Vu de Norge #129 : les affaires Johaug et Sundby refont surface

CHRONIQUE – Avec Vu de Norge et nulle part ailleurs, retrouvez toute l’actualité nordique norvégienne.

 

 

Des changements en équipe nationale

Kathrine Rolsted Harsem à Lahti (photo : Giovanni Auletta/Agence Zoom)

Marthe Kristoffersen à Lillehammer (photo : Nisse Schmidt/agence Zoom)

 

La fin de saison approche et beaucoup de Norvégiens pensent déjà à la prochaine saison olympique. Qui fera alors partie de l’équipe nationale ? Pour beaucoup, après un hiver de rebondissements, il ne fait aucun doute que la roue va tourner au sein de l’équipe norvégienne de fond.

Chez les femmes d’abord, le retour de Johaug n’étant pas encore certain avant son audience au Tribunal arbitral du sport, c’est Kathrine Harsem qui pourrait en profiter après ses bonnes performances, particulièrement à Drammen où elle était la seule Norvégienne en finale. Marthe Kristoffersen, sortie depuis deux ans de l’équipe nationale, aimerait aussi y revenir. Mais la concurrence est rude face à Weng, Bjørgen, Falla et Østberg. Peu de places restent libres.
 

 
Chez les hommes, même constat. Johannes Høsflot Klæbo a impressionné cet hiver et les experts ne le voient pas ne pas rejoindre l’équipe nationale, au moins en sprint. D’autres, comme Rundgreen, Krüger, Nyenget, Hattestad, Røthe, Haga, Golberg et Slind, sont tous montés sur le podium et prétendent légitimement à une place en équipe nationale.

Mais, même à l’aube d’une année olympique, la Norvège n’agrandira pas ses équipes nationales de fond, les quotas n’ayant pas changé. Une chose est certaine : les chefs du fond auront encore une fois de durs choix à faire et beaucoup de fondeurs seront déçus.

 

 


Rapport sur l’asthme : vers un durcissement des règles ?

A la mi-février, la commission d’enquête sur l’utilisation des médicaments contre l’asthme dans le fond norvégien a rendu son rapport. Il est attesté dans celui-ci que la Norvège n’a pas besoin de changer ses pratiques médicinales puisqu’il a été impossible de démontrer que des athlètes ne souffrant pas de problèmes respiratoires aient pris des médicaments contre l’asthme. En revanche, la commission tient à affirmer que les nébuliseurs utilisés par toute l’équipe sont « éthiquement problématiques » et « donnent une mauvaise image aux jeunes athlètes. » Mais pas d’interdiction en vue tant qu’il n’a pas été prouvé que leur utilisation améliore réellement les performances.

 

 

Le comité olympique suédois, pourtant, aimerait plaider devant la FIS et le CIO pour un durcissement des règles d’utilisation des médicaments en fond, y compris ceux concernant les traitements contre l’asthme. « Il est important de travailler pour que le sport d’élite soit éthique en termes médicaux », déclare un représentant. Les changements de règles, s’ils sont validés par la FIS et le CIO, pourraient même être mis en œuvre avant les Jeux Olympiques.

Marit Bjørgen, asthmatique, a aussitôt réagi. Elle assure que des changements ont déjà eu lieu au sein de l’équipe norvégienne depuis les étapes de pré-saison à Beitostølen. « On ne peut plus obtenir les médicaments contre l’asthme par les médecins, explique-t-elle par exemple, on doit se les procurer nous-mêmes avec une ordonnance. » Après l’affaire Johaug, Bjørgen précise aussi qu’elle vérifie désormais, comme les autres athlètes, tous les composants de ses médicaments par elle-même pour être sûre de ne pas enfreindre les règles. Pour la reine Marit, il est impensable d’interdire totalement ces médicaments, au risque de voir nombre de fondeurs prendre leur retraite.

 

 


Le Raw Air, véritable challenge mathématique

Le Raw Air, c’est cette toute nouvelle tournée de saut à ski norvégienne. 10 jours de compétition non-stop et… un vrai casse-tête mathématique. Car, au Raw Air, contrairement à la Tournée des 4 Tremplins, les sauts de qualification et de compétitions par équipe comptent autant que les sauts de compétitions individuelles. C’est donc pour les coachs un vrai challenge stratégique car ceux qu’ils aligneront sur les par équipes, comme samedi à Oslo, auront bien plus de chance de se battre pour le général de cette nouvelle tournée que les autres de l’équipe. Pour rajouter au suspens déjà à son comble, la dernière compétition se déroulera à Vikersund, sur le tremplin de vol, où l’on peut marquer deux fois plus de points que sur un tremplin de saut.
 

 
Alexander Stöckl, coach de l’équipe norvégienne, réfléchit donc jour et nuit aux compositions de son équipe : « Le problème est que tous les Norvégiens sont des voleurs, c’est donc difficile d’en choisir 4 », explique-t-il avant le premier par équipe d’Oslo. Finalement, il retiendra Stjernen, Johansson, Tande et Forfang, écartant ainsi Fannemel, recordman de distance sur le tremplin de Vikersund. Mais, disqualifié lors des qualifications, Fannemel avait déjà mis son Raw Air en danger… Il n’est même pas classé pour le moment.

 

 


Le biathlon perd son principal sponsor

Statkraft (le plus gros groupe européen en énergie renouvelable), l’un des plus gros sponsors de l’équipe de biathlon norvégienne, a décidé de rompre son contrat, après des mondiaux décevants à Hochfilzen. Depuis 12 ans, l’entreprise soutenait sans faillir les biathlètes mais elle préfère se retirer après la dernière étape de la saison à Holmenkollen. Rakel Rauntun, secrétaire générale de la fédération de biahtlon norvégienne, déclare alors dans les colonnes du quotidien Dagbladet que s’il faudra un peu de temps pour retrouver un ou plusieurs sponsors, « la participation des athlètes aux Jeux Olympiques de Pyeonchang n’est en rien compromise. » Statkraft a tenu à préciser en retour que son retrait n’avait rien à voir avec les mauvaises performances de la saison : « si l’on sponsorise une équipe, on se doit d’être là dans les bons comme les mauvais moments, c’était décidé bien avant les résultats de l’année », déclare un porte-parole. Statkraft finançait aussi 3 équipes juniors qui ne connaissent pas encore leur avenir.
 

 


Affaire Johaug : paie-t-elle les précédentes affaires ?

 

C’est officiel : la FIS fait appel du verdict dans l’affaire Johaug. La fondeuse devra donc comparaître devant le TAS (Tribunal Arbitral du Sport). Aussitôt, des sportifs norvégiens qui ont déjà dû faire face à ce tribunal ont apporté soutien et conseils à Therese Johaug. Ils lui conseillent ainsi de prendre un très bon avocat et la mettent en garde contre le stress. « Je ne souhaiterai pas cela à mon pire ennemi », déclare même le lutteur Fritz Aanes. Sundby, lui, plaint sa coéquipière. « Si la justice l’emporte, ils iront en faveur de Therese j’espère, dit-il dans les colonnes de VG. Face au TAS, on a l’impression d’être accusé de meurtre. Therese doit s’y préparer et bien présenter son cas. »

De leur côté, les journalistes et experts de fond considèrent que Therese Johaug est sacrifiée comme exemple après l’affaire Sundby et la commission d’enquête sur les médicaments contre l’asthme. Le vice-président de la FIS, Sverre Seeberg, explique qu’ainsi, personne ne pourra dire que la Norvège est mieux traitée que la Russie. D’autres journalistes vont jusqu’à dire que la fondeuse subit le contrecoup des différentes affaires de corruption à la FIFA et au sein de la Fédération d’Athlétisme. Le journaliste finlandais Holopainen pense fermement que « la FIS veut donner l’exemple » alors qu’ils auraient très bien pu se contenter du premier verdict d’une suspension de 13 mois.

 

 

En revanche, Aina-Kaisa Saarinen est satisfaite de la décision de la FIS. La fondeuse finlandaise (qui n’avait pas hésité à aller démontrer dans la pharmacie italienne que le logo prévenant que la crème contenait des produits dopants était bien visible sur la boîte) déclare en interview que c’est bon pour la crédibilité du sport. Critiquée pour sa prise de position, Saarinen s’explique après le sprint de Drammen : « Si nous avons des règles, il faut les respecter. C’est ce que j’essaie d’inculquer à ma fille. » Plaidant pour une suspension d’au minimum 24 mois, le quotidien norvégien Dagbladet lui a rappelé que la suspension pouvait descendre jusqu’à 12 mois. « Ce n’est pas ce que j’ai entendu dire en Finlande, répond la fondeuse. Mais je plains Therese même si l’on doit donner l’exemple. »

Donner l’exemple. Cela pourrait coûter cher à Johaug et mettre en péril la suite de sa carrière. Si elle est suspendue 18 mois ou plus, la fondeuse risque de devoir dire adieu à sa participation aux Jeux Olympiques 2018. La motivation de la Norvégienne pourrait alors en prendre un coup et le retour à la compétition serait peut-être des plus difficiles…

 

 

Petter Northug lui a alors apporté son soutien, s’exprimant pour la première fois sur cette affaire. « C’est un exemple pour la Norvège après les deux affaires, ça va au-delà de Therese mais je suis vraiment désolée pour elle », déclare l’enfant de Mosvik. Marit Bjørgen, elle, reste aux côtés de son amie, lui apportant un soutien sans faille.
 

 


Pyeongchang : conditions difficiles sur les compétitions de fond

C’est officiel : tous les sports nordiques ont pu tester la piste de Pyeongchang en vue des prochains Jeux Olympiques 2018. Si les repérages ont été fructueux, les équipes de fond, dont celle de la Norvège, n’hésitent pas à pointer du doigt certains problèmes. Les Norvégiens qui avaient fait le déplacement assurent ainsi que la piste est bien plus difficile qu’il n’y paraît. « Mais tout dépendra beaucoup des conditions de neige », assure Mathias Rundgreen, 3e lors du skiathlon sur les pistes coréennes, au quotidien VG. L’heure des compétitions, entre 16h et 19h heure locale, changera aussi la donne : l’écart de température étant important entre le jour et la nuit, les tests réalisés en amont ne seront pas toujours de la plus grande utilité, les conditions pouvant vite changer.

 

 

 

Mais au delà de ces problèmes connus des fondeurs, un autre vient s’y ajouter : l’absence des camions de fartage. En effet, les camions ne feront pas le déplacement jusqu’en Corée du Sud en février prochain et les staffs sont donc à la merci des installations du site olympique. Le chef du fartage en biathlon, Ivar Michael Ulekleiv, dénonce les conditions de préparation des skis lors d’une interview pour la NRK : « les installations sont médiocres. C’est inacceptable. »  Résultat : les farteurs devront travailler sans arrêt dans un nuage de poudre de fluor mauvais pour la santé.

L’IBU, bien décidée à ne pas mettre en danger les équipes, compte tenter de faire pression sur le site de Pyeongchang afin d’améliorer la ventilation des cabines de fartage. Knut Nystad, chef du fartage en fond, lui, n’imagine pas la Corée agir assez rapidement. La Norvège amènera donc certains de ses équipements sur place pour installer une meilleure ventilation. Condamnée à travailler comme les petites équipes, Nystad conclut : « j’admire vraiment ceux qui travaillent dans ces cabines tout au long de la saison. »
 

 


Un sauteur qui souffre… De vertige

En se qualifiant avec brio vendredi dernier, Joakim Aune a réalisé son rêve : concourir en coupe du monde de saut à ski. « Ca a été difficile et long mais j’ai atteint mon objectif », confie-t-il à la NRK après sa qualification. Il faut dire que le sauteur norvégien n’a pas eu la vie facile. Depuis ses 15 ans, le jeune homme souffre de vertige et de problèmes à une oreille (surdité, acouphènes). Des symptômes qui seraient dus à une labyrinthite, une inflammation de l’oreille interne. « C’est difficile d’être bon en saut à cause de ça car j’ai des pertes d’équilibre, explique Aune, mais cette année est ma meilleure année, je n’ai jamais été en aussi bonne santé. »

Pour compenser son handicap, le sauteur à ski à beaucoup travaillé sur sa formation mentale. Il se repose aussi plus souvent que ses coéquipiers. Mais, comme son coach, il admet que c’est incroyable d’avoir eu droit à sa chance pour ce tournoi du Raw Air. Voulant être digne de cette confiance, Joakim Aune a terminé 17e en qualifications et 21e en compétition, ses premiers points en coupe du monde.
 

 

 

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