Biathlon | Frédéric Jean : « le bilan est mitigé »

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BIATHLON – A l’heure de la fin de saison, il est temps de dresser les bilans et revenir sur les moments forts de l’hiver. Frédéric Jean a répondu à nos questions. 

Entraîneurs depuis le printemps dernier, le duo Vincent Porret/Frédéric Jean a succédé à Jean-Paul Giachino et Julien Robert. La paire vient de terminer sa première saison en coupe du monde après un «hiver particulier» pour l’équipe de France féminine. Une saison irrégulière, à la fin de laquelle les filles se classent tout de même troisième au classement des nations.

 

  • Quel principal sentiment prédomine pour vous après la saison des Françaises sur cette saison de biathlon ?

Le bilan est mitigé. J’ai l’impression que l’on a été capables de jouer avec les meilleures sur les deux premiers mois de la saison, en décembre et janvier. Sur cette période, certaines des filles ont réussi à faire des podiums individuels, elles l’ont montré aussi sur les podiums et les victoires par équipe. Par contre les mois de février et mars, ont été vraiment très compliqués.

Donc c’est vrai que le bilan est bizarre puisque j’ai l’impression que dans une saison, on en a vécu deux. Une première saison avec l’euphorie d’attaquer sur la coupe du monde, motivés comme pas possible, en s’investissant à fond. Au final on a obtenu des résultats encourageants et même plutôt bons. Et derrière la tournée nord américaine a été très compliquée. On n’a pas su rebondir sur les Mondiaux que l’on avait pourtant cochés. Au final l’addition est salée sur ces championnats. 

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Frédéric Jean avec Justine Braisaz à Arçon, dans le Haut-Doubs.

 

  • D’un point de vue personnel, cela correspond-il à l’image que vous aviez lorsque vous avez pris les rênes de l’équipe féminine au printemps dernier ?

Oui ce travail correspond à ce que je m’étais mis dans la tête. A ce niveau-là il faut s’investir comme c’est pas permis, être présent pour les athlètes. Je pense que c’est ce que j’ai fait. Avec un peu de distance, il y a des choses que j’ai peut-être voulu trop bien faire. Je vis tellement ce job par passion que parfois j’en oublie de prendre du recul. Je n’ai alors pas trop le temps d’analyser les erreurs que je suis en train de faire. A l’inverse, je n’ai pas le temps d’analyser quand je fais des trucs biens.

De manière générale je m’étais mis dans la tête que ça allait être dur. On est absent de la maison deux cents jours par an. Au niveau familial c’est compliqué. Il faut préparer la famille à ça et une fois que c’est fait il faut s’y préparer soi-même. Je m’attendais vraiment que ce soit à l’image de ce qu’il s’est passé, c’est-à-dire une saison difficile, au cours de laquelle il a fallu s’investir. C’est quelque chose qui a pris beaucoup d’énergie.

 

  • Quelle est la différence entre entraîner une équipe de gars et une équipe de filles ?

L’année dernière, avec le groupe B, j’avais les filles et les garçons en même temps. Je me suis alors rendu compte qu’il fallait que j’arrive à adapter mon discours. Parce qu’une séance ne s’explique pas de la même manière à une fille qu’à un gars. Mon ressenti est que les filles vont avoir besoin que l’on soit un peu plus à l’écoute d’elles.

Il faut prendre le temps de leur expliquer, les rassurer, prendre le temps de les écouter aussi. Il ne s’agit pas non plus d’être tout gentil, il faut être droit et parfois sévère, mais il y a une manière de le faire. Par rapport à un groupe de garçon qui va à l’essentiel, avec des filles il faut prendre le temps d’expliquer les choses. 

BIATHLON - Depuis mercredi, les membres de l’équipe de France de biathlon hommes et dames ont posé leurs valises à Beaulieu en Haute-Loire pour le premier stage de l’année.

Vincent Porret, Ennora Latuillière, Julia Simon, Chloé Chevalier, Anaiïs Chevalier, Célia Aymonier, Justine Braisaz, Anaïs Bescond et Frédéric Jean – Premier stage de la saison à Beaulieu (Haute-Loire)

 

  • En interview d’après course dimanche, Célia Aymonier a parlé de « deux coachs exceptionnels ». Ça fait plaisir d’entendre ça de la part de ses athlètes ? Ça donne encore plus envie de continuer l’aventure ?

C’est sûr que c’est très motivant d’entendre ça de la part de ses athlètes. Célia est une athlète qui a été facile à gérer cette année, elle a bien progressé derrière la carabine cette saison. On l’a vu la semaine dernière lorsqu’elle passe à deux doigts de faire son premier podium. Donc ça ne m’étonne qu’à moitié qu’elle ait glissée ça. Je suis content, c’est sympa. De manière générale quand on entend, ou qu’on pourrait entendre, les athlètes dire ça c’est certain que ça motive à mettre les bouchées doubles et continuer dans ce sens avec le groupe.

BIATHLON – La Norvégienne Marte Olsbu Roeiseland, déjà vainqueur du sprint, a remporté la poursuite de Nove Mesto au sprint devant Dorothea Wierer et Hanna Oeberg. Encore un top 10 pour Anaïs Chevalier (8e).

Célia Aymonier (FRA) – Manzoni/NordicFocus

On a vécu un hiver particulier, tout en faisant quand même de belles choses par moment. Mais quand on voit le potentiel de cette équipe, je reste persuadé que l’on est capable de faire bien mieux. C’est pour ça que les petites marques d’attention, comme celle-ci, font plaisir. Quand il y en a tu en profites un peu, tu ne les mets pas de côté.

 

  • Concernant la saison, elle a été faite de hauts et de bas pour les filles, aussi bien face aux cibles que sur les skis. Comment dès lors corriger le tir sur la préparation à venir ? Y a-t-il déjà des choses que vous savez que vous ferez différemment la saison prochaine ?

Actuellement, je pense que je suis encore trop à chaud pour réagir. J’ai la sensation d’avoir fait les choses bien, en tout cas dans l’intention je voulais les faire bien. Il faut aussi prendre le temps d’analyser un peu plus le bilan général d’entraînement que les filles ont fait, une par une. Il y a des choses qui mériteront d’être modifiées.

A première vue notamment, tout ce qui concerne le travail musculaire. J’ai l’impression qu’on avait mis l’accent sur la musculation, mais est-ce qu’il ne faut pas la garder un peu plus longtemps au programme ? En ce qui concerne les intensités, est-ce qu’elles ont été suffisantes pour certaines, trop importantes pour d’autres ? Je pense qu’il y a des choses qu’on a bien faites parce qu’il y a pas mal de filles qui ont progressé physiquement, Julia et Anaïs notamment. 

 

« A partir de février on a galéré. On a couru après un résultat. »

 

Ce qui fait qu’on montre un peu du doigt notre saison c’est que Justine et Nanass [Anaïs Bescond] sont complètement passées à côté cette année. On a alors l’impression qu’on a fait une «saison de merde». Mais si l’on compare avec les résultats de l’année dernière, au final ce n’est pas si mauvais que ça (7 podiums individuels et 18 top 10 l’année dernière, contre 5 podiums individuels et 19 top 10 cet hiver).

C’est pour ça que le bilan est mitigé parce qu’on a été capable de faire quasiment la même chose que l’année dernière, mais en décembre/janvier et après on a galéré. On a couru après un résultat. Il ne faut pas défendre quelque chose mais simplement faire le biathlon que l’athlète met en place et travaille toute l’année.

Je prends pour moi parce que je m’occupe du physique, et que je suis responsable de groupe. Mais il ne faut pas oublier qu’on fait du biathlon et qu’il y a aussi le tir à prendre en compte. A mon goût il y a beaucoup trop de déchets sur les tirs couchés. Elles ont énormément à progresser à ce niveau-là. Julia a été capable de faire une saison très correcte et elle doit ses résultats à sa qualité de tir. Elle a un peu le même profil qu’une Doro [Wierer], c’est-à-dire capable de tirer vite et bien. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui elle arrive aux portes du top 20 mondial.

BIATHLON - Anastasiya Kuzmina a remporté le sprint de la coupe du monde de biathlon à Ruhpolding. Une épreuve où les Françaises Anais Bescond, Anais Chevalier et Justine Braisaz ont assuré un superbe tir groupé.

Julia Simon (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

  • Quel bilan tirez-vous des Mondiaux où l’équipe dames est passée à côté de ses objectifs, en particulier par équipes ?

C’est un bilan qui n’est pas bon du tout. On débarque aux Mondiaux avec deux leaders qui ne sont pas dans le coup, Nanass malade et Anaïs très fatiguée. Et ça se ressent dans les résultats parce qu’on fait des Mondiaux bien en deçà du niveau des filles. 

En ayant gagné les deux relais mixte de la saison, on se présentait sur la course avec une grosse pancarte. Sur le papier on avait une équipe qui jouait la gagne. Mais ça a été un échec. On attendait beaucoup de ce relais, on espérait bien lancer les championnats, cependant ça a été loin d’être le cas. Cela n’a pas été facile de se remobiliser après cette course, surtout pour les filles qui couraient dès le lendemain.

 

« Le relais a été une énorme déception, on ne s’en est toujours pas vraiment remis »

 

On comptait un peu sur le single mixte pour se relancer pour la fin des championnats, mais ça ne l’a pas fait non plus. Enfin le relais des filles a été une énorme déception. On n’arrivait pas sur ces championnats avec le relais comme unique objectif, car on ne voulait pas mettre une pression énorme sur les épaules des filles. Mais on est complètement passés à côté. En plus avec les garçons qui se loupent juste après ça a fait beaucoup, c’était vraiment trop. On ne s’est toujours pas vraiment remis de ce relais.

BIATHLON - Le relais dames de la coupe du monde à Ruhpolding sera disputé par Julia Simon, Anaïs Bescond, Justine Braisaz et Anaïs Chevalier. Rendez-vous à 14h30 ce samedi.

Anais Bescond (FRA) et Justine Braisaz (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

  • Il y a toutefois de très belles choses avec la médaille de Justine Braisaz aux Mondiaux, le top 30 du général pour quatre athlètes dont Julia Simon et Célia Aymonier qui a passé un cap important cet hiver…

Évidemment il y a du bien à retenir de l’hiver. C’est encourageant et c’est ce qui nous motive aussi à empiler pour la saison prochaine avec des idées plein la tête. On a envie une fois de plus d’accompagner les filles. Mais il faudra changer certaines choses. Physiquement on a encore à gratter, surtout pour durer dans la saison. Il y a également du travail à faire sur les approches de courses, la préparation d’un gros événement … Elles ont encore beaucoup de choses à mettre en place.

 

« Le potentiel de cette équipe est énorme, ça laisse espérer de supers résultats pour la suite »

 

Quand on voit le potentiel qu’on a dans cette équipe, ça laisse espérer que l’on puisse faire de supers résultats. Plus de podiums, gagner en régularité, se rapprocher progresser au général… Se fixer des objectifs en commun, comme le classement nation, permet de motiver toute l’équipe. Après il ne faut pas oublier que pour jouer un classement nation il faut performer individuellement aussi. Ce n’est pas en ne faisant que des podiums en relais que l’on gagne le classement nation, il faut vraiment performer de manière individuelle et on a encore du travail de ce côté-là.

 

Photo : Nordic Focus Photo Agency

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