Aujourd’hui, Vincent Gauthier-Manuel portera le drapeau tricolore à Sochi

Comme Jason Lamy Chappuis, un autre Jurassien Vincent Gauthier-Manuel portera ce soir le drapeau de l’équipe de France à Sochi lors de l’ouverture des Jeux paralympiques. Portrait.

 

Sur un célèbre réseau social, le triple champion du monde de ski alpin a ajouté son surnom en dessous de ses nom et prénom : Abraracourcix ! L’allusion au bras gauche de Vincent Gauthier-Manuel – qui depuis sa naissance est plus court que son bras droit – semble évidente. Mais d’un point de vue physique comme de caractère, les ressemblances entre le jeune homme et le chef du plus célèbre village gaulois de l’histoire de la bande dessinée sont à peu près inexistantes…

S’il fallait rapprocher le skieur d’un personnage de René Goscinny et Albert Uderzo, c’est sans hésitation l’image d’Astérix qui viendrait à l’esprit. Il est fort, doté d’une capacité d’adaptation à toutes les situations peu commune, riche d’un capital sympathie important parmi ses contemporains et surtout sélectionné olympique (comme Astérix aux Jeux olympiques). Pour François Bailly-Maitre, il est « doué, démerde et gentil. » Pour François Rinaldi, président de l’association Vincent Team, il est « incapable de s’arrêter plus de 30 secondes, quelle que soit l’activité. » Et pour John Michelin, un ami, « il n’a pas une minute d’arrêt. »

 

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Famille jurassienne

Rencontrer cet hyperactif, ce n’est donc pas simple, surtout depuis sa désignation comme porte-drapeau de la délégation tricolore aux prochains Jeux de Sochi — « Porte drapeau, c’est énorme. Cela me tient à cœur. » C’est pourtant ce que nous avons réussi dans sa maison de La Chaux-du-Dombief (39).

De retour d’un week-end parisien et avant une semaine d’entraînement, Vincent Gauthier-Manuel s’est arrêté une petite heure pour évoquer son parcours singulier. Même son chien qui ne s’appelle pas Idéfix mais Gossip, un bouledogue français, semblait surpris de le voir rester immobile si longtemps derrière la table de sa cuisine !

« Ma famille est originaire de Prémanon, des Jouvencelles, depuis quatre générations. Mon grand-père, André Gauthier, est le premier chef d’exploitation de la station, mon père, dameur des pistes téléskis depuis trente ans [lire Nordic Magazine n° 6], et mon frère aussi », raconte-t-il. « Ma grand-mère est de La Chaux-du-Dombief, c’est pour ça que je vis ici ».

Une manière d’expliquer que, outre sa chérie (son prénom n’est pas Falbala) et ses amis, l’ancrage familial et les racines jurassiennes — il exerce une activité au sein de l’entreprise bois-d’amonière Lacroix Emballage — sont essentiels. « Nous avons commencé l’alpin ensemble vers l’âge de 14 ans, raconte François Bailly-Maitre, le vététiste de Longchaumois [lire Nordic Magazine n° 8]. Nous continuons toujours à pratiquer tous les sports de plein air ensemble, car je crois que nous avons une conception de la vie similaire : d’abord prendre du plaisir, ne pas trop se prendre la tête ».

 

Vincent Gauthier-Manuel

 

La suite de son histoire ressemble à celles des figures actuelles du ski jurassien. En épluchant une mandarine, le descendeur la déroule simplement : « J’ai commencé le ski entre 3 et 4 ans, au pied des pistes des Jouvencelles. J’ai d’abord fait du saut à ski avec Jez [Jason Lamy-Chappuis, N.D.L.R.] à l’Omnibus. Mais quand nous sommes passés aux Tuffes, ça ne marchait pas pour moi, je tournais en l’air ! J’ai alors commencé le ski de fond et ensuite, pour plus d’adrénaline et de sensations, j’ai switché vers l’alpin ».

Élève au collège des Rousses, dans la même classe que le champion olympique, François Braud ou la biathlète Anaïs Bescond, c’est tout naturellement qu’il s’oriente vers le haut niveau. « Je me tirais la bourre avec les copains, mon but était de faire mieux qu’eux et j’y arrivais ! » L’année 2005 marque donc un tournant important pour le jeune jurassien : « après mes 18 ans, j’ai changé d’état d’esprit. Je savais que j’avais un handicap, mais je n’en avais pas conscience. Je ne voulais pas entendre parler de handisport, car je n’avais jamais eu de gros frein, à part peut-être l’interdiction par la loi de passer le permis moto ».

Le déclic

C’est là qu’une rencontre va être déterminante. « J’ai fait la connaissance de Jean-Yves Le Meur, qui était en équipe de France handisport et skiait beaucoup du côté de Lélex. La même semaine, il m’a emmené aux championnats de France handisport. J’ai rencontré pas mal de skieurs dont je me suis senti proche, j’ai pu me confronter à eux en slalom spécial. Quand j’ai vu qu’ils partaient aux Jeux olympiques quelques semaines plus tard, je me suis dit que ça pouvait peut-être marcher pour moi en handisport. J’ai orienté mon destin autour de ce projet et, petit à petit, les résultats sont venus ».

Championnats de France, coupe d’Europe… Vincent Gauthier-Manuel progresse rapidement et décroche sa première victoire en coupe du monde en 2009 à La Molina (Hispanie), en slalom. « C’est moi qui préparais mes skis, aujourd’hui je me dis que ce n’était pas possible de skier avec des planches comme ça ! »

 

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Le descendeur du ski-club du Grandvaux est doué, très doué. Pour John Michelin, « dans n’importe quel sport, il arrive toujours tout de suite à voir comment se mettre en place, il comprend tout de go ce qu’on lui explique techniquement, il est très fort ». « Par rapport à son handicap, il a toujours fait du sport comme nous, il s’est adapté et ça l’a tiré vers le haut », explique François Bailly-Maitre. « Il prend beaucoup de plaisir à faire du ski, à faire une séance d’entraînement. Mais il garde un esprit de compétiteur terrible, dans tout ce qu’il fait. Il a une capacité à dégoûter les gens par sa force, il est tout simplement impressionnant », résume admiratif le deuxième François (Rinaldi) de la bande.

En 2010, il revient de ses premiers Jeux paralympiques de Vancouver avec une médaille de bronze (en géant), deux médailles d’argent (en super géant et combiné). « Je n’étais qu’outsider et je me suis dit : “ on va montrer ce que l’on sait faire“  ». Et l’année suivante, à Sestrières (Italie), il s’installe sur le toit du ski handisport mondial, en décrochant trois titres mondiaux. Un statut de leader mondial qu’il confirme deux ans plus tard avec deux nouveaux titres, en slalom et géant.

Chercheur d’or

L’objectif, aujourd’hui, c’est le titre olympique. « Avec mes coachs, nous avons mis en place des étapes, pour y arriver step by step ». Sa préparation physique, réalisée essentiellement avec son ami Frédéric Jean, au Centre national de ski nordique de Prémanon, est proche de celle de la saison précédente. Il souhaite encore gagner en puissance, affiner son sens de la trajectoire, pour rester régulier en vitesse.

Vincent Gauthier Manuel a bon goût. De la pierre, du bois, des volumes bien définis et de vastes ouvertures pour laisser entrer la lumière, il a créé de beaux espaces de vie dans la maison de sa grand-mère. Et, chez lui, rien n’évoque le ski ou son parcours de champion. La seule référence au sport est liée à des cannes de golf… dans le garage. Avec l’idée d’une reconversion prochaine sur les greens ? Pas tout de suite. « Il a besoin de bouger tout le temps, il est toujours en stage ou en compétition et cette vie lui plaît. Ce début de saison, sur les premières coupes d’Europe, il est un tombé sur un Autrichien bien en forme. Je crois que ça l’a reboosté un bon coup ! », conclut John Michelin.

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°10

Photos : Samuel Cordier et FFH

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