Biathlon | Anaïs Chevalier-Bouchet : « J’ai des objectifs élevés »

BIATHLON - Après une pause d'une année, la nouvelle maman est de retour dans le groupe d'entraînement de l'équipe de France de biathlon. Elle se confie en exclusivité pour Nordic Magazine sur ces mois passés, sur le retour à l'entraînement et ses ambitions pour l'hiver. 
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BIATHLON – Après une pause d’une année, la nouvelle maman est de retour dans le groupe d’entraînement de l’équipe de France de biathlon. Elle se confie en exclusivité pour Nordic Magazine sur ces mois passés, sur le retour à l’entraînement et ses ambitions pour l’hiver. 

 

Anaïs Chevalier-Bouchet : « J’avais envie et besoin de couper avec le biathlon »

 

  • Vous avez vécu une année bien occupée avec la construction d’une maison, la grossesse, comment avez-vous vécu ça sur le plan sportif, comment avez-vous géré votre entraînement durant cette longue période ?

Je n’avais pas vraiment de plan établi, l’objectif était d’être en forme pour reprendre l’entraînement avec le groupe en mai de cette année. Donc en fait j’ai géré comme j’avais envie de le faire, j’ai continué à m’entraîner jusqu’à fin juin de l’année dernière puis ensuite j’ai vraiment coupé. J’avais aussi besoin de temps pour moi, j’ai pris le temps de faire autre chose, j’ai vraiment profité de ma grossesse, de ma maison, de la montagne et au final j’ai presque passé un été 2019 de personne « normale », sans être sportive de haut-niveau. J’ai ensuite repris l’entraînement deux mois après l’accouchement avec des petites sorties de ski, mais plus pour moi au début parce que j’en avais envie, et mon corps en avait besoin. Puis j’ai profité un peu plus de l’hiver jusqu’au début du confinement et où je commençais à retrouver la forme.

 

  • Comment avez-vous suivi l’hiver du biathlon français ?

Je l’ai plus suivi que ce que j’avais prévu. Je m’étais dit que si j’avais l’occasion je regarderais une course ou deux parce que je ne voulais pas suivre ça à distance et que j’avais vraiment envie et besoin de couper avec le biathlon. Et puis en fait ça m’a vite rattrapé et j’ai presque tout regardé ! Je pense que j’ai appris beaucoup de choses, ça m’a permis d’observer beaucoup avec un œil un peu extérieur. J’ai vibré avec l’équipe : j’étais heureuse quand ça marchait, triste pour eux quand ça ne marchait pas, j’ai vraiment vécu ça aussi en spectatrice.

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  • Les Mondiaux d’Antholz auront-été compliqués pour l’équipe féminine, comment avez-vous vécu cela ? 

C’était dur de les voir dans la difficulté. Je n’aurais pas aimé être à leur place, j’ai trop vécu ça aux Jeux en 2018 donc je savais exactement ce qu’elles pouvaient ressentir et j’imaginais très bien l’ambiance de groupe. Je sais que cela laisse des traces, mais après elles nous ont montré sur la fin de saison qu’elles savaient rebondir.

 

BIATHLON - Au terme d’un superbe duel, la Norvège a devancé l’Italie lors du relais mixte d’ouverture des mondiaux de biathlon à Antholz. Julia Simon, Justine Braisaz, Martin Fourcade et Quentin Fillon-Maillet sont passés à côté de leur entrée dans ces mondiaux (7e).

Julia Simon (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

« Martin a fait beaucoup pour notre sport, le biathlon français est ce qu’il est grâce à lui »

 

  • La fin de saison du biathlon a aussi été marquée par les retraites de Martin Fourcade et de Célia Aymonier. 

La retraite de Martin était dans les tuyaux depuis un petit moment, ça m’a touché mais ça ne m’a pas surprise car on savait que cet hiver était potentiellement synonyme de fin de carrière. J’ai pu échanger avec lui après et j’étais heureuse d’avoir en quelque sorte le fin mot de l’histoire et de pouvoir en discuter avec lui. C’est une page qui se tourne, Martin a fait beaucoup pour notre sport, le biathlon français est ce qu’il est grâce à lui, mais je pense qu’il gardera un œil sur la discipline. Je l’ai revu après le confinement et je l’ai trouvé très détendu, c’est un Martin plutôt serein donc ça veut dire que c’était le bon choix.

 

BIATHLON - Martin Fourcade a terminé sa carrière de la plus belle manière en remportant la poursuite de Kontiolahti malgré des conditions difficiles. Il a devancé ses deux compatriotes Quentin Fillon-Maillet et Emilien Jacquelin (vainqueur du globe de la poursuite)… juste devant Johannes Boe, vainqueur du globe pour deux petits points !

 

Quant à la fin de carrière de Célia, je l’ai apprise par internet car je n’étais plus dans le groupe. J’ai été un peu surprise et en même temps ce n’est pas une fille qui agit sur des coups de tête donc je suis certaine qu’elle y a bien réfléchi. Si elle a mis le clignotant c’est qu’elle ne trouvait plus ce qu’il fallait pour s’épanouir alors je suis sûre que c’est un choix réfléchi. Elle a d’autres projets donc je ne suis pas inquiète pour elle. Je n’aurai pas partagé la dernière année avec elle mais c’est pas grave on partagera d’autres choses.

 

« J’ai retrouvé un niveau satisfaisant, mais il reste du travail » 

 

  • Vous avez donc retrouvé le groupe lors du premier stage la semaine dernière sur le stade de biathlon de Prémanon, comment se sont passées les retrouvailles ?

Plutôt bien, malgré les conditions sanitaires qui nous ont été imposées, et qui n’ont pas permis de faire vivre le groupe comme d’habitude. Pour moi, ce retour s’est bien passé parce que j’avais déjà repris l’entraînement un peu plus tôt que d’habitude. Je n’avais pas la fatigue d’une saison compète (même si au final j’en avais quand même, mais ce n’était pas une fatigue sportive) donc j’ai repris un peu plus tôt pour ne pas être à la rue. Déjà pour le groupe, et puis pour moi aussi parce que j’ai ma petite fierté personnelle qui fait que je ne voulais pas arriver trop en retard.

Ce premier stage m’a permis de voir que j’avais retrouvé un niveau satisfaisant pour la période, même si j’ai encore beaucoup de travail notamment au niveau musculaire, mais j’arrive à suivre les filles et c’est le principal. Je n’étais pas plus inquiète que cela parce que je me connais, donc je savais que j’avais repris un certain niveau. Mais oui, c’est important de se jauger par rapport aux autres filles, et de pouvoir facilement suivre les séances. Même pour le groupe c’est important d’avoir une certaine homogénéité.

 

  • L’intersaison a aussi été marquée par l’annonce du remplacement de Franck Badiou par Jean-Paul Giachino derrière la jumelle, comment avez-vous recueilli la nouvelle ? 

Je l’ai appris par message puis par Fred (Jean, l’entraîneur du groupe Dames, ndlr) qui me l’a annoncé. J’étais surprise parce que Franck s’était engagé à aller au moins jusqu’aux Jeux avec nous mais c’est sa décision. Il nous a exposé ses arguments, et c’était une décision personnelle donc à partir de là je n’ai pas à juger. Pour moi, finalement j’aurai peu travaillé avec lui et je retrouve Jean-Paul que je connais bien. Je pars du principe qu’un entraîneur de tir apporte à un athlète ce qu’il a envie d’entendre, j’ai travaillé avec « Paulo » pendant 4 ans avec qui ça fonctionne très bien , on va aller tous les deux dans le même sens pour aller jusqu’au Jeux ensemble.

 

 

« Le maître-mot cette année sera : adaptation » 

 

  • Il y a encore beaucoup d’inconnues quant à votre programme d’entraînement et la tenue ou non des courses de préparation comme le Blink Festival ou les étapes du Summer Tour : est-ce quelque-chose de préoccupant pour vous ? 

Ça ne préoccupe pas mais j’aimerai bien que cela ait lieu, parce que ce sont des points de repères. Un événement comme le Blink Festival pour nous ce sont des courses sans grands enjeux mais on a pas beaucoup d’autres courses comme celles-là. Cette année je sais que je n’irai pas au Blink, le reste du groupe probablement pas non plus, mais j’espère que les Summer Tour pourront avoir lieu normalement. Parce qu’en septembre-octobre, la saison approche et j’aime bien me jauger, ça donne des repères aussi sur le niveau des années d’avant. Sinon on fera sur les stages, sur les chronos avec le groupe. On verra bien, de toute façon le maître-mot de cette année ça sera l’adaptation je crois…

 

  • Être maman change-t-il quelque-chose au rapport que vous avez avec ce métier qu’est le biathlon et le sport de haut-niveau ?

Je n’ai pas encore assez de recul, mais j’espère avoir plus de détachement par rapport à des courses où des résultats qui ne me conviennent pas. En même temps, je ne vais pas reprendre la compétition pour rien. Je sais maintenant que j’ai une petite fille à la maison qui m’attend, je ne vais pas courir en me disant « au pire je vais faire 40e c’est bien ». J’ai envie de performer, je n’ai pas envie de perdre mon temps. Ça se retrouve aussi à l’entraînement, je n’ai pas envie de mal faire les choses parce que quand je rentre j’ai envie de retrouver ma fille. Je ne vais pas jouer ma vie sur chaque course mais quand tu y vas, tu y vas vraiment, pas à moitié.

Pour cet hiver, cela va impliquer une organisation différente. C’est quelque chose que nous sommes en train de mettre en place avec mes parents, ma belle-famille, avec mon mari Martin, avec le staff et les filles. J’ai envie de caler ça avant le début de saison, ça demande un peu d’anticipation et de préparation.

 

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Instagram Anais Chevalier-Bouchet

 

« Mon objectif ? Les Jeux olympiques, dans deux ans »

 

  • Comment vous projetez-vous sur l’hiver qui arrive et vos objectifs ? 

Pour l’instant mon objectif c’est les Jeux Olympiques dans 2 ans., je ne me suis pas projeté après. Je sais que j’ai deux ans pour réussir, je n’ai pas envie de perdre mon temps, de me dire que ce n’est pas grave, que la prochaine olympiade est dans 6 ans, et que je me re-préparerai pour . Non moi je me donne deux ans pour performer. Et pour l’équilibre de ma famille, je sais que je ne vais pas rester encore dix ans sur le circuit, parce que ce n’est pas ce que je veux. Ça demande de la rigueur et de la détermination.

Pour cet hiver, j’ai encore du mal à savoir comment je vais progresser, l’objectif c’est les Jeux mais ça passe par des bonnes courses avant. Je fonctionne comme ça, en réussissant mes courses. Je ne pense pas que cet hiver sera un pallier parce que j’ai des objectifs élevés. Je n’ai pas encore affiné les objectifs de la saison, après bien évidemment, je ne cracherai pas sur une médaille aux Mondiaux ou des podiums en coupe du monde mais je vois à plus long terme.

 

Oui, le goût de la victoire me manque, c’est un des objectifs de cette année, je ne vais pas m’en cacher, je ne vais pas revenir en coupe du monde pour faire 30e ! Oui je veux regoûter à la victoire !

 

 

  • Le fait qu’il y ait de très bons exemples de biathlètes qui retrouvent leur plein niveau après une grossesse, c’est un élément qui vous apporte de la sérénité ou considérez-vous que chacun a son histoire, et que ce n’est donc pas un élément à prendre en compte ?

Les deux. À la fois, les exemples montrent que presque toutes les athlètes qui reviennent retrouvent leur niveau voir même mieux, donc ça prouve qu’il y a peut-être quelque-chose qui se passe soit dans le corps ou dans l’esprit, qui fait que la maternité a du bon. Et en même temps on est toutes différentes, chacune a son histoire, on a toutes vécu ça différemment, à des moments différents. Moi j’ai fait le pari de couper pendant un an, sans compétition et je sens que cela a fait du bien à mon corps de se reposer, de ne pas avoir à subir des charges d’entraînement et de compétition. Après il faut se remettre en route, mais oui il y a de bons exemples !

 

Mom is back!

Mom is back! 💪🧸Anaïs Chevalier-Bouchet revient sur la scène de la compétition au sein de l'Équipe de France de Biathlon.🎥 FFS TV

Publiée par Fédération Française de Ski – FFS sur Lundi 8 juin 2020

 

Photos : Nordic Focus, Capture d’écran FFSTV et Nordic Magazine.

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