A La Clusaz, Alexis Jeannerod retrouve la coupe du monde

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C’est peut-être le plus discret  des fondeurs du massif jurassien. Dans le même temps, Alexis Jeannerod représente l’un des espoirs les plus sûrs pour la nouvelle génération. Il participera aujourd’hui à La Clusaz à sa deuxième coupe du monde après Rogla la saison dernière. Son arme secrète : le travail, toujours le travail.

 

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Alexis Jeannerod à Rogla (© Stanko Gruden/Agence Zoom)

Numéro 66. À Rogla, le Pontissalien Alexis Jeannerod découvre, la saison dernière, pour la première fois une compétition comptant pour la coupe du monde. Il ressent de la fierté. De la fatigue aussi, après une journée entière passée dans le bus qui l’a emmené jusqu’à la station slovène. Quand il se lève, il note qu’il a neigé. La météo ne sera pas l’alliée des concurrents du 15 kilomètres mass-start en classique.

downloader-6.php.jpegLe bûcheron (surnom que lui donnent ses coéquipiers, quand ce n’est pas le Che’ron) se sait au pied d’un arbre immense, une simple hache à la main. « Quand tu te retrouves au milieu des meilleurs mondiaux, tu te rends compte de la densité incroyable d’athlètes qui sont quasi au même niveau, et donc du travail qu’il reste à faire avant de pouvoir “jouer” vraiment avec eux ! », confie le fondeur reconnaissable à ses cheveux blonds. « Malheureusement, je n’étais pas en grande forme. » Il termine à la soixante-deuxième place. La rage aux dents : « À peine la course terminée j’avais envie de recommencer pour faire mieux ; je me suis promis de revenir plus fort ! »

« En course, c’est un démon, sourit son frère Yvan. Rien ne l’arrête. » Cette journée n’est pas sans rappeler la saison 2008 : double champion de France en catégorie jeunes, il avait couru avec les juniors lors d’une coupe d’Europe. Malade la veille du grand jour, il n’aurait laissé sa place pour rien au monde, quitte à visiter les bas-fonds du classement.

Perfectionniste”

Flash-back. Tout commence par une victoire, la première, lors d’une compétition interécoles. Puis, ce sont les années poussins et benjamins au Club des skieurs randonneurs pontissaliens (CSRP).

Son entraîneur Philippe Querry se souvient d’un « garçon discret » qui, ensuite, « a pris beaucoup d’assurance et est devenu assez vite une locomotive pour toute une bande de potes, comme il le dit lui-même ». Des amis qui saluent son sérieux : « C’est un gros travailleur qui n’hésite pas à faire beaucoup d’heures d’entraînement », décrit Rémi Borgeot, biathlète haut-savoyard, son colocataire à Prémanon.

Discret”

« Aussi bien pour le sport que pour ses études [licence STAPS, N.D.L.R.], Alexis a toujours été très sérieux et rigoureux, confirme son frère. Il a une hygiène de vie quasiment irréprochable. » Un perfectionnisme qui n’a pas échappé à Marika Godin, son amie : « Le plus impressionnant chez lui, c’est son engagement pour ce qu’il fait ! »

downloader-3.php« Entraînement dur, course facile », porte en étendard Alexis Jeannerod. N’attendez pas davantage d’un être qui cultive la discrétion comme Pangloss son jardin. « Oui, je suis de nature timide », concède-t-il. « C’est un garçon assez réservé qui garde ses états d’âme pour lui », acquiesce son frère. L’intéressé affirme qu’il ne s’agit aucunement de se protéger de l’extérieur.

Il n’empêche, l’enceinte bâtie autour de lui empêche de prime abord de voir ce qui se cache de l’autre côté : « il est assez personnel, du fait qu’il garde tous ses sentiments pour lui, il est donc difficile à cerner », ressent Yvan, qui a pris l’habitude de voir Alexis se promener dans les bois. « Vagabonder seul en forêt pour moi c’est le bonheur à l’état pur ! J’adore la solitude et la nature, c’est comme ça que je me ressource et que j’évacue le stress en trop », justifie celui qui, cette saison, s’est fixé un objectif : les championnats du monde de moins de 23 ans du 19 au 25 février à Erzurum (Turquie). Le Pontissalien, dont le domaine de prédilection est le style classique, a un atout majeur dans son jeu, un nouvel entraîneur, Vincent Vittoz : « Grâce à toute son expérience, il fait évoluer mon entraînement pour que je progresse encore, afin de me rapprocher du niveau coupe du monde, qu’il connaît très bien ! », se félicite son consciencieux élève.

Attachant”

downloader-4.php.jpegUne carrière est faite de rencontres décisives. Certains hommes ont posé les fondations. Philippe Querry a marqué les premières années. D’autres ont pris la relève. Elle se construit aussi avec une part d’égocentrisme : « Mais c’est inévitable dans la quête de perfection. » Ce qui ne signifie pas bomber le torse : « C’est vrai qu’au fond, quand je suis sûr de moi, je préfère le garder pour moi, je déteste les gens qui se la racontent ».

À chaque fois, Alexis Jeannerod qui nourrit une passion pour le cyclisme et le VTT, et une admiration pour les frères Schleck, ne laisse pas indifférent. On le dit « très attachant ».

Celui qui écoute Brassens, n’a rien d’un triste sire, pour qui réussit à franchir le pont-levis : il faut l’entendre imiter les commentateurs sportifs, pour s’en convaincre.

C’est enfin un garçon qui sait quitter le droit chemin et donc brouiller davantage encore les pistes, comme l’atteste Philippe Querry : « Il aime beaucoup le ski hors piste sur les sommets jurassiens, pour faire des sauts, en cassant parfois des skis. » Décidément, Alexis Jeannerod a quelque chose d’insaisissable.

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°2.