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14 juillet : ces skieurs qui sont aussi des soldats

14 JUILLET – L’an dernier, les athlètes de l’équipe de France militaire de ski ont effectué un stage commando dans le régiment des forces spéciales. Nordic Magazine s’était glissé dans les rangs.

 

Quelque part dans la région bordelaise, un soir de début juin. Vêtus de tenues de camouflage, le visage grimé de noir et de vert, chaussés de rangers et équipés de lunettes à visée nocturne, de petits groupes progressent en silence dans la pinède. Leur premier objectif se présente à eux : franchir une lagune en toute discrétion. Après avoir sécurisé la zone, Simon Fourcade, Simon Desthieux, Anouk Faivre-Picon et leurs coéquipiers approchent le bateau gonflable.

Équipé de pagaies sanglées à sa main, le premier homme traverse doucement l’étendue, afin de permettre au reste du groupe de l’imiter via un système de cordelettes de chaque côté des deux rives. Munie de cartes, la troupe reprend ensuite sa progression pour débusquer la BLM, boîte aux lettres morte, où les attend… un poème de Verlaine à restituer à leurs encadrants du jour. Il est déjà très tard et malgré un beau ciel étoilé, l’exercice n’est guère aisé pour des sportifs plus habitués à l’entraînement diurne qu’aux missions de renseignement nocturnes. Pourtant, les athlètes de l’équipe de France miliaire de ski (EFMS) s’impliquent à 100 %, surprenant même leurs hôtes de la semaine : les forces spéciales, un régiment d’élite de l’armée de terre spécialisé dans le renseignement aéroporté.

 

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Un sac de 50  kg

Ces parachutistes sont amenés à évoluer sur des théâtres de conflit (ou de paix) dans le monde entier, à s’infiltrer en territoire hostile, à observer, filmer, photographier et restituer les informations. Le scénario du jour plonge les sportifs dans leur quotidien. « C’est très intéressant et enrichissant de découvrir toutes les facettes des métiers de l’armée, se réjouit Simon Fourcade, l’un des vétérans et sans doute aussi l’un des plus investis dans son rôle. On se rend compte de la tâche qu’ils ont à accomplir en mission ».

L’objectif du soir est rempli. Avec la manière, donc. « Ils doivent jouer collectif. Chez nous, l’individu n’est rien sans l’équipe, on ne fait rien tout seul. Les tricheurs sont tout de suite repérés et mis sur la touche. On veut leur montrer que c’est ensemble qu’on gagne », souffle un gradé des forces spéciales présent ce soir-là.

De retour au camp de toile, à 2 h 30 du matin, les skieurs récitent le poème du soir, avant de rejoindre avec bonheur leur lit de camp pour une courte nuit. C’est que la journée n’avait pas été de tout repos. Le matin, ils avaient eu droit à une initiation au combat en corps à corps ou encore à une démonstration de “mordant” avec les bergers malinois et allemands du groupe cynotechnique du régiment, suscitant, là encore, de nombreux échanges avec leurs collègues militaires. « On n’imagine pas une telle force dans les mâchoires de ces chiens. Même avec la manche de protection, on sent une très forte pression. C’est d’ailleurs épatant de voir à quel point ils écoutent leurs maîtres, alors qu’ils sont en train d’attaquer et de mordre quelqu’un », s’étonne en chœur l’équipe de Tessa Worley, cobaye du jour vite rattrapée par Maisy.

 

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Expériences

Après les commandos de marine de Lorient, les sous-mariniers de Brest, la Légion étrangère de Calvi ou encore les parachutistes de Pau, cette immersion dans une unité d’élite, dont les membres doivent rester anonymes compte tenu des missions secrètes qu’ils réalisent, séduit les sportifs de haut niveau. Tout est mis en œuvre pour une découverte la plus fidèle possible des métiers de ces soldats aguerris et sur-entraînés : de la ration de combat servie au repas avec son veau maringo qui a ravi les papilles des athlètes, jusqu’aux douches sous tente en passant par une pointe de stress durant l’exercice nocturne. « Les gars sont très impressionnants. Porter un sac de 50 kg pendant toute une nuit est juste incroyable, le mettre sur son dos est déjà un combat, salue Robin Duvillard, qui a pu tester l’exercice durant l’après-midi. On a l’impression qu’il ne peut rien leur arriver. »

Les plus jeunes aussi sont admiratifs : « Physiquement et surtout mentalement, ils sont au top », note le fondeur des Hautes-Alpes, Richard Jouve. « Sur la partie mentale, il y a vraiment des choses à prendre chez eux. Ils sont toujours prêts pour donner le meilleur d’eux-mêmes lors d’opérations extérieures, comme nous devons l’être en compétition », appuie Paul Goalabré.

D’autres, sur le départ après avoir mis un terme à leur carrière cette fin d’hiver, profitent à fond du moment : « C’est une chance de vivre cette expérience. Ce n’est clairement pas donné à tout le monde », atteste Ivan Perrillat-Boiteux. Comme le Bornandin, Marine Bolliet ou Anémone Marmottan ne manquent pas une miette de l’activité tir du lendemain, avec pistolet automatique, fusil d’assaut HK-416 et mitrailleuse Minimi pour un challenge par équipes. « La cohésion, le partage et l’implication sont des valeurs que nous cherchons à inculquer aux athlètes de ces regroupements organisés traditionnellement tous les deux ans », commente le directeur-adjoint de l’équipe de France militaire de ski, Alexandre Rousselet. Objectif atteint une fois de plus : le chef de l’état-major des armées, qui a rencontré les champions pour un footing matinal sur le Champ-de-Mars, à Paris, peut en attester.

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