Добро пожаловать в Сочи* (Bienvenue à Sochi)

Après 2h30 de spectacle, Vladimir Poutine a officiellement lancé les XXIIe Jeux olympiques d’hiver de l’histoire. Une cérémonie d’ouverture de haute tenue qui n’a pas manqué d’en mettre plein les yeux à la gloire de la Russie.

 

Côte à côte, Vladislav Tretyak et Irina Rodnina sont sortis de l’enceinte olympique la torche olympique à la main. Se dirigeant tout droit vers le centre du complexe olympique, les deux légendes russes ont allumé un chemin de feu et embrasé la vasque olympique, pour donner le coup d’envoi officiel des XXIIe Jeux olympiques d’hiver. Le point d’orgue d’une cérémonie qui avait commencé près de 3 heures auparavant, à 20h14 précises.

Suite à une longue attente pour les spectateurs, les lumières se sont éteintes dans le stade olympique et une grande clameur s’est échappée des travées. Après un petit film détaillant l’alphabet cyrillique, un immense décompte a définitivement lancé les festivités avec cette petite fille, seule au milieu d’une enceinte toute de blanc vêtue. Lioubov (« amour » en russe), qui allait être le guide de cette cérémonie, s’envolait alors dans le ciel avec son cerf-volant pour une introduction achevée par l’interprétation vibrante de l’hymne russe. Un chant grandiose et solennel dans un stade devenu blanc, bleu et rouge en référence au drapeau national, donnant le ton d’une cérémonie dont l’objet serait une ode à la grandeur de la Russie et de son histoire.

 

Bousculer la tradition

Suite à cette entrée en matière réussie, les organisateurs russes ont décidé de rompre avec la tradition. Plutôt que d’enchaîner les tableaux afin de présenter le pays hôte, cette fois, ils ont décidé de démarrer par le défilé des Nations, clôturant d’ordinaire chaque cérémonie. Un défilé original qui a vu les délégations non pas entrer par l’un des côtés du stade mais surgir du centre de celui-ci, fendant un écran géant interactif, illustrant chaque pays, à commencer par la Grèce. Comme toujours, c’est le pays hellène qui a mené l’ensemble des délégations. Une petite troupe au regard de celles démesurées envoyées par les Etats-Unis avec 206 athlètes.

La délégation tricolore emmenée par Jason Lamy Chapuis

La délégation tricolore emmenée par Jason Lamy Chapuis

Le premier moment d’émotion dans ce défilé est intervenu lorsque le drapeau ukrainien a pénétré dans l’enceinte olympique. En plein chaos politique, l’Ukraine et ses sportifs ont été accueillis par une standing ovation par le voisin russe. En raison de l’ordre alphabétique russe, la France n’est entrée en scène que vers la toute fin du défilé. En rang serré et des étoiles plein les yeux, les 114 athlètes tricolores, avec leur tenue grise, ont emboîté le pas de leur champion olympique en titre en combiné nordique, Jason Lamy Chappuis. Quelques minutes plus tard, la Russie a embrasé l’assistance. A peine, le porte drapeau s’est avancé dans l’ombre que le public s’est levé pour hurler sa joie. Une apparition forte pour le pays hôte, tant attendu.

 

La Russie dans tous ses états

Tous les athlètes installés dans la tribune, le spectacle imaginé par Konstantin Ernst pouvait commencer. « J’ai voulu dire que mon pays était vaste et magnifique », disait le directeur de l’ORT, la première chaîne de Russie. Une promesse tenue avec des tableaux tous plus grandioses les uns que les autres.

Evocation de la cathédrale Basile-le-Bienheureux de Moscou

Evocation de la cathédrale Basile-le-Bienheureux de Moscou

D’emblée, le stade s’est paré de couleur et a versé dans le folklore avec l’arrivée de multiples ballons gonflables évoquant l’architecture de la cathédrale Basile-le-Bienheureux, trônant sur la place rouge de Moscou. Un premier tableau enfantin dans son exécution qui a laissé sa place à une composition plus adulte rendant hommage à Pierre Le Grand, l’un des plus grands dirigeants de l’histoire du pays et père de Saint-Pétersbourg (ville de Vladimir Poutine, ndlr). Derrière, place à l’œuvre de Tolstoï et de son fameux Guerre et Paix. Le cœur du stade s’est alors transformé en une immense salle de bal regroupant une centaine de danseurs parmi lesquels la célébrissime étoile Svetlana Zakharova.

Guerre et Paix de Tolstoï

Guerre et Paix de Tolstoï

La suite s’est voulue plus rude mais tout aussi démesurée avec l’évocation du chemin de fer sur fond d’esprit soviétique dans une ambiance inquiétante et teintée de rouge. Vint ensuite, la construction de Moscou et son évolution jusqu’à nos jours.

La fin de ces tableaux a marqué le début de la partie protocolaire avec l’entrée en scène de Dmitry Chernyshenko, le président du comité d’organisation des JO et du président du CIO Thomas Bach. « Ces Jeux vont nous permettre de montrer au monde entier ce que nous avons de mieux : notre hospitalité, nos traditions », a d’abord indiqué le premier nommé avant que le second ne remercie l’ensemble des équipes ayant œuvré pour rendre possible cet événement.

 

Sur fond de géopolitique

Une parenthèse protocolaire hautement politique pour une cérémonie qui n’a pas manqué de contexte. En effet, une quarantaine de chefs d’Etats ont répondu favorablement à l’invitation de Vladimir Poutine. Un record pour une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver. Un record qu’il s’agit de mettre en perspective. En effet, si le chef du gouvernement chinois Xi Jingping était en tribune officielle, les principaux dirigeants du monde ont refusé de s’afficher dans l’enceinte olympique de Sochi. Ainsi, aucun membre du gouvernement Obama n’a fait le déplacement en Russie laissant la place à une délégation de cinq personnes menée par la hockeyeuse Caitlin Cahow et l’ancien patineur Brian Boitano, tous deux homosexuels.

Un message politique clair de la part du président des Etats-Unis après les remous sur la cause homosexuelle qui agite la Russie depuis les Championnats du monde d’athlétisme qui s’étaient déroulés à Moscou l’été dernier.

Vladimir Poutine, Thomas Bach et Ban Ki Moon (de droite à gauche)

Vladimir Poutine, Thomas Bach et Ban Ki Moon (de droite à gauche)

Premier ministre britannique, David Cameron s’est fait porter pâle (la petite équipe présentée par la Grande-Bretagne, seulement 56 athlètes contre 116 à la France, explique en partie son absence, ndlr), tout comme François Hollande en déplacement en Tunisie pour honorer la nouvelle Constitution du pays. Aussi, la diplomatie française a été représentée par le triple champion olympique de ski alpin Jean-Claude Killy qui n’a pas manqué une miette du spectacle proposé.

Malgré toutes ses défections, auxquelles il faut ajouter celle notamment de la chancelière allemande Angela Merkel, Vladimir Poutine n’a pas semblé offensé. Au contraire, le Président russe est apparu plus fier que jamais, se pâmant tel un paon faisant la cour à sa belle. Très droit, il a observé placide le déroulement des festivités avec ses côtés le président du CIO Thomas Bach. Après environ 2h de spectacle, l’homme fort de la Russie s’est levé et a officiellement déclaré ouvert les XXIIe Jeux olympiques d’hiver.

Quelques minutes plus tard, le la joueuse de tennis Maria Sharapova a fait son apparition avec dans sa main la flamme olympique. La quatrième joueuse mondiale transmettait le flambeau à la championne du monde de la perche Elena Isinbaeva (maire du village olympique, ndlr), qui passait la main au lutteur Alexandre Karelin, cédant lui-même sa place à Alina Kabaeva. cette dernière offrait le précieux relais au duo Rodnina-Tretyak qui se sont chargés d’allumer la vasque olympique. Une flamme appelée à briller au-dessus de Sochi pour les deux prochaines semaines. Place aux Jeux.

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