Biathlon | Siegfried Mazet : « Ce qu’a fait Martin Fourcade, c’est inouï »

Siegfried Mazet, biathlon
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BIATHLON – Siegfried Mazet, l’entraîneur de tir de l’équipe norvégienne masculine de biathlon, a accordé une longue interview à Nordic Magazine. Deuxième épisode : les dernières courses de l’hiver disputées à huis clos et… le retraite de Martin Fourcade.

 

Après le bilan de l’hiver, Siegfried Mazet revient sur la retraite de Martin Fourcade. L’annonce de sa retraite, la dernière course, la trace qu’il laisse. Mais ce sont les courses à huis clos du fin d’hiver qui ont lancé la discussion…

 

  • Comment avez-vous vécu le dernier week-end de compétition à Kontiolahti (Finlande) ? Entre le huis clos, la course pour le globe, la pandémie de coronavirus…

Ça avait commencé avec le huis clos de Nove Mesto [en République Tchèque, ndlr.]. Cette situation ne nous a pas perturbés plus que cela. C’était un contexte différent, mais ça s’est bien passé, c’était juste très frustrant parce que ça aurait pu faire de magnifiques courses. Lorsqu’on a été à Kontiolahti, tous les autres sports s’étaient arrêtés. Là, ça posait beaucoup de questions. Des nations, notamment les Italiens, ne se sentaient pas très bien alors que la situation s’aggravait au pays. Nous, on était encore là à faire notre show comme si de rien n’était. Ça faisait un peu bizarre. Dans ce contexte, beaucoup de choses se sont jouées…

 

  • Ce n’était effectivement pas un fin de saison ordinaire…

On ne l’a pas savouré comme ça aurait dû l’être. C’est ma grande frustration. Quand Martin m’annonce qu’il mettait fin à sa carrière, c’est dans ce contexte de coronavirus où on rentre à la maison 24 heures plus tard. Ça se termine brusquement. Ça aurait dû être autre chose, mais c’est l’histoire qui veut ça, on n’y peut rien. C’était donc contrasté.

 

« Je suis passé par toutes les émotions… […] C’est pour ça qu’on aime ce sport »

 

  • Vos biathlètes avaient-ils hâte de rentrer à la maison ou étaient-ils focus sur les courses ?

Ils étaient concentrés sur la course parce qu’il y avait des tonnes d’enjeux… Mais ça n’empêche de regarder ce qui se passe autour. Il y avait une espèce de psychose. On se demandait quand le premier cas serait détecté à l’intérieur de l’hôtel où on était quasiment tous réunis. S’il y avait eu un seul cas parmi nous… [silence] Toutes les précautions étaient prises, il y avait les médecins avec nous, on se lavait 42 fois les mains par jour, on se mettait du gel hydroalcoolique. C’était très particulier.

 

Siegfried Mazet, biathlon

Siegfried Mazet (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

  • Lors de l’ultime course, la poursuite, avez-vous eu peur que Johannes Thingnes Boe ne gagne pas le gros globe ? Surtout après le troisième tir…

Il y avait de la pression parce que, sur le papier après le sprint, il avait le globe… Mais c’était Martin qui avait le dossard jaune. C’était une situation difficile à gérer. Quand tu rates trois balles sur un tir, forcément que ton destin n’est plus entre tes mains. Il est passé entre celles de celui qui mène la course [en l’occurrence Martin Fourcade, ndlr.], qui lui aussi perd des balles et remet son destin en jeu. Avant le dernier tir, il peut encore tout se passer. Johannes fait le plein, mais si Arnd Peiffer lui repasse devant, c’est plié, c’est mort. On vit ce moment en passant par toutes émotions qui peuvent se présenter à vous à chaque instant… C’est pour ça qu’on aime ce sport [il sourit].

 

  • Précédemment, vous évoquiez la retraite de Martin Fourcade : vous ne vous attendiez pas du tout à cette annonce ou vous aviez quelques doutes ?

Franchement, je me suis dit qu’il avait achevé quelque chose avec la victoire aux championnats du monde du relais. Le seul titre qui manquait à son palmarès. Je me suis dit : « s’il arrêtait maintenant, il aura tout eu. » Mais après, il était plutôt en forme et je pensais qu’il allait tirer jusqu’aux Jeux. J’étais donc assez étonné quand il me l’a annoncé.

 

« J’ai apprécié que Martin m’ait appelé personnellement pour me l’annoncer […] C’est le témoignage que, même si je l’ai quitté, on a vécu de grandes choses ensemble. Il ne m’a pas oublié »

 

  • De quelle manière cela s’est-il passé ?

Il m’appelle au téléphone et me dis « j’ai un truc à te dire. » J’ai trouvé ça bizarre. J’ai énormément apprécié qu’il m’ait appelé pour me le dire personnellement. C’était le témoignage que, même si je l’ai quitté et qu’il a eu du mal à l’accepter, ce que j’ai compris, on avait vécu des grandes choses ensemble. Il ne l’a pas oublié.

 

  • Quel souvenir gardez-vous du Martin Fourcade biathlète ?

L’homme qu’il est. Ce qu’il a entrepris durant toute sa carrière. Il a géré beaucoup de choses. Si La Chaîne L’Équipe diffuse aujourd’hui le biathlon, c’est grâce à lui. Il a créé un circuit court entre ses propres partenaires, la Fédération et le diffuseur. Et ça a marché. C’est ce que je retiendrai de lui. Tout ce qu’il a fait, à côté du sportif, pour son sport. C’est inouï. Peu de sportifs peuvent s’en prévaloir.

 

Siegfried Mazet, biathlon

Siegfried Mazet (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

  • Comment voyez-vous l’hiver prochain ? Le premier de l’ère post-Martin Fourcade…

Sur l’instant, j’ai envie de dire que ça va faire un gros vide, mais il va vite être comblé. Comme on dit, « la nature a horreur du vide. » La place va être prise, ne serait-ce qu’en équipe de France où un nouveau leader va prendre son leadership. Ça va être une nouvelle page avec de nouveaux acteurs, plus jeunes. Une place se libère et le cirque continue.

 

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Photos : Nordic Focus.

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