Antonin Guigonnat : « Faire du biathlon le plus simplement possible »

BIATHLON – Révélation de cet hiver sur la coupe du monde, le biathlète de Morzine revient sur ses deux podiums décrochés au Grand-Bornand et à Ruhpolding. Et confie en toute simplicité la recette qui lui a permis d’éclore au plus haut-niveau.

 

  • Antonin Guigonnat, vous venez de réaliser une mass-start exceptionnelle avec un 20/20 et une lutte intense avec Martin Fourcade, Johannes Boe et Quentin Fillon-Maillet. Cette course a frisé la perfection non ?

On peut parler de perfection au tir car le résultat et la manière sont parfaits. Concernant la glisse, on était aussi dans la perfection grâce aux techniciens de chez Salomon et de l’équipe de France. Physiquement, je n’étais pas mal mais je ne parlerai jamais de perfection au niveau physique car il y a toujours quelque chose à aller chercher, toujours moyen de mieux faire. Sur cette course, j’avais envie de faire une belle performance, de faire une course qui me convenait en skiant intelligemment au milieu de ce paquet de trente skieurs. Car on peut perdre gros sur une casse de bâton ou une chute… A Ruhpolding, l’arrivée au pas de tir étant simple, je devais sortir un tir rapide et ne pas me faire embarquer dans le rythme des autres concurrents. J’ai réussi à le faire… Sur la piste, dans le dernier tour, j’ai vraiment chercher à regarder devant, du côté de Johannes pour aller plus vite même si je savais que derrière, c’était Quentin et Martin qui revenaient !

  • Vous êtes monté, à Ruhpolding, sur votre deuxième podium individuel en coupe du monde, le troisième en comptant le relais (deuxième place). Comment expliquez-vous cette dynamique favorable ?

J’ai une très bonne dynamique physique depuis déjà les France de La Féclaz… Je n’ai pas connu de baisse de régime à ce niveau là. J’arrive, à 26 ans, dans mes meilleures années d’endurance, de gestion des efforts. C’est le début de la maturité dans notre sport. Ensuite, plus globalement, dans la gestion de tout ce qui amène la coupe du monde et les premiers résultats, je le prends très simplement. Je me fixe avant tout des objectifs techniques et non pas de classements ou résultats chiffrés. Je cherche à appliquer au mieux ce que je travaille derrière la carabine à l’entraînement.

Martin Fourcade (FRA), Johannes Thingnes Boe (NOR), Antonin Guigonnat (FRA)

 

  • Sur le relais, vous avez tenu la baraque avec un dernier tir engagé (à voir à 1h10 dans la vidéo). Vous dégagez une grande confiance, comment vivez-vous de fait les attentes générées par ce nouveau statut autour de vous ?

Peut-être que je dégage de la confiance mais en aucun cas cette confiance n’est installée de façon pérenne. Le tir implique une remise à zéro sur chaque course. Sur ce relais, j’ai réussi à passer outre la pression de la coupe du monde en me disant que je terminais un relais avec mon comité aux France u sur une étape de l’IBU cup… Le but, c’était de faire comme si ce n’était rien d’autre qu’une course de biathlon. De façon simple et basique.

  • Avant le Grand-Bornand, le déclic s’est d’abord sur le sprint de Lenzerheide en IBU cup que vous avez remporté. N’est ce pas le moment clé de votre début d’hiver qui vous a permis de décrocher un ticket coupe du monde ?

Sur tout le début de saison, notamment à Sjusjoen, je cherchais le meilleur résultat français pour prendre le ticket. J’attendais un résultat chiffré mais j’ai commis des erreurs au tir à cause de cette pression que je me mettais. A Lenzerheide, c’était peut-être bien ma dernière chance d’aller sur la coupe du monde. J’étais au pied du mur. Quand on m’interrogeait sur la coupe du monde du Grand-Bo, je devais gagner en IBU pour gagner ma place ensuite ! C’est à ce moment là que j’ai arrêté de penser au résultat et dans la tête, j’ai réussi à mettre en place une stratégie basée sur mes capacités de skier vite et de bien tirer. Martin Fourcade est exceptionnel car il réussit à reproduire en compétition ce qu’il fait tous les jours à l’entraînement. A moi de m’en inspirer.

  • Avez-vous le sentiment que la roue tourne enfin après des années plus délicates à jouer sur le circuit IBU ?

J’ai souvent su que je ne passais pas à grand chose des sélections en coupe du monde. Ça a été souvent le cas. Malgré mon potentiel, je n’arrivais pas à concrétiser… En cela, je jouais gros sur Lenzerheide. L’histoire est d’autant plus jolie avec ce qui c’est passé ensuite au Grand-Bornand. Mais non, je n’ai pas l’impression d’un déclic soudain. Les résultats sont arrivés en essayant de trouver un peu d’autosatisfaction sur mes courses.

 

J’ai l’impression que mon résultat au Grand-Bornand tient de l’ordre du destin…

 

  • Avec le recul, que retenez-vous de votre folle journée au Grand-Bornand et ce podium partagé avec les deux vedettes Martin Fourcade et Johannes Boe ?

C’est vrai que mes deux podiums ont été partagés avec ces deux coureurs que j’ai qualifiés plusieurs fois d’extraterrestres. C’est vraiment exceptionnel ! C’est vraiment quelque chose de fort, surtout de le faire à la maison, à deux pas de chez moi. J’ai l’impression que c’est un résultat qui est de l’ordre du destin. Ça devait m’arriver. Cette journée a été tellement folle… comme si on m’avait poussé vers ce podium.

 

Antonin Guigonnat (FRA)

  • Même si vous avez brillé cet automne à La Féclaz lors des championnats de France, imaginiez-vous réaliser un tel parcours en coupe du monde ?

A La Féclaz, on s’est retrouvé devant avec les gars de l’équipe B car les A étaient tous hors de forme après leur stage d’Oberhof, sauf Simon Desthieux. D’ailleurs, je vous disais à ce moment là que les meilleurs mondiaux seraient à leur place cet hiver. Je ne pouvais pas me permettre d’annoncer que j’allais jouer devant sur la coupe du monde !

 

  • Cette fois-ci, avant même Antholz, vous avez d’ores et déjà votre ticket pour les Jeux olympiques. Le rêve de vivre vos premiers Jeux se réalise…

C’est assez particulier car je n’ai jamais eu de rêve olympique : ce n’est pas quelque chose qui m’a fait briller les yeux tout gamin. J’ai découvert le biathlon en allant voir le relais à Turin 2006. Mais j’ai plus un rêve de classement général de la coupe du monde. Je ne parle pas de globe, mais seulement de pouvoir me placer dans la hiérarchie mondiale, en restant sur des critères sportifs qui me paraissent plus justes sur un général que des Jeux qui seront finalement une coupe du monde avec une grosse vague médiatique supplémentaire. Peu importe où on est, qui est devant ou derrière moi, je veux faire du biathlon le plus simplement possible !

 

Photo : NordicFocus

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