Analyse : pourquoi Simon Fourcade a-t-il craqué ?

« J’étais nerveux. C’est une pression, un stress que je n’arrive pas à gérer. » (dans L’Equipe) Que s’est-il passé dans la tête de Simon Fourcade, lors du relais mixte qui ouvrait les championnats du monde de biathlon à Ruhpolding ? A l’Indépendant, in confiait avant de partir en Allemagne : « J’espère juste que la petite pression que j’ai ne viendra pas encore tout foutre en l’air, raconte le grand frère. J’ai toujours ce poids lorsqu’arrive un grand événement. Je n’y pensais pas la semaine dernière mais lorsque tu arrives sur le site, que tu apprends que la billetterie est sold out depuis un mois, que tu vois l’ambiance…»

Le stress est un processus subjectif qui dépend de l’événement mais aussi et surtout de l’évaluation par le sportif de la situation et de ses propres ressources dont il dispose pour réussir, précise Nathalie Crépin de l’Institut régional du bien-être, de la médecine et du sport santé du Nord – Pas de Calais.

Le sportif se répète : « je n’y arriverai jamais ; mieux vaut abandonner ; je vais souffrir ; de toutes façons je n’ai pas assez de qualités. ». Dans le même temps, il se dit, en regardant les autres : « ils ont l’air vachement bon ; ils sont meilleurs que moi ». Ces pensées se transforment vite en angoisse dévorante, qui trouve les alliés dont elle a besoin pour ne pas s’éteindre : « il y a du vent, je ne suis jamais bon avec le vent ; j’ai mangé trop tard je n’aurai pas digéré pour la course. » Simon Fourcade n’a-t-il pas confié : « J’ai eu un problème de manipulation avec le chargeur. C’est la première fois que je me loupe en relais ». Chose certaine, personne ne lui fait le moindre reproche.

 

La corde raide”

Simon Fourcade n’en est pas la première victime. Marie-Jo Pérec a craqué, en 2000, lors des Jeux Olympiques de Sydney. Elle avait choisi de prendre la fuite alors que le monde avait les yeux braqués sur elle dans l’attente de son duel avec l’Australienne Cathy Freeman sur 400 mètres.

Yannick Cochennec, rédacteur en chef adjoint de Tennis Magazine, écrivait en 2009 sur Slate.fr : « Etre un sportif de haut niveau, ou un apprenti champion dans un sport-études, c’est être, en effet, sur une corde raide en permanence. C’est parfois jouer son destin sur une course, sur un saut ou sur une balle avec des séquelles qui peuvent être dévastatrices en cas d’échec mal digéré – on l’a vu avec le joueur de tennis argentin Guillermo Coria qui a complètement plongé psychologiquement après être passé à un point de la victoire à Roland-Garros en 2004. »

Jeudi, Simon Fourcade est resté prostré de longues minutes dans les barrières. Et Martin de commenter sur Faceboog, comme un conseil fraternel : « Regarder devant ! »