Au sommaire du débrief de la coupe du monde d’Hochfilzen par Frédéric Jean
Biathlon : les courses de la coupe du monde d’Hochfilzen vues par Frédéric Jean
Tout au long de l’hiver, un biathlète tricolore à la retraite débriefera pour Nordic Magazine les différentes compétitions de la saison. C’est Frédéric Jean, ancien biathlète et entraîneur des Bleues, qui se lance pour revenir sur les courses de la coupe du monde d’Hochfilzen (Autriche).
La victoire magistral d’Eric Perrot sur la poursuite
« Pour moi, il gagne la poursuite en réalisant l’une des courses les plus monstrueuses que j’aie pu voir en biathlon. C’est, à mes yeux, une course de référence. Physiquement, il était très bien. Il sort le 20/20 au tir, mais pas de n’importe quelle manière ! Sa qualité de tir m’impressionne, avec vingt balles dans le couché. Son intelligence de course m’a également marqué. Il a la science de la course : il parvient à gérer et à maîtriser les différents scénarios tout en étant en pleine action. Il a été vraiment très fort ! »

Une première victoire cet hiver pour Lou Jeanmonnot, malgré le contrecoup de l’affaire
« Elle est hyper touchée par ce qui se passe en interne avec le retour de Julia [Simon], mais à un moment donné, on est là pour faire du sport de haut niveau. On n’est pas là pour faire une émission sur NRJ12 ! Julia [Simon] a fait de la merde (sic), a pris une suspension et l’a purgée. Elle revient faire du biathlon, et j’ai envie de me concentrer sur le sportif. C’est un peu comme la chute de Lou [Jeanmonnot] à Oslo : si elle veut gagner le général — et on le veut tous —, il faut passer à autre chose ! »
« Pour revenir à la saison de Lou [Jeanmonnot], tu sens donc que cette histoire l’affecte parce qu’elle est très proche de Justine [Braisaz-Bouchet], qui se fait critiquer. Malgré cela, elle remet les pendules à l’heure sur le sprint, et avec la manière ! Au debout, on voit qu’elle est en difficulté, mais elle se reprend en étant hyper intelligente. Elle a plié la course, et c’est l’un des faits marquants de la semaine. »

« En début de semaine, elle a dit qu’elle était trop focalisée sur le résultat à Östersund et qu’elle en avait oublié d’y mettre la manière. C’est quelque chose qu’elle a mis de côté sur le sprint, mais je me demande si ce n’est pas revenu sur le dernier tir de la poursuite, où elle joue la gagne et le podium. Elle est peut-être retombée dans ce piège et a commis la double faute qu’elle ne fait presque jamais. Elle voulait arriver au Grand-Bornand en jaune, et ce ne sera pas le cas. Il ne faudra pas qu’elle tombe dans le piège de vouloir absolument aller le chercher… Mais elle est très forte, et c’est quelqu’un qui apprend de ses erreurs, donc je ne m’inquiète pas pour elle. Elle va rebondir ! »
Le « danger permanent » Tommaso Giacomel
« J’ai envie de dire que ça va être un danger permanent ! C’est comme une bouteille de vin : on l’a mise à la cave il y a quelques années, c’était déjà une bonne bouteille, et là, son coach l’a sortie de la cave pour la boire à Noël [rires]. Ce n’est pas un lapin de six semaines le Tommaso Giacomel ! Il a bien ouvert les yeux et les oreilles pendant toutes les années passées en coupe du monde. On parle de lui depuis longtemps comme d’un prétendant au général, mais Johannes [Thingnes Boe] était là pour tout terrasser. »

« Ce que j’aime chez lui, comme chez Eric [Perrot], c’est que ce sont des jeunes qui n’ont pas peur d’annoncer qu’ils jouent le général. Ce côté-là me plaît beaucoup. »
Le grand retour à la compétition de Julia Simon
« Ce qui est intéressant, c’est qu’elle n’a pas perdu ses qualités au tir, même en étant seule ces dernières semaines. Elle fait partie de ces athlètes qui tirent vite et qui peuvent mettre les balles au fond. Elle n’a rien perdu là-dessus, c’est sûr. Il lui en manque cependant pour, justement, blanchir toutes les cibles, mais c’est normal parce qu’il lui en manque physiquement. Il faut qu’elle se retrouve, et elle va se retrouver avec le dossard sur le dos : rien ne remplace cela ! »

« Pour résumer, j’ai trouvé qu’elle était dans les temps. Il ne fallait pas s’attendre à une victoire ! C’est au fil des courses qu’elle va décrasser la machine et retrouver des sensations physiques qui, indirectement, vont l’aider à retrouver des sensations derrière la carabine. »
La bonne attitude d’Emilien Jacquelin
« Je l’ai vraiment trouvé très, très bon sur cette semaine d’Hochfilzen, dans sa gestion de course et avec un niveau physique monstrueux. Il y avait lui, Johan-Olav Botn, et les autres ! J’ai aussi aimé son attitude, même lorsqu’il manque trois balles au debout sur le sprint. L’erreur fait partie du jeu et il n’a pas fait n’importe quoi en ne lâchant pas. L’année dernière, avec ces fautes-là, il aurait réalisé le 48e temps du dernier tour sur le sprint et aurait terminé 24e. Là, il n’a pas lâché et s’est battu jusqu’au bout. »

« On n’a pas toujours dit qu’il avait un comportement de battant à montrer dans les écoles de biathlon… Sur cette semaine, il a été showman, comme d’habitude, mais aussi fidèle à lui-même en produisant le biathlon qu’il aime. »
Camille Bened, métronome au tir
« Ce qui fait sa force, c’est qu’elle a un niveau de tir qui frise l’exceptionnel. Elle est non seulement régulière, mais régulière presque à la perfection. C’est ce qui la sauve et, au fond d’elle, elle le sait. Si elle veut exister à ce niveau-là, elle n’a pas d’autre choix que de tirer comme ça. »

« Une Camille [Bened] à 8/10 sur un sprint, je pense qu’elle est 35e, et entre la 15e et la 20e place avec un 9/10. Dimanche, sur la poursuite, elle réalise le 45e temps de ski et sort le 20/20 pour terminer sixième. Cela résume parfaitement ce qu’il faut faire en biathlon pour performer : bien tirer ! Elle a un niveau de tir monstrueux, mais il lui en manque encore un petit peu physiquement. C’est son niveau de tir qui lui permet de jouer devant. Je suis certain qu’elle le sait et qu’elle mise là-dessus, en jouant avec ses armes. »
Le patron Johan-Olav Botn
« Il y a deux ans, il a gagné plus de dix courses en IBU Cup, mais il était condamné par la concurrence norvégienne. L’hiver dernier, il a subi le contrecoup du travail qu’il avait fourni et ne s’est pas montré aussi fringant qu’auparavant. Il a pris un peu de recul et s’est concentré sur le tir. Ce qu’il est en train de faire, justement au tir où il est à 96 % de réussite, c’est de la science-fiction ! Il est vraiment impressionnant, donc attention à lui pour le général. »

Justine Braisaz-Bouchet a (enfin) lancé son hiver
« Elle s’est lancée dans sa saison avec une quatrième place sur la poursuite. J’étais limite ému, parce qu’elle a beaucoup ramassé ces derniers mois… Il y a eu de la méchanceté gratuite à son égard, et ce n’est pas évident à vivre. Au final, elle rebondit alors même qu’elle pouvait être en danger pour une sélection au Grand-Bornand. Elle devait claquer. »

« Elle a réalisé des tirs debout où elle se lâche complètement, en tirant rapidement pour un 10/10. Il y a encore un petit peu de retenue au couché, mais cela donne un 18/20, et on signe des deux mains pour ça ! Ça fait plaisir de voir une Justine [Braisaz-Bouchet] retrouvée comme ça. »
Le passage à vide physique de Quentin Fillon-Maillet
« Il était dans une semaine où il n’était pas bien physiquement. Il a fait avec ses armes, s’est battu comme il a pu, et c’est loin d’être catastrophique. Maintenant, il va se refaire la cerise et on va retrouver Quentin [Fillon-Maillet] au Grand-Bornand, sur une étape qu’il affectionne. Il y aura la famille, et il voudra faire le biathlon qu’on lui connaît. On a le droit d’avoir des passages à vide physiques. »

Lisa Vittozzi, le retour de la patronne au sommet
« C’est fort parce qu’elle partait de loin sur cette poursuite, avec le dossard 14. Elle vient signer le 20/20 et quasiment la course parfaite. Elle a été phénoménale. C’est intéressant de la voir à ce niveau-là. Cela doit la conforter dans son choix intelligent, l’an dernier, de régler ses soucis de santé plutôt que de revenir faire de l’à-peu-près sur le circuit. Quand tu as gagné le général de la coupe du monde et que tu te blesses, tu n’as pas envie de revenir faire de la figuration. »

« Une Julia [Simon] peut s’inspirer de ce parcours-là : elle s’est remise dans le bain à Östersund, puis a gagné dès Hochfilzen. »
Anna Magnusson, solide et en jaune
« Elle est impressionnante de régularité ! A l’époque où j’étais coach, elle avait gagné le sprint au Grand-Bornand, et ça veut toujours dire beaucoup de choses de remporter une course dans ce format. C’est la marque de fabrique des plus grands. Je savais qu’elle était capable d’aller vite et d’être dangereuse, mais de là à dire qu’elle aurait le dossard jaune bien installé sur le dos, je ne l’aurais pas dit ! Là, elle arrive au Grand-Bornand, où elle a déjà gagné, avec le dossard jaune. Au niveau confiance, elle est pas mal ! »

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