Au sommaire du débrief de la coupe du monde de Ruhpolding de Delphyne Burlet
Biathlon : les courses de la coupe du monde de Ruhpolding vues par Delphyne Burlet
Tout au long de l’hiver, un biathlète tricolore à la retraite débriefera pour Nordic Magazine les différentes compétitions de la saison. C’est Delphyne Burlet, médaillée olympique en relais en 1994, qui se lance pour revenir sur les courses de la coupe du monde de Ruhpolding (Allemagne).
La patronne Lou Jeanmonnot
« Bravo à elle ! En début de saison, je l’avais mise candidate au maillot jaune et je ne me suis pas trompée. Elle a terminé décembre avec les points qu’il fallait et a débuté janvier superbement pour faire l’écart. J’ai juste peur qu’elle en fasse un peu trop. Elle a fait le show en Allemagne entre les fêtes, ce qui n’était pas obligatoire, et là, elle enchaîne les trois coupes du monde avant les JO. Certains, qui ont fait des impasses volontaires ou non, arrivent à remonter au général et ça montre que des impasses sont possibles, notamment pour quelqu’un de sa trempe. »

« Ce que j’aime bien, et c’est là où les jeunes doivent prendre exemple sur elle, c’est qu’elle va voir son entraîneur dès qu’elle a des doutes pour en parler. Elle ne reste pas avec ses angoisses à se ronger les sangs, puis à faire n’importe quoi sur la piste. Elle est consciente qu’elle peut faire de belles choses et elle met les moyens pour ça. Cela donne ce qu’on a vu à Ruhpolding. »
Eric Perrot un ton en dessous de ses concurrents directs… pour le moment
« Je ne suis pas la seule, mais je me suis peut-être un peu trop enflammée en début de saison en disant que la bagarre au général allait concerner Eric [Perrot] et Sturla Holm Lægreid. Finalement, il faut prendre le sac, le secouer et en ressortir de nouveaux noms. Du coup, je trouve qu’Eric [Perrot] est un petit ton en dessous des autres. Pour le moment, je ne le vois pas gagner le général. En revanche, il est régulier et c’est souvent ça qui paye en fin de saison, quand les autres sont fatigués. »

Des relais à suspense
« Ce qui est magnifique, que ce soit chez les garçons ou chez les filles, c’est que les relais ressemblent de nouveau à des arrivées de poursuite. Côté féminin, cela faisait longtemps qu’il y avait de gros écarts, alors que là, c’est la pioche qui fait la différence. C’était vraiment impressionnant, excitant à suivre et ça nous tenait en haleine. On voit que tout le monde monte en pression et essaie d’affiner au maximum sa forme et son tir. Cela donne des courses ultra serrées ! »

Les Bleus gagnent le dernier relais disputé avant celui des JO
« Ce qui a été incroyable, c’est que les garçons français tournent au premier relais puis enchaînent tous de super relais, et ça paye pour aller chercher la victoire. Je suis surtout contente pour Oscar Lombardot. Il a débloqué son compteur au Grand-Bornand avec un top 15 et, depuis, on le voit de nouveau dans ce top 15. Là, il remporte le relais et c’est tout bénéf’ pour lui ! »

Une quatrième place inquiétante pour les Françaises ?
« Cette quatrième place ne m’inquiète pas avant les JO. Sur une grande compétition, un relais se prépare la veille en tenant compte de la forme de chacune. Là, en l’occurrence, Julia [Simon] n’était pas en forme et il aurait peut-être été plus judicieux d’échanger sa place de finisseuse avec celle de Lou [Jeanmonnot], lanceuse. Depuis deux ans, on ne voit plus tellement cette capacité à bien terminer les courses chez Julia Simon. Je ne sais pas pourquoi, mais on ne peut plus trop compter là-dessus. Lou [Jeanmonnot] connaît cette place et ça lui irait très bien, tandis que le côté bagarreur irait bien à Julia [Simon] pour le premier relais. »

« Ce résultat, ça leur botte les fesses avant les Jeux et ça leur permet de ne pas se dire qu’elles auront l’or à Antholz les doigts dans le nez. Il ne faut pas trop gagner avant les JO ! »
Emilien Jacquelin : courir malade, une bonne idée ?
« Ils ne devaient pas être si malades que ça ! Normalement, quand on a un rhume, on perd 30 % de ses capacités. Sans doute qu’il se sentait un peu patraque. C’est marrant parce que j’étais toujours malade à Ruhpolding [rires] ! Il a fait de l’hypoxie et du volume pendant les vacances, donc il est arrivé à Oberhof très diesel. C’est normal parce que l’hypoxie te coupe un peu la vitesse. Comme il a des jambes affûtées, ça allait mieux dès Ruhpolding, malgré la maladie. »

« Je trouve que c’est pas mal ce qu’il a fait, parce que ça lui apprend à figurer dans ce paquet du top 10, alors qu’il aime bien être devant et briller. Là, il faut qu’il s’accroche au tir et qu’il fasse le travail, et ça va lui servir pour la suite. De toute façon, il joue les courses d’un jour et il est capable de revenir des Jeux avec deux médailles d’or. »
Un podium solide pour Camille Bened
« Jusqu’à présent, sur le circuit, je ne voyais personne d’aussi bonne tireuse que Florence Baverel et, finalement, Camille Bened vient la challenger dans mon esprit. Elle est vraiment forte et impressionnante, avec seulement huit balles manquées depuis le début de l’hiver ! Elle est à sa place et se fait plaisir. Dans le dernier tour de la poursuite, alors que seule Maren Kirkeeide tentait de revenir, elle était toujours parfaite techniquement, en faisant bien glisser les skis. Rien ne pouvait lui arriver. Tout va bien, avec en plus cette sélection olympique assurée depuis un bon moment. »

Le retour au top de Sebastian Samuelsson
« Chapeau à lui ! Le coach des Suédois a dû secouer ses athlètes pour qu’ils mettent enfin les balles au fond. C’est très primaire comme analyse, mais c’est ça qui fait la différence. En décembre, on sentait qu’il y avait la patte de l’entraîneur derrière les tirs des Norvégiens, pour qu’ils se battent sur chaque balle. Les consignes étaient d’absolument mettre les balles. Je ressens la même chose derrière les Suédois. Ils ont pris conscience qu’on ne peut pas toujours rattraper les fautes de tir sur la piste. Comme toujours, Sebastian Samuelsson avait affiché ses ambitions et il fait les choses correctement pour les remplir. C’est top. »

La belle poursuite d’Océane Michelon après un sprint manqué
« Dans son analyse d’après sprint, on comprend qu’elle pensait trop au résultat et qu’elle regrettait que ça ne paye pas en course. Si ça payait, ça se saurait [rires] ! Elle était trop focalisée sur le résultat et, quand c’est comme ça, on oublie tous les barreaux de l’échelle pour y arriver. Je pense qu’ils en ont bien parlé avec les coachs et, comme elle a déjà de l’expérience, elle a su corriger le tir pour remonter jusqu’à la cérémonie des fleurs. Un peu abritée derrière, elle a pu tranquillement faire son travail pour revenir sixième. »

La remontée fantastique de Fabien Claude sur la poursuite
« Samedi, après le sprint, il m’a fait un peu peur et je me demandais s’il n’avait pas perdu son tir… Il fait un tour de pénalité au relais, puis trois pénalités au couché du sprint. Et sur la poursuite, je ne l’ai pas vu arriver ! Finalement, Fabien [Claude] n’est jamais meilleur que quand il fait ce genre de course. Quand il part cinquième et qu’il essaie de faire le podium, ça l’inhibe. Peut-être qu’il se sent jugé à vouloir montrer ce qu’il sait faire. Quand il part des profondeurs du classement et qu’il fait son petit travail pour remonter, c’est là qu’il est le meilleur. C’est rassurant et ça montre que, finalement, il n’a pas perdu son tir. »

Hanna Oeberg confirme sa grande forme avant les JO
« On se souvient qu’elle avait été championne olympique de l’individuel en 2018, en Corée du Sud, alors qu’elle était toute jeune. Cela augurait de bonnes choses. Depuis, elle a confirmé et, là, en année olympique, elle est très forte. Elle skie bien et vite, et tire bien également. Elle s’accroche un peu plus que sa sœur sur chaque balle. Ce sera une sacrée concurrente aux Jeux ! »

Tommaso Giacomel, gage de solidité
« C’est une valeur sûre. On peut vraiment compter sur lui. Il a, en plus de tout cela, un super mental. Il a été touché, comme les Norvégiens, par la mort de Sivert Guttorm Bakken, mais il réussit à faire la part des choses. Ce n’est pas donné à tout le monde et il va même jusqu’à gagner et porter le dossard jaune sans problème, en l’honneur de son ami. »

La menace Maren Kirkeeide
« Elle, il faut s’en méfier ! C’est une force de la nature. Elle y va, elle ose, elle n’a aucun complexe. Il ne faut surtout pas lui entrouvrir la porte, parce qu’elle va passer par-dessus ton épaule pour l’ouvrir elle-même. Il faut que les Françaises en soient bien conscientes et qu’elles fassent valoir, elles aussi, leurs points forts. »

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La Serenissima
20/01/2026 à 7 h 15 min
Tout à fait d’accord, Julia a montré l’an dernier qu’elle avait toutes les qualités pour faire une excellente lanceuse du relais, Lou est dorénavant plus forte pour finir !