Le débrief des courses masculines de la coupe du monde d’Annecy – Le Grand Bornand par Gilles Marguet
Biathlon : les courses masculines de la coupe du monde d’Annecy – Le Grand-Bornand vues par Gilles Marguet
Tout au long de l’hiver, un biathlète tricolore à la retraite débriefera pour Nordic Magazine les différentes compétitions de la saison. C’est Gilles Marguet, champion du monde du relais en 2001 et médaillé olympique, également du relais, en 2002, qui se lance pour revenir sur les courses de la coupe du monde d’Annecy – Le Grand-Bornand (Haute-Savoie).
Un bilan globalement positif pour les Français
« C’est génial pour l’ensemble de l’équipe de France. Avant les Jeux olympiques, il n’y a pas de meilleur endroit pour se mettre en condition émotionnellement parlant. C’est quand même une étape lourde pour eux. Tu sens bien que les sollicitations sont permanentes, à chaque instant. Il n’y a que dans l’enceinte de l’hôtel qu’ils peuvent être peinards ! C’est incessant et très intense. »
« Tu peux être prêt, étanche et hermétique à ce genre de choses, mais au bout d’un moment, ça finit par effriter un peu la carapace et par rentrer de manière insidieuse dans la tête. C’était donc génial, en termes de préparation, d’affronter ce genre de situation. Ils ont répondu plus que présents. On le savait, mais ce sont des pierres ajoutées aux fondations qui seront utiles au moment des JO. »

« Pour autant, on connaît le biathlon, et cela ne veut pas dire que tout est réglé et tracé d’avance. Ce sont néanmoins des points essentiels sur lesquels ils pourront s’appuyer pour la suite. »
Le show du showman Emilien Jacquelin
« Il est revenu à la source de son biathlon et s’est amusé du spectacle qu’il peut donner. Il adore ça ! Le sprint qu’il fait le vendredi, il joue, parfois trop, mais il est comme ça. S’il peut retrouver son savoir-faire par ce jeu-là, c’est top et tant mieux pour lui. On sait qu’il est capable de tout ! »

« Il fait partie de ces gens-là qui se nourrissent du show. C’est juste un showman ! Jean-Paul Giachino est vachement dans la sagesse, derrière la jumelle, et dans le “faire”. On dit ça souvent aux jeunes également, mais lui a du mal à s’en nourrir parce qu’il est vraiment d’une autre nature. Il y en a plusieurs comme ça, Antonin Guigonnat est de ce genre. Quand il y avait eu la Covid-19 et les courses à huis clos, il m’avait dit qu’il penserait aux mecs devant la télé ! Avec lui, si tu vas dans trop de sagesse et d’application maximale, tu tombes dans le “trop bien faire”, et le mieux est l’ennemi du bien en biathlon… »
Impressionné par le gros travailleur Johan-Olav Botn
« C’est un travailleur de fou et un moteur énorme. En début de saison, quand tu le voyais, il avait la bave de partout, il était fatigué, et tu avais le sentiment d’un garçon qui est allé chercher au-delà de ce qu’il peut faire, presque à la limite. La question était de savoir combien de temps il allait tenir avec une telle implication. Rien ne se fait dans la facilité ! Tu sens que ça vient d’un travail acharné qu’il met en place en course. C’est presque un besogneux quand il met un dossard : il se livre à 100 % et ça tient. C’est une sacrée bestiole qui va chercher les choses ! Je suis très étonné de la continuité qu’il peut donner. C’est balèze, et je suis presque épuisé de le regarder ! »

« Il a quand même passé tout l’été en équipe B de Norvège, mais il se frite la gueule (sic) depuis trois ou quatre ans avec ses compatriotes. C’est de la folie les joutes auxquelles il se livre depuis quelques hivers. Je pense qu’il était donc armé jusqu’aux dents, et ça ne lui fait absolument pas peur d’aller à la mailloche ; il connaît la valeur d’une balle. Ce n’est pas un souci pour lui d’aller à la bataille trois fois par semaine. »
L’affirmation d’Eric Perrot au très haut niveau
« Il s’installe de manière durable tout là-haut, même s’il est tombé sur un gros morceau en ce début d’hiver : Johan-Olav Botn. Il savait déjà qu’il allait jouer sur une saison un jour ou l’autre, mais là, il y est réellement ! Il y a de l’adversité, mais c’est ce qui fait la beauté de cette lutte. Il est ultra solide. Même si sa condition n’est pas encore optimale, il arrive à sortir son “gros biathlon”, comme il aime à le dire. Il l’annonce, il le fait, et je le trouve incroyable. »

« Il a été trop gentil dans le final de la poursuite face à Émilien [Jacquelin]. Je pense que ça a été une déception sur le coup, puis surtout un apprentissage, et finalement il met les choses en place dès la course suivante, dès le lendemain. Avant le début de la mass-start, il fait semblant de boxer, et c’était son état d’esprit ! Il est complètement raccord entre ce qu’il fait et ce qu’il dit, et assume ses ambitions, ce qui n’est pas très français. Tout cela est très naturel pour lui. »
Tommaso Giacomel, la victoire dans un lieu qu’il adore
« Le Grand-Bornand, c’est quand même une ambiance à l’italienne ! C’est normal qu’il apprécie cette atmosphère villageoise : il est un peu chez lui. Il a dû regarder cette étape, gamin, avec tout ce monde, et ça a dû le faire rêver. J’imagine qu’il fait une sorte de projection en se disant que, s’il est parvenu à atteindre un rêve de gosse au Grand-Bornand, il va pouvoir le faire dans une quarantaine de jours à Antholz. C’était chargé en émotions et vraiment classe à voir ! »

« Ce mec est solide, on le sait, et un jour il jouera tout devant sur une saison complète. C’est du très solide, à l’image de son dernier tir sur la mass-start. Le message est très clair : il ne va pas aller à Antholz pour rigoler ! »
Oscar Lombardot, son coup de cœur de la semaine
« C’est mon côté cocardier qui parle, parce que c’est le gars du village, mais c’est mon coup de cœur de la semaine. Il est sur la bonne voie et rien n’est encore écrit pour la suite, mais je crois qu’il a cassé un petit plafond de verre. Il est toujours en sélection et toujours à devoir prouver son savoir-faire. Même s’il n’a pas ultra brillé, j’espère qu’il est sur la bonne route, notamment dans la gestion des émotions. »
« Il fait, refait et re-refait des choses en IBU Cup en début de saison. Faire quelque chose de bien, c’est déjà assez compliqué, mais c’est normal et ça fait partie de leur job. Le refaire, c’est autre chose, et le re-refaire, ça veut dire que quelque chose est installé ! »

« Sur la mass-start, il sort une belle course et termine treizième. Ce n’est pas une grosse course, mais il ne lui manque pas grand-chose pour atteindre ses objectifs [le top 10, NDLR]. Il n’est pas encore tout devant, mais c’est quelqu’un de cérébral et de talentueux, à qui il faut plus de temps que d’autres pour arriver au top. C’est un enchaînement de petites choses qui va créer un gros déclic pour passer à l’étage supérieur. »
Vetle Sjaastad Christiansen de retour au top
« C’est génial ce qu’il fait ! En plus, il y met énormément de fraîcheur. Un petit peu comme Emilien [Jacquelin], ce mec-là s’accorde le droit d’exprimer exactement ce qu’il est. La mine qu’il met en haut de la piste sur le dernier tour de la mass-start, c’est fou ! Il était avec [Johan-Olav] Botn, un gars qui pouvait le mettre à la planche à tout moment, mais il y va quand même et double [Justus] Strelow dans la ligne droite finale. Il y met ensuite beaucoup d’humour avec sa perruque française sur le podium. »

« Qu’est-ce que ça fait du bien de voir cette fraîcheur et cette légèreté ! Je suis super content pour lui parce que ça fait deux ou trois ans que ça n’a pas l’air très simple pour lui. Là, il est en train de retrouver sa place au sein de l’équipe. C’est un mec pour lequel tu sais que tout peut arriver à chaque fois qu’il prend le départ d’une course. Il est en droit de rêver, et de rêver en très, très grand ! »
Le retour des problèmes au tir couché pour Quentin Fillon-Maillet
« Au couché, il y avait eu son histoire de respiration et on pensait que ça se remettait en place, mais c’est reparti un peu en cacahuète… J’espère vraiment qu’il va trouver la solution, parce qu’il est bien sur les skis. Il tourne autour de la solution et on compte sur lui pour travailler ça ! »

« On connaît ses qualités mentales pour sortir des trucs de fou quand il le faut. Il n’a plus qu’à — c’est facile à dire — se concentrer sur la recherche de solutions durables sur ce tir couché. Quand ce sera le cas, il redeviendra ultra dangereux, et c’est tout ce que je lui souhaite ! »
La renaissance de Johannes Dale-Skjevdal
« Il a écrasé le début de saison en IBU Cup, en survolant tout le monde sur les skis de fond, et on se disait que s’il montait en coupe du monde, il ne serait pas loin de la vérité. C’est quand même dingue ! Il a tellement l’habitude de se battre qu’il parvient à le faire à ce niveau-là. C’est un beau message envoyé : il y croit tout le temps, et ça donne une belle histoire. C’est une vraie leçon de résilience. Après, je ne suis pas étonné de le voir devant ! »

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