Anaïs et Chloé Chevalier, les sœurs biathlon

BIATHLON | PORTRAIT - Après avoir été médaillées aux Mondiaux juniors, elles ont découvert la coupe du monde à 20 ans : à deux saisons d’intervalle, le parcours des sœurs Anaïs et Chloé Chevalier a emprunté le même chemin.
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BIATHLON – Après avoir été médaillées aux Mondiaux juniors, elles ont découvert la coupe du monde à 20 ans : à deux saisons d’intervalle, le parcours des sœurs Anaïs et Chloé Chevalier a emprunté le même chemin.

 

« Disputer un relais ensemble aux JO et, mieux, ramener une médaille, ce serait énorme. On a le droit de rêver ! » Anaïs Chevalier évoque un sujet sur lequel elle avoue n’avoir guère échangé avec sa sœur. « Ce serait génial que ça se fasse un jour, rebondit Chloé. Il y aura forcément une petite déception si on n’y parvient pas d’ici la fin de notre carrière. »

Heureusement, l’histoire ne fait que commencer pour les deux Iséroises, qui ont découvert le ski de fond à l’école primaire de Revel, dans le massif de Belledonne. « Au début, je n’étais pas emballée », se souvient Anaïs. Chloé, pas mieux. « Mais quand on commence à gagner, ça aide », ajoute l’aînée. Elle bascule sur le biathlon après une rencontre décisive avec Thierry Dusserre, le conseiller technique régional, qui effectuait le tour des clubs pour faire découvrir le tir. Direction le lycée ski-études à Villard-de-Lans (Isère). Chloé ne tarde pas à suivre les traces de sa sœur, plus âgée de 32 mois.

 

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« Je faisais de l’athlétisme, beaucoup de cross. Mais le week-end, on accompagnait Anaïs au ski de fond. Et puis, c’est rassurant de faire comme sa sœur, plutôt que d’emprunter un chemin inconnu. » Le schéma se répète pour le biathlon : « J’allais la voir à l’entraînement. J’ai testé et j’ai accroché. » Second billet pour le Vercors.

 

Premier déclic

En cadettes, Anaïs remporte le circuit national. « Le déclic. Tout est parti de là. Je me suis dit que j’allais vraiment m’investir dans ce sport. » Des médailles aux Mondiaux jeunes et juniors, et la voilà, en décembre 2013, au départ de sa première coupe du monde à Hochfilzen (Autriche). Elle a 20 ans. « Impressionnant, se remémore-t-elle. Même si j’avais couru en IBU Cup, je débarquais dans une autre dimension. Je me retrouvais aux côtés de filles que je regardais à la télévision trois mois avant. » Une fois dans sa course, la Dauphinoise oublie cependant le contexte et termine 27e du sprint, avec un sans-faute au tir.

 

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Anaïs Chevalier (FRA) – Nordic Focus

 

Des débuts plutôt réussis, qui lui valent une sélection pour les Jeux olympiques de Sotchi, en Russie, deux mois plus tard. « En y repensant, je n’ai pas pu en profiter, c’est dommage ! Je venais juste de rentrer dans le grand bain et j’ai été catapultée aux JO. Cela fait bizarre. » Les résultats s’avèrent décevants (47e du sprint, 44e de la poursuite), mais « je ne pense pas que ce soit venu trop vite », analyse-t-elle. « J’ai l’objectif de 2018 avec la chance d’avoir déjà vécu cet événement. Je sais à quoi m’attendre, c’est un gros avantage ! »

Retour à Chloé. Elle remporte à son tour le trophée national en cadettes. « Mais j’étais encore jeune, ce n’est pas vraiment pour le résultat que je prenais le départ des courses. » Plutôt pour l’ambiance. « J’aimais bien le lycée ski-études, c’était plaisant. » Sans projection sur l’avenir. Puis, au fil de résultats probants, « je me suis dit que finalement, j’étais peut-être faite pour ça. » Elle vit son premier temps fort aux Jeux olympiques de la jeunesse, à Innsbruck, en 2012. « C’était incroyable, l’une de mes plus belles expériences internationales. En plus, on a gagné une médaille en relais. Cela donne envie de revivre des moments comme ça. »

En mode coupe du monde à 20 ans

Médaillée aux Mondiaux juniors, puis deuxième des championnats d’Europe, Chloé découvre à son tour le circuit mondial en décembre 2015, à Pokljuka (Slovénie). À 20 ans, comme sa sœur. Un moment particulier pour la famille Chevalier puisqu’Anaïs y effectue son retour « après une année galère » et une grosse blessure au dos. « Je me suis emballée à l’entraînement et cela a craqué, explique celle-ci. Mais j’ai pu prouver aux coachs que j’étais revenue à mon niveau. Même si cela n’a pas été facile, c’était une petite victoire. »

« Cette première ne s’est pas super bien déroulée, rappelle Chloé, de son côté. C’était mon cinquième week-end de course d’affilée, j’étais fatiguée. Cela reste une bonne expérience. Et c’était rassurant qu’Anaïs soit là… Normalement, les prochaines courses devraient mieux se passer. »

 

BIATHLON - Première médaille pour le clan français sur les Championnats d'Europe de biathlon. A Minsk, la Dauphinoise décroche le bronze du super sprint, derrière Evgenyia Pavlova en or et Olena Pidrushna en argent. 

Chloe Chevalier (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

Cet été, elles ont suivi de concert la préparation foncière, avec une relation désormais plus sereine que par le passé. « C’était un peu compliqué au début, car elle avait un très bon niveau et la première course où elle m’a battue, je n’ai pas trouvé ça juste », se souvient Anaïs. Christophe, le papa, renchérit : « Cela n’a pas toujours été très facile à vivre, mais, désormais, elles le font bien, même si elles restent concurrentes. D’être ensemble sur le circuit est un plus, c’est sûr, avec la possibilité de voir quelqu’un en qui on a confiance dans les moments durs. »

« On se complète bien, ajoute Anaïs. Nos échanges sont constructifs, car nos points de vue ne sont pas les mêmes. Chloé est une très bonne skieuse, moi je suis plus tireuse. Elle est plus posée que moi, arrive à prendre du recul par rapport aux performances, elle ne reste pas dans la bulle du biathlon. Mais elle manque un peu de confiance en elle et cela lui porte préjudice. » Le papa ajoute que Chloé « possède beaucoup de capacités. Elle arrivera un jour au bout de ses idées. »

 

L’admiration de leur père

Julien Robert, le responsable de l’équipe de France féminine, n’en doute pas non plus : « Il y a encore beaucoup de boulot, mais son profil s’avère très intéressant, avec des capacités physiques supérieures. Elle est très longiligne et manque un peu de puissance pour l’instant. Son tir couché demeure perfectible aussi. On compte toutefois sur elle pour l’avenir. Elle a bien bossé cet été. Même si elle peut évoluer très vite, cela me paraît cependant un peu juste pour les JO en 2018. Car il faut laisser le temps au temps. »

Pour Anaïs, par contre, le médaillé des JO de 2002 et de 2006 voit à plus court terme. « Elle a connu une année noire, après les Jeux de Sotchi. C’était compliqué, mais cela lui a servi dans sa vie : elle est devenue plus mature, l’échec l’a fait grandir. Ce n’est plus la même qu’en 2014. Elle a davantage les pieds sur terre. Cela a donc été un mal pour un bien. Elle a bien progressé cet été, elle se situe dans une bonne dynamique. C’est quelqu’un de valeur, franche, agréable. Elle fait du bien dans un groupe. »

 

BIATHLON -  Malgré un tour de pénalité, les Françaises Julia Simon, Justine Braisaz, une flamboyante Chloé Chevalier et Anaïs Bescond ont terminé le relais de Nove Mesto en argent, juste derrière la Norvège qui réalise le grand chelem cette saison !

Chloé Chevalier (FRA), Anais Bescond (FRA), Julia Simon (FRA), Justine Braisaz (FRA) – Nordic Focus

 

Christophe Chevalier met quant à lui en avant la ténacité de sa fille : « Elle sait où elle veut aller et y met tous les moyens. » Chloé parle aussi de « détermination » concernant sa sœur. Même si ça « peut devenir un défaut, car cela l’amène à être têtue. Sinon, elle est disponible pour les autres, c’est quelqu’un sur qui on peut compter. »

Cet hiver, Anaïs ne veut pas se mentir : « J’ai envie d’intégrer le top 30 régulièrement, j’en suis capable. » Chloé, elle, aspire à signer un podium en IBU Cup pour gagner sa place sur une étape de coupe du monde. Voire plus si affinités. Les deux sociétaires du CO Les Sept Laux suscitent en tous les cas l’admiration de leur père. « Elles sont très courageuses, car elles sont rentrées dans la vie active très tôt. Mais c’est leur passion, elles la vivent jusqu’au bout et font tout pour y arriver. »

 

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Portrait publié dans Nordic Magazine #20

 

Photos : Nordic Magazine, Nordic Focus et Archives.

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