Marie Dorin-Habert : « Je n’envisage pas de continuer après cette saison »

BIATHLON – Marie Dorin-Habert, perturbée dans sa préparation par une fracture de fatigue, espère retrouver de la sérennité pour ce qui seront sans doute ses derniers Jeux olympiques : « J’ai envie de faire les choses simplement cette saison ».

 

 

Marie Dorin-Habert, comment vous sentez-vous à l’approche de cette nouvelle saison ?

Comme beaucoup, je me sens fébrile, l’été s’est bien passé, la préparation comme mon dernier stage également. Je suis tout de même en souci avec une fracture de fatigue au pied. Pour l’instant, c’est une légère gène qui ne m’empêche pas de me poser sur les skis. Je ferai avec cet hiver. Ça fait longtemps que ça traine, il faut simplement que cela ne s’aggrave pas.

 

Cela rappelle d’ailleurs la blessure d’Anaïs Bescond ?

Oui mais c’était plus grave pour Anaïs avec une fracture du pied. De mon côté, je dois juste faire face à une petite fissure et donc faire attention au quotidien. En ski, je peux tenir 1h30 sans réelle douleur.

 

Outre ce problème physique, comment abordez-vous cette saison olympique ?

En fait, je n’envisage pas de continuer après cette saison. Ça ne vaut pas dire que je veux arrêter mais simplement que je ne me suis pas projetée après Pyeongchang. Du coup, Jeux ou pas Jeux, je prends chaque événement comme s’il était le dernier même si, je le répète, je n’arrête pas encore ma carrière… J’ai envie de rester simple dans cette saison et ne pas me surcharger d’une pression.

J’ai pris conscience de beaucoup de choses la saison dernière et notamment que je m’étais mise une pression de dingue, en outrepassant mon naturel de fille qui n’a pas confiance en soi, en affirmant des choses qui ne venaient pas de moi. Je veux juste, cet hiver, faire les choses simplement et normalement en essayant de plus axer sur la qualité de mon travail, et surtout le répéter en compétition. Pour l’heure, je ne me mets pas de pression.

 

Comment travaillez-vous ce relâchement ?

C’est un travail de tous les jours. Essayer par exemple de se dire que c’est le job comme de venir répondre à la presse à Paris aujourd’hui. Essayer de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, de trouver du détachement dans mon programme d’entraînement, essayer de faire la part des choses entre vie de famille et travail quand je suis à l’extérieur. L’an passé, j’ai culpabilisé et un peu tout mélangé. Je dois assumer ma passion comme un travail que j’ai choisi. Je suis en coupe du monde, c’est mon travail… J’ai beaucoup réfléchi l’an passé, échangé avec mon mari qui m’aide au quotidien, qui me seconde auprès de ma fille. C’est un dialogue à trouver pour bien le vivre. Alors que cette dernière saison s’est faite humainement dans la douleur.

 

 

La compétition est addictive et grisante

 

Qu’est ce qui vous a fait continuer ?

Cette année, je me suis demandée : “Pourquoi je fais du ski ? Pour quelles raisons”, tout en essayant d’en assumer les conséquences au quotidien car c’est une vraie chance de faire du sport de haut-niveau. Je fais du sport car j’aime le sport. Je me fais presque plus plaisir à l’entraînement qu’en compétition. La compétition c’est particulier : tout le monde est sur le même niveau et le but est de montrer aux autres et à soi qu’on peut être le meilleur. En cela, c’est stressant car il n’existe pas d’échappatoire : soit tu gagnes, soit tu perds. C’est grisant : tout peut basculer d’un côté comme de l’autre. Quand on est très bon, notre talent est reconnu. C’est ça qui rend addictive la compétition… Mais pour ce qui est la reconnaissance des autres, l’argent, la médiatisation, ce sont des choses annexes. J’ai cette âme de compétitrice, le plaisir de me dépasser et donner le meilleur de moi-même.

Votre réflexion implique-t-elle aussi une présence moindre de votre famille sur les coupes du monde ?

Non, ils seront là autant c’est à dire une fois par mois. Sauf aux Jeux où c’est trop loin et trop compliqué. C’est plus une histoire de travail d’esprit, d’aborder tel ou tel événement sans avoir de regrets ensuite. Essayer de bien vivre les départs, la vie de groupe, la vie avec moi-même. Les coachs ont modifié des choses et ont compris que me mettre la pression ne servait à rien. On est cinq filles avec un très bon niveau, cinq leaders en équipe de France et pas qu’une seule, ça me fait du bien d’entendre ça. De savoir que je ne suis pas toute seule à porter un résultat et loin de là. J’ai très à coeur de briller avec le relais…

 

Ne plus être la “tête de gondole” du biathlon féminin vous délivre-t-elle justement de cette pression néfaste ?

Ça me libère complètement. C’est un “statut” qui me pesait énormément. Je n’ai pas vocation à montrer aux filles (ses coéquipières, NDLR) comment faire, elles savent très bien le faire sans moi. Certains aiment être sur le devant de la scène, moi j’aime gagner mais assumer les choses derrière, j’aime moins !

 

 

Faire un travail propre et sans extra

 

 

Envie donc de retrouver l’état d’esprit des mondiaux d’Oslo et vos six médailles décrochées ?

A Oslo, j’étais très concentrée. La première médaille m’a décomplexé et je n’en attendais pas plus derrière… Aux Jeux comme en coupe du monde, il y aura forcément de la pression, des moments où j’aurais envie de surjouer et j’aimerais bien ne pas tomber là dedans. En fait, je voudrais faire un travail propre sans extra.

La route de Pyeongchang passe par la coupe du monde de Annecy / Le Grand-Bornand où la pression sur les Français sera forcément importante…

Oui mais c’est avant tout une course devant son public. En tant qu’athlète, on ne va sans doute pas pouvoir beaucoup profiter de tous ces gens qui nous supportent tout l’hiver. Il n’empêche que c’est particulier car on court en France. Je n’ai jamais couru en France car il y a quatre ans, ma cheville était en vrac à cette période de l’année. Cette année, je suis vraiment contente de pouvoir vivre cette expérience, de courir devant mes copains d’enfance, ma famille, mes proches… Ça restera une course et j’espère que ce sera sympa en termes d’ambiance.

 

Sans doute plus festif qu’à Pyeongchang où la culture biathlon n’est pas présente…

Les Jeux ne sont jamais les endroits où il y a le plus d’ambiance. Les gros publics, ce sont les coupes du monde en Allemagne, en Italie, à Nove Mesto où on ne s’entend plus respirer. Les Jeux à Vancouver ça n’a jamais été ça avec seulement 3000 personnes dans le stade. Mais la beauté des Jeux ce n’est pas ça. C’est surtout un mélange des disciplines, des nations, des pays, avec la cérémonie. C’est surtout un lieu d’échange entre disciplines, notamment dans le village olympique.

 

Photos : Agence Zoom / Marie Dorin-Habert –

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