Biathlon | Ski de fond : La reprise décryptée par Stéphane Bouthiaux

BIATHLON - Le patron des Equipes de France revient en exclusivité pour Nordic Magazine sur la retraite sportive annoncée par Myrtille Bègue et les fins de saison anticipée de Lou Jeanmonnot et Hugo Rivail. Trois cas très différents mais qui posent question au sein du biathlon tricolore. 
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BIATHLON – À l’orée de la première saison de biathlon et de ski de fond sans Martin Fourcade depuis 10 ans, le directeur des deux disciplines à la FFS, Stéphane Bouthiaux, s’est confié à Nordic Magazine. Le Jurassien aborde la crise du Covid-19 et ses impacts, l’attente élevée des médias, les changements dans le staff du ski de fond ou encore l’avenir sans fluor…

 

Stéphane Bouthiaux : « À l’heure actuelle, nos budgets sont stables »

 

  • Stéphane Bouthiaux, les premiers stages de préparation de l’équipe de France ont commencé à Prémanon. Comment abordez-vous ces retrouvailles dans le contexte des mesures sanitaires liées au Coronavirus ?

On se faisait du souci sur la manière dont on allait pouvoir attaquer mais tout est bien organisé à Prémanon, avec de gros efforts consentis par le personnel et de nombreuses consignes sanitaires strictes à respecter concernant la distanciation, les horaires de repas, une seule personne par chambre… Mais on a un public d’athlètes responsables qui sait respecter tout cela. Les séances se déroulent parfaitement et, honnêtement, sans ces consignes particulières, on ne verrait pas grande différence par rapport à d’habitude…

 

> Lire : Les coulisses du premier stage avec Camille Coupé

 

  • Cela va-t-il poser des problèmes en termes de timing de préparation ?

Non, pas franchement. On a eu de « la chance » car le confinement est tombé pendant la période de repos des athlètes nordiques ! Les gars et les filles du ski de fond et du biathlon ont repris de façon individuelle et n’accusent pas de retard par rapport à d’habitude. Le stage de la semaine prochaine est seulement programmé une semaine après celui de l’an passé.

 

  • … et en termes financiers : devez-vous déjà faire des arbitrages difficiles ?

Non. A l’heure actuelle, les budgets sont stables par rapport à l’an passé. Nos partenaires ont vraiment joué le jeu. Pas de mauvaises surprises. On se posait beaucoup de questions mais on a pu compter sur leur fidélité. On aura les moyens de fonctionner comme d’habitude. Notons également que la fin de saison tronquée et l’impossibilité de se déplacer ont aussi permis de faire des économies au final.

 

« Avec le départ de Martin, on a perdu notre machine à gagner »

 

  • Les biathlètes français sortent d’une saison une nouvelle fois exceptionnelle. Comment envisagez-vous cette nouvelle saison sans Martin Fourcade qui a guidé les bleus ces dix dernières années ?

C’est particulier pour moi qui ai coaché Martin une grande partie de sa carrière et pour des athlètes comme Simon Desthieux et Quentin Fillon-Maillet qui le côtoient depuis longtemps. Martin, c’était notre leader sportif et charismatique. Son départ va forcément changer la vie du groupe, on a perdu notre machine à gagner mais on a des athlètes aux très grosses ambitions comme Quentin qui vise le général après ses deux troisièmes places, Simon Desthieux, Emilien Jacquelin qui arrive très fort dans la suite d’une énorme saison et qui, grâce à son talent de finisheur, sait gagner des courses. On aura moins de victoires mais on aura beaucoup de podiums et de Top 10 car on a les gars pour le faire.

 

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Simon Desthieux (FRA), Stephane Bouthiaux (FRA), Vincent Vittoz (FRA), Christophe Vassallo (FRA), Patrick Favre (ITA), Emilien Jacquelin (FRA), Quentin Fillon Maillet (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

  • Y a-t-il une peur de moins briller ?

(Sourires) Les gens vont juste se rendre compte que ce n’est pas si facile que ça de gagner. Martin Fourcade a habitué les supporters à briller, à gagner souvent, il a banalisé l’exceptionnel. Et en effet, chez les supporteurs et sur les réseaux sociaux, les réactions du public sont parfois difficiles à entendre quand on place des gars dans le top 5 sans gagner, quand on en met deux sur le podium on est chargé… C’est compliqué à vivre cette expo médiatique. Au départ de chaque course, 20 mecs veulent jouer le podium, il ne faudrait pas l’oublier…

 

  • Les rendez-vous estivaux du ski-roues et biathlon d’été sont remis en cause avec le Blink Festival à huis-clos et entre locaux, l’annulation des shows comme celui de Martin Fourcade… Cela va-t-il vous perturber ?

Non, on s’en accommodera. Le dossard au niveau international est toujours intéressant mais ce n’est pas ça qui fait une bonne ou une mauvaise saison d’hiver. On a les moyens de compenser cette absence de grosse confrontation avec la concurrence en interne qu’on a aujourd’hui. Cette grosse densité en équipe de France de biathlon est une chance pour nous.

 

La première chose, c’est que toutes les filles ont adhéré au projet. Jean-Paul les a eu toutes au téléphone longuement pour leur parler de sa vision des choses, de là où il voulait aller avec elles. La plupart des athlètes le connaissent, elles sont habituées à son discours. L’autre avantage de ce recrutement tient lieu à aucune perte de temps pour s’apprivoiser et attaquer d’emblée la préparation car on n’a plus le temps avec les mondiaux cet hiver et les Jeux dans un an et 10 mois. Se réhabituer à un nouveau système de fonctionnement prend du temps sans assurance de résultat. On voulait éviter ce risque.

 

« Un trio d’entraîneurs pour le ski de fond »

 

  • Du côté des fondeurs, après le départ de François Faivre, Olivier Michaud prend du galon en équipe de France. Qu’est ce qui a guidé votre choix vers cet homme d’expérience qui a déjà entraîné les fondeuses et était alors en charge des excellents juniors français ?

Alexandre Rousselet (distance), Cyril Burdet (sprint) et Thibaut Chêne (dames) sont les trois entraîneurs de la coupe du monde. Tous travailleront ensemble sur des stages communs avec Cyril comme coordinateur des trois entraîneurs. Olivier Michaud doit coordonner les circuits coupe du monde, OPA et nationaux et amener plus d’échanges, de partages de compétences au sein des équipes de France. François Faivre n’était plus qu’entraîneur depuis deux ans, mais Olivier ne le remplace donc pas poste pour poste.

 

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La photo de groupe de l’équipe de France après la victoire de Lucas Chanavat

 

  • Du côté des dames, le groupe d’entraînement s’est étoffé dans le sillage de l’épatante Delphine Claudel. Dans l’objectif de construire un collectif pour les mondiaux d’Oberstdorf puis les Jeux de Pékin ?

Bien sûr. Delphine trace la voie pour les autres, elle est légitime de par ses résultats. Derrière elle, des filles ont bien tourné aux mondiaux U23 ou en OPA l’hiver dernier. On espère que cette petite marche à passer ensemble leur permettra de monter sur la coupe du monde et d’aligner un relais compétitif pour briguer un Top 5 ou 6. On pense que ça peut aller vite. Les Jeux olympiques de Pékin 2022 seront en tout cas l’objectif avec cette génération. Pour une majorité des athlètes, on a des espérances d’où la construction d’un gros groupe autour de Thibaut Chêne. L’émulation avec les groupes hommes sur des stages partagés en entraînement, et c’est une première importante pour nous, pourrait les tirer vers le haut.

En fait, une grosse partie du travail de préparation se fera ensemble avec en parallèle des exercices spécifiques aux sprinteurs et aux distanceurs.

 

« Déterminant d’aller à l’étape pré-olympique de Pékin »

 

  • D’ailleurs au sujet de Pékin, faudra-t-il aller à l’étape pré-olympique de la coupe du monde située juste après les Mondiaux de Pokljuka dans le calendrier ?

Je pense que c’est déterminant ! Il faut aller prendre la température du site, du pas de tir très venté, c’est hyper important d’analyser ce qui se passe sur le pas de tir et aussi de trouver une piste qui ressemblera à celle de Pékin pour la préparation physique de l’hiver prochain. Il faut aussi aller renifler la neige (sic). Je serais athlète, j’aurais très envie d’y aller pour voir comment tout cela fonctionne pour n’avoir aucune inconnue ou question à se poser pour le jour J. Afin de savoir à quelle sauce on va être manger.

 

En fait, on dépend très largement de ce que nous présenterons les fabricants. La tolérance progressive (adoptée par la FIS, en attente pour l’IBU) est uniquement liée à la teneur naturelle de fluor dans les semelles des skis, c’est infime. Il n’y aura plus de fartage au fluor demain.

Il y aura donc de nombreux tests à faire en début de saison avec des produits que n’ont pas encore conçu les fabricants. Ça me fait d’autant plus sourire de lire que les Suédois sont déjà à la pointe du fartage sans fluor… Dès qu’on aura des conditions optimales, il faudra mettre en marche toute l’armada pour mener ce chantier. En parallèle, on remettra d’abord l’accent sur les structures machine et manuelles qui seront encore plus déterminantes.

Les athlètes auront aussi plus de skis dans leur housse avec des composantes de glisse qui seront moins lissées sans utiliser le fluor. On prévoit aussi de monter toutes les équipes de ski et biathlon ensemble avec les deux camions en Scandinavie en novembre pour faire un gros travail sur ce sujet là. Avec deux aspects : d’abord que les coaches et athlètes des deux disciplines travaillent ensemble et ensuite que les techniciens et les deux camions soient sur place pour bosser ensemble et mutualiser les moyens.

 

Photos : Nordic Focus et Nordic Magazine.

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