. » « Finalement, la vraie compétition est ailleurs. Elle réside dans tout ce qu’il faut faire pour pouvoir y parvenir. En Algérie, on ne m’a pas fermé la porte. Mais rien a été très simple non plus. »
À Turin, Noureddine avait choisi de participer au 50 kilomètres, un des musts du programme olympique, disputé le dernier jour, contre l’avis des organisateurs qui cherchaient à diriger les petites nations vers des disciplines moins exigeantes.
Il tient bon, cramponné à son idéal olympique, conscient que la course sera difficile. Son rêve se termine au 28e kilomètre, rattrapé par la meute des cadors. « C’est frustrant. Le dimanche, tout s’arrête d’un coup. »
 

Doublure de Bouajila

Il étire encore un peu l’aventure, participe aux championnats du monde de Liberec en 2009, avec l’envie d’aller à Vancouver pour, cette fois, franchir la ligne d’arrivée. « Le 15 janvier, la Fédération algérienne m’annonce qu’elle sélectionne un autre fondeur. »
Fin de l’histoire. Ou presque.
Noureddine reprend le cours de son existence.

 

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Il devait être écrit quelque part que cette saga ne serait pas commune. Farid, son frère cadet, pourtant diplômé de l’ESSEC, est devenu réalisateur de cinéma. « Il y a trois ans, il me dit qu’il bosse sur son premier long-métrage. L’histoire d’un mec qui participe aux Jeux olympiques en ski de fond pour l’Algérie. Je lui réponds que cela n’intéressera personne. Un an après, il m’annonce que le film verra le jour et que Sami Bouajila jouerait mon rôle. Je n’en revenais pas. »
Noureddine devient la doublure de celui qui joue son rôle. Un périple qui le balade en Autriche, en Italie. Une nouvelle expérience passionnante qui l’amène à se mêler pour quelques plans aux participants de la coupe du monde de Val di Fiemme.
Le résultat est superbe et l’histoire très forte. « Ce n’est pas Rasta Rocket, ou à la façon Ken Loach, s’amuse-t-il. Ce film raconte des choses profondes sur la famille, la double culture, la tradition, l’identité. C’est n’est pas l’histoire à laquelle on pourrait s’attendre d’un délinquant qui s’en sort par le sport. C’est plus intime et plus profond », raconte-t-il.
Le film va sortir en salle. Retour à la vraie vie. Celle d’un homme ordinaire à l’incroyable destin. Ingénieur, père de trois enfants, toujours sportif. Trajectoire attachante d’un homme qui aime aussi la musique, qu’il partage avec un groupe dont il est le chanteur et guitariste. « Acteur, cela me plairait, mais Farid n’a pas l’air bien chaud, sourit-il. J’aimerais écrire aussi. Peut-être dans une autre partie de ma vie. »
Clap de fin. Pour l’instant. 

 

 


Sami Bouajila : « un film d’auteur et de conviction »

 

Le 30 mars sort Good Luck Algeria, inspiré de l’histoire de Nourredine Bentoumi, alors licencié au Grenoble Université Club, qui a participé, entre autres, aux Jeux olympiques de Turin en 2006 en ski de fond. Une comédie sensible où, derrière le rêve olympique d’un sportif, se cache la recherche de ses racines. Sami Bouajila joue le rôle de l’athlète à l’écran. L’acteur, originaire de la région grenobloise, évoque pour Nordic Magazine le tournage.

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter le rôle de Nourredine dans Good Luck Algeria ? 

Le scénario. Il est rare de recevoir le script d’une comédie aussi fine et aussi légère. Dès la première lecture, j’ai senti que c’était un vrai « feel good movie ». Et cela s’est confirmé.

Aviez-vous des références en matière de films consacrés aux Jeux olympiques d’hiver, Rasta Rocket par exemple ? 

Je n’ai pas vu Rasta Rocket. Franchement, je n’y ai pas pensé. Pour moi, c’est avant tout un vrai film d’auteur et de conviction. Je ne connaissais pas Farid Bentoumi, le réalisateur, mais cela a tout de suite accroché entre nous. J’aime sa sensibilité.

Est-ce difficile de se glisser dans le rôle d’un sportif ? 

Il n’y a rien de compliqué dans ce film. C’est un film dans lequel il faut être entier et généreux. Un film de « troupe », très itinérant.

Avez-vous suivi une préparation particulière pour vous glisser dans la peau de Noureddine ? 

Il a fallu m’astreindre à une préparation physique pour être crédible à l’image. Ensuite, j’ai travaillé avec un conseiller technique pour l’apprentissage du pas de patineur. C’était plaisant. La démarche est de trouver l’authenticité et Farid est un excellent directeur d’acteurs.

Au fil des lieux visités pour le tournage, avez-vous découvert des endroits qui vous ont plu ?

J’ai adoré l’Autriche.
 
 

 
 
Comment s’est tissée la relation avec le vrai Noureddine ?

La relation a été simple. Tout commence par une rencontre et celle-ci a été intéressante. J’ai aimé sa démarche de sportif, totalement dans l’esprit de Coubertin. Il espérait uniquement se qualifier et a tout mis en œuvre pour y parvenir. Pour lui, l’important était de participer.

Trouvez-vous des similitudes entre l’état d’esprit d’un acteur et celui d’un sportif de haut niveau ?

Ce n’est pas vraiment comparable, si ce n’est que les deux se retrouvent à un moment face à eux-mêmes et ne peuvent plus reculer.

Tourner un film sur le ski de fond, c’est se rapprocher de vos racines, à Grenoble, au cœur des Alpes. Cela a-t-il eu un sens particulier pour vous ? 

C’est vrai que j’aime cette région que je connais très bien. Le Vercors, la Chartreuse, Belledonne. Tout cela fait partie de mon univers. Je suis beaucoup allé à Chamrousse.

Y êtes-vous toujours attaché ?

Beaucoup. Je vis toujours près de Grenoble, au pied des montagnes. Ma vie professionnelle se passe à Paris. Cela prouve mon attachement.

 

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Êtes-vous skieur ? 

J’ai pratiqué le ski alpin, le ski de fond également. Pour le plaisir, sans compétition.

 Avant de tourner Good Luck Algeria, vous intéressiez-vous aux compétitions de ski de fond ?

Pas vraiment.

Et aujourd’hui ?

(Sourire) Pas beaucoup plus.

Le sport a souvent été le support de films, sans toujours être une réussite. Certains vous ont-ils marqués ?

J’ai aimé Rocky. Qui est plus qu’un film de sport.

 

 

Photos : Ad Vitam et Yves Perret Médias

Cet article a été publié dans Nordic Magazine n°18.

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