Biathlon : le parcours atypique de Lou-Ann Vassel, biathlète venue des Hautes-Alpes évoluant sur le circuit national
Sur la coupe de France de biathlon, les profils d’athlètes présents sur les listes de départ sont hétérogènes. Il y a d’abord les déçus des sélections internationales souhaitantfaire leurs preuves sur le circuit national afin de remonter au plus vite en IBU Cup ou en Junior Cup. On trouve également des biathlètes plus jeunes, U19 et U17, en plein apprentissage sur des courses de très haut niveau ou encore des sportifs aux parcours cabossés.
C’est dans cette dernière catégorie que l’on pourrait placer la Haut-Alpine Lou-Ann Vassel. A 20 ans, celle qui réside à Guillestre (Hautes-Alpes) – village d’un peu plus de 2 000 habitants situé non loin de Ceillac (Hautes-Alpes) et Arvieux (Hautes-Alpes) – n’a pas eu une trajectoire rectiligne.

Blessée par balle lors d’un entraînement de biathlon en décembre 2020, elle avait tout simplement abandonné ses espoirs de performance avant de reprendre sérieusement les entraînement à la fin du printemps 2024. Pour Nordic Magazine, la Queyrassine Lou-Ann Vassel a accepté de raconter son parcours pas comme les autres.
Blessée par balle lors d’un entraînement réalisé avec son club
« Je suis rentrée au club des Trolls en primaire, en CM1, et j’ai ensuite fait tout le collège en classe sportive. Pour l’entrée au lycée, il s’est posé un dilemme, parce qu’on n’a pas de comité en biathlon dans les Alpes Provence. Je suis donc restée dans un lycée normal, tout en continuant avec le club. L’année où je voulais essayer de faire des performances au niveau national pour, ensuite, pourquoi pas partir en Savoie – un peu comme Ludmilla [Roche] a pu le faire par le passé -, j’ai malheureusement eu une grave blessure en décembre 2020, à 15 ans.. »
« J’ai été blessée par balle en biathlon. On travaillait les positions dans un gymnase et j’allais contre le mur accrocher des visuels représentant des petites cibles à une dizaine de mètres. Un jeune du club a voulu regarder si le carton que je posais était bien placé. Sauf qu’à ce moment-là, la coach s’occupait des petits qui installaient les carabines à plomb. Cinq secondes d’inattention et il a fait plein de conneries (sic). Il avait trouvé une balle dans un chargeur en rentrant chez lui le soir et, au lieu de la jeter, il l’avait remise dans un chargeur. Il a visé et tiré. »

« Je ne lui en veux pas, il n’y a pas de rancœur, mais je voulais juste expliquer la scène. Je veux d’ailleurs préciser que ce n’était pas de la faute de notre coach. Elle avait donné toutes les consignes et elle vérifiait toujours les chargeurs à la fin des entraînements. »
« La balle, je l’ai prise dans le coude. Cela a fait un trou dans l’os et, comme j’avais le bras plié, c’est parti dans l’avant-bras. Ça a un peu abîmé les nerfs et les artères. Pendant six mois, j’ai fait du centre de rééducation, des opérations ou encore de la kiné. »
Un arrêt du biathlon pendant plusieurs années
« Après ma blessure, je n’ai logiquement pas fait de compétitions de l’hiver, finissant mon année de seconde de manière classique. Sur la fin du lycée, ensuite, j’ai arrêté les compétitions en biathlon parce que je n’avais plus du tout le temps de faire les deux. »
« Après, j’ai quitté mon Queyras natal pour aller en STAPS à Chambéry, où je me suis fait une super copine, Thémice Fontaine [biathlète du comité de Savoie qui a découvert la Junior Cup en décembre dernier, NDLR]. En octobre, elle me dit que les cours, ça la saoule et qu’elle part faire autre chose à Annecy, en IUT Techniques de commercialisation, où il n’y a cours qu’au printemps. Violette Bony, Lou-Anne Dupont Ballet-Baz et Lionel Jouannaud, notamment, y sont aussi. »

« Je me suis retrouvée seule et les cours de STAPS ne me plaisaient pas vraiment non plus. En janvier-février, je me suis décidée à arrêter STAPS et, à l’audace, j’ai envoyé un mail pour savoir si je pouvais rejoindre le cursus. Et c’est passé ! »
L’envie de reprendre de la compétition est finalement revenue
« C’est de là que l’envie de m’entraîner de nouveau et de refaire de la compétition est repartie. On est alors au printemps 2024 et j’avais beaucoup plus de temps. Je me suis pas mal entraînée et je devais recourir l’hiver dernier, sauf que j’ai rencontré pas mal de galères administratives au niveau des inscriptions. Finalement, je n’ai pu refaire qu’une course régionale à Serre-Chevalier. »
« Cette année, c’était vraiment cool parce que j’ai pu faire toute la préparation estivale. J’étais contente de pouvoir revenir dès Arçon et La Féclaz sur le Summer Tour, puis aux Saisies en coupe de France. Pendant les trois ans sans courses de biathlon, je faisais quand même les régionales en ski de fond, ce qui m’a permis de rester dans le truc. Le tir, en revanche, n’était vraiment pas très régulier. »

« C’est pour ça que je m’attendais à pire à la reprise ! J’ai toujours été plutôt bonne au couché, assez instinctive, et avec plus de difficultés au debout. J’ai un peu l’impression que les choses sont restées comme je les avais laissées. D’ailleurs, cet été, pour financer ma saison, je travaillais au stade de Ceillac grâce à mon début de DE. Je donnais des cours de ski-roues là-haut entre mes séances d’entraînement. Je m’entraînais toute seule, mais j’étais aidée par ma coach, Vania Picmard, qui me faisait mes plannings d’entraînement. »
Quels objectifs ?
« Je sais que je ne fonctionne pas trop avec des objectifs. J’ai un peu l’impression que ça me ferme des portes. J’ai plutôt une ligne directrice et je prends les choses comme elles viennent. Cet hiver, je veux revenir, courir assez régulièrement à la fois en coupe de France et en régionales pour remettre les choses en place. Tout cela avec le but de faire quelque chose de plus régulier l’année prochaine. L’idée est vraiment de revenir pour poser les bases. »

Elle s’est déjà entraînée plusieurs fois en Scandinavie
« Depuis le début du collège, on faisait tous nos stages de pré-saison en Scandinavie. On a eu beaucoup de chance ! On est allés à Sjusjøen, Beitostølen et Bruksvallarna. Les voyages forment la jeunesse, comme on dit ! Au collège, je me suis prise de passion pour le norvégien et, maintenant, je comprends pas mal quand c’est sous-titré ou les phrases de base. Comme c’est proche, je peux aussi comprendre un petit peu le suédois. »

« Mon copain, Emile Porret, vit en Suède. Il a grandi dans le Vercors et était au comité du Dauphiné, puis il est parti étudier et rejoindre un groupe d’entraînement à Luleå. De fin octobre à début décembre, je suis partie là-bas et on a pas mal bougé depuis Luleå. On est d’abord allés à Levi, en Finlande, où il y avait du snowfarming dès le mois d’octobre. Le week-end d’après, on est allés à Skellefteå, puis à Gällivare une semaine avant les courses d’ouverture suédoises. Enfin, on est allés à Boden ! »
Martin Fourcade, son idole de jeunesse ; Lou Jeanmonnot, son idole actuelle
« Quand j’étais petite, c’était Martin Fourcade ! J’ai l’impression qu’on a un peu grandi avec ça. C’était la classique [rires]. Aujourd’hui, je dirais que j’aime bien Lou Jeanmonnot. Je la trouve, de l’extérieur, assez posée. Quand tu entends toutes les histoires en équipe de France, elle dégage quelque chose de calme et une forme de bienveillance. C’est cool d’avoir cette mentalité-là, en plus de tous les exploits qu’elle peut réaliser sur la piste. »

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