Biathlon : Cyril Burdet, l’heure du bilan de la première année
Depuis un an, c’est le Savoyard Cyril Burdet qui mène les destinées de l’équipe de France féminine de biathlon. Arrivé du ski de fond, il est parvenu à parfaitement s’adapter aux spécificités de la discipline pour permettre à ses élèves de briller durant tout l’hiver. Il faut dire qu’avec le gros globe et le titre mondial de Julia Simon, les globes collectifs remportés par le groupe ou encore quatre filles sur les podiums individuels, la saison des Bleues est plus que réussie.
En ce début de semaine, après s’être accordé quelques jours de vacances, Cyril Burdet, qui planche maintenant sur la préparation à venir, à accepter de revenir sur ses douze derniers mois pour Nordic Magazine. Entretien.
- A titre personnel, comment avez-vous vécu cette première saison à la tête de l’équipe de France féminine de biathlon ?
Au printemps dernier, il y avait pas mal de choses qui m’avaient poussé à accepter la proposition de Stéphane Bouthiaux pour prendre ce poste sur le biathlon. Cette première année réussie a donc rempli beaucoup de cases. J’ai été content de me lancer dans le coaching des filles parce que je ne l’avais jamais fait. Même si, dans les fondamentaux, beaucoup de choses sont identiques, il y a aussi des spécificités qui me plaisent beaucoup. J’avais aussi comme grosse motivation de retravailler avec Vincent Vittoz. Cela a été top toute l’année parce qu’on a assez vite retrouvé nos marques et nos automatismes. On est très complémentaires avec des qualités assez différentes. Cela a été un grand plaisir de le retrouver parce qu’il m’a fait gagner beaucoup de temps dans l’apprentissage de ce nouveau milieu. Je suis un peu triste que son histoire avec le groupe masculin se soit terminée de cette manière. Après, je découvrais quasiment l’intégralité des filles mises à part Julia [Simon] et Justine [Braisaz-Bouchet] que j’avais côtoyé quand elles étaient cadettes. J’ai donc découvert beaucoup de personnalités et de modes de fonctionnement. Sur le déroulé de la saison, enfin, il y a de grosses satisfactions sportives.

- Vous parliez des spécificités du coaching féminin : avez-vous des exemples à nos livrer ?
Dans l’approche psychologique, il y a des choses différentes que chez les garçons, mais surtout sur le côte physiologique. La physiologie féminine, notamment les périodes menstruelles, sont des choses à prendre en compte pour adapter le programme et le contenu des séances. Dans la gestion d’un collectif, c’est aussi légèrement différent avec des dynamiques différentes. Tout cela fait que c’est intéressant.
« J’ai mis environ trois mois à réellement proposer des séances de biathlon »Cyril Burdet à Nordic Magazine
- Combien de temps cela vous a-t-il mis de passer de coach ski de fond, sport dans lequel vous aviez entraîné les huit années d’avant, à entraîneur de biathlon ?
J’ai mis environ trois mois à réellement proposer des séances de biathlon. Il m’a bien fallu ce temps pour sortir de la logique du ski de fond. Là-dessus, Polo [Jean-Paul Giachino, coach du tir, NDLR] m’a bien accompagné et on est vite parvenus à faire coller les objectifs physiques et techniques que j’avais en tête avec les attentes du tir. A partir de la fin de l’été, on était en phase là-dessus et cela a déroulé tout l’automne.

- En quoi est-ce différent ?
Déjà, les objectifs en biathlon, avec des courses longues de 20 à 30 minutes, sont différents de ceux du sprint en ski de fond, où je préparais les athlètes à faire quatre courses de 3 minutes sur une journée. Forcément, il y a plein de choses du sprint que je ne peux pas retranscrire en biathlon. Inversement, on a forcément beaucoup plus travaillé sur l’endurance et les fondamentaux aérobies en biathlon qu’en sprint. Par contre, comme sur les aspects musculaires et techniques, il y a pas mal de choses que j’ai essayé de réinvestir. Il y avait un vrai axe de travail à faire là-dessus avec les filles.
« J’ai du mal à dissocier, dans mon rôle, le côté purement physique et le mental »Cyril Burdet à Nordic Magazine
- Durant l’hiver, beaucoup de vos biathlètes ont indiqué que le travail mental que vous faisiez avec elles était important…
Dans ma conception du coaching, les aspects mentaux ont toujours eu une part importante. J’ai du mal à dissocier, dans mon rôle, le côté purement physique et le mental. Les deux vont ensemble et, depuis que je suis arrivé, j’ai fonctionné avec mon mode de fonctionnement habituel et essayé de prendre en compte à fond le côté mental. En biathlon, c’est vrai que la confiance en soi est hyper importante.

- Même si le biathlon n’était pas un sport inconnu pour vous avant votre signature comme coach des féminines de l’équipe de France, des choses ont-elles été une surprise pour vous ?
J’ai pu mesurer la charge attentionnelle que demande le tir. Je m’en doutais, mais j’ai dû réguler mes séances pour prendre cela en compte pour ne pas trop en demander aux filles au niveau technique. Parfois, cela peut avoir une incidence sur la concentration au tir, ou inversement. Ce qui est aussi différent dans la gestion du circuit, c’est qu’il fonctionne par blocs de trois semaines qui sont hyper impactantes nerveusement. Il y a la fatigue physique, qui est une chose, mais c’est plus le fait d’être trois semaines sur la route, en vase clos les uns sur les autres qui est difficile à gérer. Ce n’est pas négligeable, mais on l’a plutôt bien appréhendé. Anaïs [Chevalier-Bouchet] m’avait dit qu’elle avait du mal sur les troisièmes semaines et, là, elle a été, et le groupe dans sa globalité, plutôt performante sur cette dernière semaine. C’est quelque chose qu’il va falloir qu’on pérennise.
« C’est cette force collective que je retiens avant tout »Cyril Burdet à Nordic Magazine
- Si vous deviez comparer le coaching en ski de fond et en biathlon, un des deux a-t-il votre préférence ?
Dans le ski de fond, j’ai adoré les compétitions de sprint où il y a un côté palpitant et une dramaturgie. Cela peut basculer dans un sens comme dans l’autre à tout moment sur un détail, un choix stratégique ou une faute technique. En biathlon, j’ai assez vite retrouvé cela dans le tir ! Ce qu’il m’anime, c’est la compétition et aller chercher la performance. Dans les deux sports, je retrouve cela avec cette part d’incertitude qui te met cette excitation quand tu es sur le bord de la piste. Je n’ai donc pas vraiment de préférence. Je continue d’ailleurs de suivre les sprints de ski de fond parce que j’adore cela !

- Au niveau purement sportif, vous réalisez une très bonne première année…
[Il coupe] Une année exceptionnelle !
- Un hiver, donc, avec quatre filles différentes sur le podium en individuel, les globes de Julia Simon dont le gros du général, les globes du relais et des nations ainsi que les médailles mondiales : cela signifie-t-il que votre pari de passer au biathlon est réussi ?
C’est surtout un pari réussi pour l’équipe dans son ensemble ! Pour moi qui aime mettre le collectif en avant, c’est le genre de résultats qui sont hyper satisfaisants. Bien sûr, Julia [Simon], en leader, a ouvert la voie en montrant que, dix-sept ans après Sandrine Bailly, c’était possible d’aller conquérir un gros globe. C’était un objectif qui avait été fixé collectivement pour l’olympiade, mais qui a déjà été atteint, ce qui est vraiment top. Pour moi, ce qui est tout autant satisfaisant, c’est de voir les cinq autres filles pouvoir être sur ou proche des podiums régulièrement, jouer les victoires collectives à chaque reprise et pouvoir remporter les globes du relais et des nations. C’est cette force collective que je retiens avant tout.
« Les plus jeunes poussaient les plus anciennes dans leurs retranchements au tir ou sur les skis »Cyril Burdet à Nordic Magazine
- Comment expliquez-vous cette densité collective ?
Quand j’ai découvert ce groupe, je n’avais pas d’a priori, mais de ce que j’avais compris des analyses, je m’attendais à avoir un groupe hétérogène avec de plus gros écarts à l’entraînement. Finalement, tout au long de la préparation, il m’a vraiment semblé que les plus jeunes poussaient les plus anciennes dans leurs retranchements au tir ou sur les skis. C’est vraiment cela qui a été le déclencheur de la saison : les filles ont compris que c’était dans l’émulation qu’elles trouveraient leur épanouissement personnel. Plus on participe à faire en sorte que la fille d’à côté soit forte et plus cela s’oblige à rehausser son niveau. Des filles comme Anaïs [Chevalier-Bouchet] et Julia [Simon], les deux leaders, ont très bien joué le jeu et, derrière, cela a payé.

- Au cours de la saison, Lou Jeanmonnot et Sophie Chauveau, arrivée du groupe B, ont été des révélations : cela, aussi, est un motif de satisfaction…
Ce sont deux trajectoires différentes. J’ai vu Lou [Jeanmonnot] tout au long de la préparation et, assez vite, il m’a semblé que c’était une fille qui avait un très gros potentiel, notamment physique. J’étais presque surpris qu’elle ne soit pas parvenue, avant cette année, à faire ces performances-là. Cela a donc plutôt été une confirmation d’un potentiel vu à l’entraînement qu’une surprise. Par contre, Sophie [Chauveau], et c’est l’occasion de rendre hommage au travail de Baptiste [Desthieux] et Julien [Robert], a fait la préparation avec le groupe B. Elle a su saisir sa chance à Kontiolahti en début de saison puis a su se révéler en profitant de l’émulation et de la dynamique du groupe.
« Le biathlon féminin a forcément de belles heures devant lui si tout le monde continue à travailler dans ce sens-là en pensant que c’est dans l’émulation que chacune va trouver sa voie »Cyril Burdet à Nordic Magazine
- Derrière, il y a également eu des performances en IBU Cup et sur le circuit international des juniors : cela montre que, chez les féminines, il y a de la densité partout…
Aujourd’hui, la filière féminine française en biathlon fait vraiment envie ! On a des cadres qui jouent les premiers rôles sur toutes les courses et les classements généraux. Derrière, il y a des lieutenantes qui jouent les fleurs régulièrement et qui sont présentes en relais quand on fait appel à elles. Ensuite, il y a des filles en IBU Cup qui ont performé comme Paula [Botet] ou Gilonne [Guigonnat]. Enfin, chez les juniors, on pense forcément à Jeanne Richard ou Léonie Jeannier, leaders cet hiver d’un groupe présent et qui sera là pour l’avenir. Le biathlon féminin a forcément de belles heures devant lui si tout le monde continue à travailler dans ce sens-là en pensant que c’est dans l’émulation que chacune va trouver sa voie. C’est important pour moi.
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