Biathlon : l’analyse de Sandrine Bailly sur le début de saison féminin

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BIATHLON – Consultante pour Eurosport, Sandrine Bailly livre son analyse sur la première partie de la coupe du monde féminine de biathlon. La championne du monde aindinoise revient sur les problèmes au tir des bleues, le duel Hanna Oeberg/Marte Olsbu Roeiseland pour le gros globe et l’arrivée de Stina Nilsson dans le biathlon.

 

Les problèmes de tir pour les Françaises

« C’est frustrant. Je ne suis pas très patiente donc j’aurais tendance à m’énerver à cause de mon caractère. Avec du recul, il y a beaucoup d’athlètes qui ont le déclic et qui claquent une performance incroyable au moment où il le faut. Pour les Bleues, à force de se dire qu’il en manque une, puis encore une, c’est énervant… Mais on imagine bien qu’elles font le nécessaire pour se sortir de ça. Mentalement, c’est énervant qu’il n’y ait pas une rébellion ou un lâcher-prise par rapport à ce résultat. Pardon mais, au niveau mondial, personne les attend. Certes, au niveau Français, il y a de l’attente, mais pas non plus au niveau des garçons. Je me dis que, si un jour ça claque, comment elles vont gérer le fait de tenir au sommet ? C’est ça bien le pire finalement. Si déjà là, elles n’arrivent pas à gérer cette petite attente… »

 

Justine Braisaz, Kontiolahti, biathlon

Justine Braisaz-Bouchet (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

« Je pense qu’elles ont oublié de se faire plaisir sur les courses. Il y a un moment où il faut réfléchir et un autre où il faut agir. Je sais qu’elles ont bossé plein de choses à l’entraînement où ça fonctionne. Elles attendent ce résultat en course, mais elle est continuelle et, mentalement, elles ne font pas la même chose en course. Soit elles surjouent, soit elles réfléchissent trop arrivées sur le pas de tir… On se crée des schémas en entraînement mais le naturel doit entrer en compte à un moment donné pour lâcher les chevaux. Ce n’est pas encore acquis. Et elles terminent les quatre semaines en pleurs, c’est tristounet. Ce n’est pas ce qu’on a envie de voir chez un athlète guerrier. »

 

Caroline Colombo, biathlon, Hochfilzen

Caroline Colombo (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

« Alors, oui, ça passe une fois, pas la suivante, puis encore une fois. C’est un peu lassant. Ces filles sont des diamants, on a entièrement confiance en elles. Elles vont vite en ski, d’où les regrets. Mais arriver à se poser pour mettre ses balles et trouver les clés, je suis intimement persuadée que tout le monde peut y arriver. J’ai vécu ça aussi, donc je sais qu’elles peuvent et qu’elles vont y arriver mais j’aimerais que ça aille plus vite. »

 

Les trois podiums de l’équipe de France dont celui d’Anaïs Chevalier, de retour de maternité

« C’est ponctuellement bien, mais ce n’est pas confirmé. Anaïs est bien revenue physiquement après sa grossesse, c’est déjà bien pour sa tête. Elle va y arriver parce que je suis sûre que mentalement elle avait besoin de tirs en confrontation pour se régler. Pas grand-chose ne l’atteint et je pense qu’en janvier, ce sera différent pour elle. Avec le niveau général des filles, on peut se dire qu’à terme, ça claquera encore plus devant. »

 

Anaïs Chevalier, biathlon, Hochfilzen

Anais Chevalier-Bouchet (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

La bagarre pour le gros globe de cristal entre Hanna Oeberg et Marte Olsbu Roeiseland

« Marte Olsbu Roeiseland se détache doucement mais sûrement sans flancher et avec beaucoup de sagesse. Hanna Oeberg, c’est plus incertain, il y a plus de jeunesse. Elle restera forte parce qu’elle sait bien tirer mais ça paraît moins solide pour le moment. Olsbu Roeiseland me donne vraiment une bonne impression : elle sait ce qu’elle veut, où elle veut arriver et, même quand c’est un petit peu plus compliqué, elle se bat jusqu’au bout pour marquer des gros points. Elle n’a qu’un objectif, c’est ce classement général de la coupe du monde. Elle a eu le cran l’année passée, malgré les critiques, d’annoncer qu’elle voulait réussir ses championnats du monde et elle l’a fait. Ça dit tout de la nana ! Elle sait exactement où elle veut aller et met tout en place pour y arriver. Elle est costaude mentalement et très stable. »

 

Hanna Oeberg, Marte Olsbu Roeiseland, biathlon, Hochfilzen

Marte Olsbu Roeiseland (NOR), Hanna Oeberg (SWE) – Manzoni/NordicFocus

 

La meute des poursuites : Tiril Eckhoff, Dzinara Alimbekava, Elvira Oeberg, Dorothea Wierer…

« C’est un peu dur d’imaginer qui va tirer son épingle du jeu… Toute la clé va être de savoir comme elles vont passer Noël. Il y a souvent des surprises sur le sprint d’Oberhof avec des filles ayant mal passé les fêtes et ayant du mal à se remettre en jambes. Ça va être intéressant de voir qui va rapidement revenir dans le rythme. »

« C’est difficile d’en choisir une. Dzinara Alimbekava nous a calmés la première semaine d’Hochfilzen, mais c’était plus compliqué ensuite, Tiril Eckhoff cartonne, mais elle peut vite se dérégler. Par contre, dans son discours, on sent que ça revient pour Dorothea Wierer. Elle le dit et n’a pas peur de s’afficher en étant honnête avec elle-même. Elle sait que ça se joue à la longue et qu’on comptera les points après les Mondiaux et à la fin de la saison. Il faut s’en inspirer parce qu’elle se moque depuis belle lurette de la pression. »

 

Dorothea Wierer, biathlon, Hochfilzen, Tiril Eckhoff

Tiril Eckhoff (NOR), Dorothea Wierer (ITA) – Manzoni/NordicFocus

 

L’arrivée de Stina Nilsson, sélectionnée pour l’IBU Cup d’Arber début janvier, dans le biathlon

« Je trouve que c’est bien parce qu’à chaque fois qu’une fondeuse est arrivée, cela a obligé les autres à se battre en ski avec quelqu’un ayant des références mondiales dans ce secteur. Quelqu’un qui ose mettre la carabine et changer de sport, c’est vraiment bien ! Je sais qu’elle apporte beaucoup de positif au sein de son équipe parce que, comme elle est débutante au tir, ils ont fait plein d’exercices différents. Elle est volontaire et bosse beaucoup en tirant énormément de balles. »

« Il y a une émulation au sein de son équipe. Quand une Célia Aymonier est arrivée en France, je pense que les autres filles ont aussi été poussées. Ça augmente le niveau et ce sera la même chose pour le biathlon mondial. Tout le monde va vouloir la challenger sur la piste. Mais ce n’est pas simple pour un fondeur de devenir biathlète. Tirer vite et bien n’est pas donné à tout le monde, mais tout le monde, au bout d’un moment, peut y arriver. »

 

Stina Nilsson, biathlon, Östersund

Stina Nilsson (SWE) – Svenskt Skidskytte

 

« J’ai hâte de voir ce qu’elle va donner en course internationale. Je ne me fais pas trop d’illusions mais, ce qui va être intéressant, c’est de voir comment, avec une carabine dans le dos, elle va gérer l’effort du biathlon, complètement différent de celui du ski de fond. Va-t-elle mettre la pilule à tout le monde en ski et s’effondrer au tir ? Ou sera-t-elle raisonnable en ski et nous montrer de belles choses en tir ? C’est le point d’interrogation pour nous et pour elle. Il faut attendre les courses. Il n’y aura que les courses qui la feront progresser. »

 

Photos : Nordic Focus, Svenskt Skidskytte et Nordic Magazine.

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