Avant la GTJ 200, Guillaume Millet conseille les skieurs en quête d’ultra-endurance

Professeur à l’université de Calgary aux Canada et très grand connaisseur du ski de fond et de la physiologie du sportif, Guillaume Millet a été interviewé par Patrick Bohard au sujet de la GTJ 200 qu’organise l’ultra-traileur fin février ; la plus grande course de ski au monde. Le spécialiste de l’ultra-endurance est ravi de voir l’ultra-ski faire son apparition surtout qu’il est moins traumatisant que l’ultra-trail…

 

Patrick Bohard : Nous proposons cet hiver une course de ski de fond sur le tracé de la GTJ , est ce un parcours que tu connais ? Serait-ce pour toi un challenge intéressant à relever ?

Guillaume Millet : Je n’ai malheureusement jamais pris le temps de faire la GTJ en une fois mais, en tant que fondeur haut-jurassien du sud qui a de surcroit fait une année au sport-étude de Pontarlier, j’ai trainé mes planches sur de nombreuses parties du parcours, sauf le début jusqu’aux Fourgs que je ne connais pas. Et plus je voyage, plus je me dis que le Jura, ça reste encore ce qu’il se fait de mieux comme terrain de ski nordique. Je ne suis pas sûr que tous les skieurs de fond jurassiens se rendent compte de la chance qu’ils ont. Cette course, pour être tout a fait honnête, j’en ai rêvé. A tel point que si je n’étais pas dans la pire forme physique de ma vie et pas aussi pris par le boulot, je pense que j’aurais casse mon petit cochon pour me payer l’aller-retour. A l’époque où je faisais du raid, avec 2 copains on avait fait Mouthe-Lamoura la nuit avant la Transju puis le retour au milieu des coureurs. Ce n’est pas tout a fait aussi long que ce que vous proposez mais on s’était bien marré. J’avais même passé un mail aux organisateurs de la Trans’ pour leur suggérer l’idee d’une “vraie” ultra-transju (50 km CL + Mouthe-Lamoura de nuit + Transju) mais je n’ai jamais eu de réponse. Ils ont du me prendre pour un fou, ça me rassure de voir que je ne suis pas seul. Bref, je trouve votre idée géniale d’autant plus que vous avez choisi la formule par équipe de 2.

 

Notre société hyper-douillette nous incite à chercher des défis un peu fous

Les temps de course sur cette traversée sont estimés selon les conditions à 12H pour les premiers et 22H pour les derniers arrivants. On bascule donc sur ce que l’on pourrait appeler de l’ultra-ski ; quel est ton sentiment par rapport à cela, pour une discipline qui n’a à ce jour que très peu de référence en ultra ?

C’est raisonnable, il n’y a aucun doute la-dessus. On n’est quand même pas en terrain hostile (sauf peut-être la traversée de Bois d’Amont [rires]) et ça restera moins difficile que les ultra-trails sur des formats 100 miles et au-dessus tels que l’UTMB ou le Grand Raid de la Reunion sans parler des courses encore plus longues comme le Tor des Géants. Moins dur car les dommages musculaires articulaires sont beaucoup plus faibles en ski qu’en courant. On n’a ni l’impact à chaque foulée, ni les contractions excentriques en descente. Pour autant, la GTJ 200 fait véritablement entrer le ski de fond dans le domaine de l’ultra-endurance, ce qui n’était pas le cas à mon sens sur l’ultra-transju en raison de la récuperation du samedi après-midi et de la nuit. Les conditions meteo et de glisse dicteront la difficulté de l’épreuve, quelque part entre extrême et “juste” très difficile.

 

Le Jura est au nordique ce que le tour du Mont-Blanc est à la randonnée en montagne

 

Dans ton livre référence “Ultra Trail: plaisir, performance et sante” tu expliques parfaitement les mécanismes de la performance et les moyens que l’on peut mettre en oeuvre pour ouvrir en grand les portes de la progression. Quelles seraient les pistes d’une préparation spécifique sur une épreuve comme la GTJ 200 ?

A 7 semaines du depart, c’est déjà presque un peu tard pour se préparer mais il est a mon avis bénéfique de faire au moins une fois ce que j’appelle un “week-end choc” c’est-a-dire partir pour 2 sorties hyper longues deux jours de suite, si possible en terminant la première tard et/ou débutant la 2eme tôt de façon a s’entrainer à skier quelques heures a la frontale. Le but de ce WEC est de se mettre en conditions vraiment spécifiques à la GTJ 200 au niveau du rythme (donc de la technique de ski), du matériel (frottements), du ravitaillement (attention a l’écœurement des aliments sucres), etc. Pour le reste, évidemment il faut accumuler du volume pour préparer ses muscles (notamment dos et abdos) à supporter toutes ces heures en continu. En revanche, attention a ne ne pas commettre l’erreur de faire des heures jusqu’à l’approche du départ, il est très important de sérieusement lever le pied 10 jours au moins avant la course. Donc pas de longue distance le dimanche précédant. Accumuler du sommeil les jours d’avant sera important si les conditions sont lentes. Et bien réfléchir à son ravitaillement et à la logistique. De ce point de vue, les raideurs et les ultra-traileurs seront avantagés, ils ont l’habitude de tirer profit de l’assistant qui est un membre à part entière du team. Dernier conseil, éclatez-vous, c’est juste génial de faire partie de la première édition d’une course comme ça…

 

Penses-tu que cette course va être un succès populaire à terme ?

Le succès de l’ultra-trail du Mont-Blanc montre que l’ultra a le vent en poupe. Bien sur rien à voir avec le marathon de Paris par exemple et il est évident que la GTJ200 ne pourra pas attirer autant de monde que la Transjurassienne. Mais notre société hyper-douillette nous incite de plus en plus à chercher des défis un peu fous dans lesquels on se met en difficulté pour le plaisir de retrouver nos racines. Le succès de l’UTMB s’explique aussi par la rencontre d’un territoire et d’un public. Le nombre de skieurs est beaucoup plus faible que le nombre de coureurs mais le Jura est au nordique ce que le tour du Mont-Blanc est à la randonnée en montagne. Je pense que cette course fonctionnera .

 

Photo GTJ 200 –
Retrouvez un reportage complet dans le prochain Nordic magazine…

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