Biathlon | Ski nordique : les speakers en pleine crise

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BIATHLON – SKI NORDIQUE – Sans eux, les compétitions nordiques n’auraient pas la même saveur. Les commentateurs subissent de plein fouet l’arrêt puis l’annulation des rendez-vous sportifs à cause du coronavirus. Thomas Bray, qui intervient notamment sur la coupe de France de biathlon, témoigne des difficultés rencontrés et des incertitudes futures.

 

 

Thomas Bray est bien connu de tous les fans de nordique. Depuis 2013, il commente les circuits nationaux. Il a aussi été la voix française aux JO de Sochi sur les épreuves de ski de fond. Il est intervenu lors de la coupe du monde de biathlon du Grand-Bornand en 2013 ou encore sur les championnats du monde d’aviron en 2015.

Thomas Bray collabore aussi à Nordic Magazine. C’est lui, notamment, vous permet de suivre au plus près les compétitions de l’IBU Cup.

 

  • Depuis le début de la crise du coronavirus, quelle est la situation pour les commentateurs d’épreuves sportives ?

La situation est très compliquée, nous n’avons plus aucun contrat depuis la mi-mars, certains de mes collègues n’ont plus travaillé depuis la fin du mois de février. Au delà de l’aspect financier, c’est un véritable crève-cœur pour nous de ne pas pouvoir travailler. Les événements sportifs font partie de notre vie et ne plus vivre ces émotions est très dur. On se sent démunis, bien-sûr nous sommes conscients qu’il y a des situations plus graves que les nôtres, mais ce n’est pas une période agréable. 

 

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  • Avez-vous pu bénéficier des mesures prises par le gouvernement ?

Oui, fort heureusement. Personnellement j’ai pu bénéficier du fonds de solidarité, mais le métier de speaker – maître de cérémonie relève de situations professionnelles très différentes, nous ne sommes pas tous égaux dans cette situation. Mais clairement, sans faire de politique, je dois dire que je suis très heureux de vivre et travailler en France. Ce fonds de solidarité est une véritable soupape de sécurité, même si ça ne remplacera jamais les émotions du sport. 

 

  • Quel est le statut des speakers ?

Je fais partie de l’Association des speakers et maîtres de cérémonie qui regroupe une soixantaine de professionnels reconnus en Europe. Nous tenons d’ailleurs à cette appellation de speaker-maître de cérémonie, car « speaker » est un terme anglais qui signifie une enceinte et qui n’est utilisé qu’en France. Nous couvrons des sports très divers et aussi des facettes du métier multiples : certains sont des maîtres de cérémonie dans des stades, d’autres comme moi sont d’avantage des speakers de disciplines outdoor où nous commentons vraiment l’action, d’autres enfin travaillent d’avantage dans des opérations commerciales, dans des animations de séminaires, de salons professionnels. Ce métier prend des statuts très différents : auto-entrepreneurs, responsables de sociétés, intermittents… Moi je suis sur un statut d’auto-entrepeneur, je travaille la majeure partie du temps tout seul, notamment l’hiver.  Mais nous sommes tous unis par une chose : lorsque les compétitions sont annulées, il n’y a pas de rentrée d’argent ! 

 

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  • Quelles qualités sont nécessaires pour réussir dans ce métier ? 

Au-delà de la voix, de la diction, il faut de l’humilité, car nous sommes là pour valoriser la performance des sportifs, pour donner du corps au spectacle. En même temps, il faut une bonne dose d’adaptation, de la répartie et de la concentration. Et il faut bosser ses prestations en amont, connaître l’actualité, les statistiques, le palmarès. 

 

« Nous n’avons aucune visibilité »

 

  • Savez-vous quand vous allez pouvoir travailler ?

C’est ma principale inquiétude, parce que nous n’avons aucune visibilité. Pour l’instant, toutes les compétitions que je devais commenter sont annulées jusqu’à (au moins) début août. La suite ? Personne ne la connaît ! Avec l’Association des speakers et maîtres de cérémonie, nous militons pour que les fédérations, les ligues professionnelles de football, de rugby, de basket… statuent sur la nécessité d’avoir un speaker, même dans le cas de rencontres à huis-clos. Pour moi et mes collègues qui travaillons essentiellement dans des disciplines hors-stade, nous n’avons aucune certitude que nous pourrons retravailler prochainement. Mais nous pouvons aussi avoir un rôle à jouer sur l’animation des réseaux sociaux, sur la mise en valeur des partenaires, des athlètes. Nous sommes des présentateurs, comédiens, ambianceurs, nous sommes des professionnels de la présentation, de la prise de parole, de l’interview, notre métier consiste à mettre en valeur les autres. 

 

  • Ne redoutez-vous pas qu’avec moins de sponsors, les organisateurs d’événements n’en viennent à se passer d’un maître de cérémonie ? 

Bien sûr que cela nous inquiète. Dans le cas de la Fédération française de ski, les coordinateurs des circuits nordiques ont toujours mis en valeur le rôle et l’importance des commentateurs (Christophe Sevessand, Alban Gobert hier, Eric Davaine, Franck Gilard et moi même depuis plusieurs années). Nous pouvons être fiers de ce que nous avons mis en place, de la qualité des commentaires, des animations de course. Mais le budget animation dépend fortement des partenaires de ces circuits nationaux. Est-ce que le budget animation sera revu à la baisse l’hiver prochain ? Personne ne peut répondre à cette question aujourd’hui ! Sur les grands événements internationaux, notre rôle est bien pris en compte, nous faisons partie d’une équipe au sein duquel gravitent les sonorisateurs, les techniciens, les topeurs, les producteurs. Il y a donc moins d’inquiétudes de ce côté-là. 

 

« Il faut un bon commentateur pour passer un bon moment dans un stade de biathlon »

 

  • Pourquoi est-ce important qu’il y ait des speakers lors des compétitions ?

Le speaker est un élément central de la réussite d’une compétition. Tout comme il faut de bons athlètes, de bonnes pistes, un bon chronométrage, il faut un bon commentateur pour passer un bon moment dans un stade de biathlon ou aux bords d’une aire d’arrivée. Le sport est un spectacle, et comme tout spectacle il doit être mis en scène, c’est notre rôle de mettre en valeur les différents acteurs. Nous avons tous fait l’expérience d’une compétition où le speaker n’était pas un professionnel… c’est rarement un bon souvenir. 

 

Au programme, beaucoup d’annulations

Voici le programme de Thomas Bray pour les prochaines semaines.

  • Ultra Montée Thollon les Mémises 2 mai – reporté septembre ?
  • Maxi-Race – annulé
  • Verticale du Grand Serre – reporté ?
  • Arly Cimes Trail – reporté ?
  • Pierra Menta EDF été – annulé
  • Ourea Trail – annulé
  • Ultra Tour du Beaufortain – annulé
  • Trail Frison-Roche – ?
  • Swim Run Lac de Laffrey – ?
  • Summer Tour Biathlon La Féclaz – ?
  • Summer Tour Biathlon Arçon – ?

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