Biathlon : les Mondiaux d’Oberhof vus par Sandrine Bailly
Tout au long de l’hiver, un biathlète français à la retraite débriefera pour Nordic Magazine les différentes compétitions du circuit mondial. C’est au tour de Sandrine Bailly, championne du monde de la poursuite en 2003, de se lancer pour revenir sur les championnats du monde d’Oberhof (Allemagne).
Hanna Oeberg, la reine des Mondiaux
« La reine, c’est clairement Hanna Oeberg. C’est une évidence avec pas très loin derrière Julia Simon. C’est surprenant parce qu’elle est dixième au classement général, assez loin. Julia [Simon] a quasiment le double d’elle en points ! C’est typiquement la fille qui sait se préparer pour les grands rendez-vous et qui sait tout empiler comme il le faut. Elle a été impressionnante. »

Julia Simon a tenu son rang et quitte Oberhof avec trois médailles
« A la différence d’Hanna [Oeberg], qui a eu une trajectoire différente en se préparant pour cet événement quasiment spécifiquement, elle a été présente sur toute la saison, elle porte le maillot jaune et elle parvient à être également à son meilleur niveau sur les Mondiaux. Ce sont des profils différents. En ce sens, Julia [Simon] a un très bon bilan. Elle a défendu sa position de leader et affirme sa valeur. On sait qu’elle est très forte et elle n’a pas flanché. Ce qui est chouette, c’est qu’elle arrive à faire aux Mondiaux, en grande majorité, les mêmes choses qu’en coupe du monde même s’il y a eu un petit peu plus de fautes au tir. C’est encourageant pour la suite parce qu’il va maintenant falloir se remobiliser [pour la quête du gros globe]. La saison est encore longue, mais il faut se lancer corps et âme là-dedans en récupérant bien. Chaque course aura son importance, mais il n’y a pas de raison que cela ne fasse pas. »

Pas de titre pour Anaïs Chevalier-Bouchet
« Cela m’embête qu’elle ne soit pas parvenue à remplir son objectif parce que c’est une fille qui avait annoncé la couleur, et c’est ambitieux de le faire. Il faut avoir du cran pour l’afficher et ensuite tenir ce rang. Sur la mass-start, elle a mené la course aux trois quarts en étant exemplaire ! Ce que je retiens c’est que, même si cela n’a pas toujours fonctionné pour elle, elle avait des réactions de course toujours portées vers l’avenir et le rebond. On se disait que cela allait faire et elle s’est mise dans un état d’esprit positif. C’est ce qu’il faut retenir de sa prestation : elle y a cru jusqu’au bout et a tout fait pour y arriver. »

Un groupe féminin prometteur…
« Pour les autres Françaises, on est encore sur de l’apprentissage avec des filles qui disputaient leurs premiers championnats du monde. Il y a eu quelques erreurs, mais c’est logique et elle devront ajuster tout cela dans le futur. Il y a eu de très belles choses avec beaucoup d’envie. Cela a été positif dans l’ensemble, mais on ne peut pas tout de suite demander à des jeunes comme elles d’être directement performantes. Il faut un certain temps pour tout bien empiler. Elles apprennent et cela finira par progresser d’autant que le parcours est déjà beau. Sur cette quinzaine d’Oberhof, où tout est réuni, elles ont beaucoup appris. »

… mais la déception du relais !
« Sur le papier on avait annoncé cette médaille ! Mais il y a différentes façons de réagir face à l’enjeu. Il y a les filles qui ont de l’insouciance, comme la jeune Italienne [Hannah Auchentaller], et qui ne se posent pas de question. Pour d’autres, l’enjeu les rattrape, cela a été le cas de Chloé Chevalier qui a dit qu’elle avait été paralysée par les cibles. Chez les Françaises, l’insouciance est partie, elles savent qu’il y a de l’enjeu et on en est sur des pertes de moyens. Il faut y passer. Après, il y a d’autres réactions, comme Julia Simon ou Lisa Vittozzi, qui sont plus instinctives face à l’enjeu. Elles savent faire et ont les ficelles. Il faudra peut-être un petit peu de temps pour que chacune s’ajuste. C’était presque prématuré d’attendre trop de cette équipe de France, mais c’était bien d’essayer. »

Marte Olsbu Roeiseland a rempli son objectif
« Si on regarde l’évolution de sa saison, c’est une fille qui a eu besoin de prendre du temps pour revenir après des pépins de santé. Elle débute son hiver tardivement, mais sait se préparer. Elle est montée crescendo et a fait des choix pas faciles comme ne pas disputer l’individuel pour pouvoir être performante sur la fin de la semaine parce qu’elle sait très bien qu’elle ne peut pas tenir. Ce n’était pas facile de faire ce choix, mais, comme toujours, elle a assumé. C’est normal que cela paye. »

Sept médailles mais pas de grand chelem pour Johannes Thingnes Boe
« Sur cette mass-start, pour son grand chelem en individuel, il n’y avait pas grand-chose à faire face aux Suédois. Il aurait fallu qu’il fasse moins de pénalités parce qu’on l’a senti émoussé. La logique c’est que, tout Johannes qu’il est, le corps coince à un moment donné. Je ne suis pas d’accord quand on dit que quelque chose s’est cassé dans la tête lors de la défaite face à la France. Il avait fait un très bon relais. Dimanche, ce n’était seulement pas son jour. Je trouve cela plutôt sain que son corps lâche à un moment donné. »

« Bien sûr qu’il est impressionnant, mais, sur ces Mondiaux, il a été à l’image de ce qu’il fait en coupe du monde : parfois limite au couché avec un petit peu de chance sur ce tir technique, rapide et efficace au debout et auteur de différences monstrueuses sur la piste. En face, beaucoup sont restés dans leurs standards du reste de l’hiver à par les Suédois qui ont su rehausser leur niveau et se préparer spécialement pour l’événement. »
Sebastian Samuelsson, l’homme qui a battu Johannes Thingnes Boe
« C’est quelqu’un qui nous a déjà démontré sa capacité à être irréprochable le jour J. Le faire de cette manière [avec le 20/20, NDLR], c’est quelque chose qu’il a décidé. Il a aligné ses tirs calmement comme sur un individuel en prenant le temps sur chaque balle. C’est humain de se focaliser sur l’homme à battre [en l’occurrence Johannes Thingnes Boe, NDLR] en voulant faire les choses plus rapidement que lui alors qu’il fallait seulement mettre les balles calmement. Il a été très intelligent dans la construction de sa course, sans s’affoler. »

Pas de médaille individuelle pour les Bleus, une première depuis 2009
« Finalement, il ne faut pas se voiler la face, c’est à l’image de leur saison : il y a des choses positives, il ne manque pas grand-chose, mais cela ne joue pas pour le podium. La spirale en individuel a été négative parce que, sur le sprint, cela glissait un petit peu moins bien, puis ils ont mis la charrue avant les bœufs au tir sur la poursuite. Il en suffit d’un qui claque une médaille pour détendre le groupe et, malheureusement, Quentin [Fillon-Maillet] rate la dernière balle, et le podium, sur l’individuel. Cela se joue à rien, à des détails. Le fait qu’ils aient gagné le relais, c’est aussi le collectif qui prend la suite quand c’est difficile individuellement. Ils sont allés chercher de la joie ensemble et ont montré ce qu’ils savaient faire. Il y avait plein de choses dans cette médaille d’or. »

Oberhof fidèle à sa légende
« Oberhof a montré toutes ses facettes et, encore une fois, un biathlon spectaculaire. Les pistes sont difficiles, les athlètes obligés de s’arracher, mais ce sont toujours les meilleurs qui gagnent. Un grand chapeau à tous les spectateurs allemands qui aiment ce sport depuis des décennies. Ces Mondiaux étaient super dans tous les sens du terme. »
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