Alexis Boeuf, l’agitateur

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BIATHLON – L’ancien biathlète de haut niveau Alexis Bœuf commente désormais son sport à la télévision. Une activité qui vient s’ajouter à bien d’autres occupations. Le Savoyard avale les journées avec l’appétit du défi et le souci du travail bien fait.

 

À la télévision, il est l’une des figures du biathlon, l’un de ses meilleurs ambassadeurs. À chaque étape de la coupe du monde, Alexis Bœuf officie à l’antenne de La Chaîne L’Équipe, avec la légitimité de celui qui, en tant qu’athlète de haut niveau, a vécu au sein de cette équipe de France tutoyant les sommets avec son étendard Martin Fourcade.

C’est pourtant en ski alpin que le trentenaire a découvert les sports d’hiver. Normal, sa petite enfance, il la vit d’abord à l’Alpe d’Huez (Isère). Mais, lorsque la famille déménage et pose ses valises à Saint-Jean-d’Arvey (Savoie), au pied de la montée de La Féclaz, la route est toute tracée pour découvrir le ski de fond.

Le premier déclic a lieu dans sa salle de classe de l’école primaire. À la demande de l’instituteur, le coach Mathieu Noly se présente devant les enfants pour leur parler de nordique. Il leur diffuse un extrait d’une coupe du monde de ski de fond : « Le samedi suivant, Alexis Bœuf s’inscrivait au club, avec son frère Gaël », se rappelle-t-il. Avec Clément Noly et Richard Chapron, il devient l’un de ses premiers entraîneurs. Tous trois lui transmettront cet attachement profond aux disciplines nordiques. Un lien sincère, viscéral, presque amoureux. Son ancien coach se souvient « d’un garçon généreux et appliqué. Petit, il était déjà très pro dans sa démarche. On devait lui dire d’aller doucement ! »

 

Le coup de foudre

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aujourd’hui encore, le jeune homme n’a guère retenu la leçon. En plein hiver, l’homme aux multiples casquettes (au sens propre, comme au sens figuré) a du pain sur la planche. Il y a la SARL Alexis Bœuf, la société Alyanski ou encore l’inénarrable Team Valoche. Kévin Charbonnier, qui œuvre à ses côtés dans cette dernière aventure, voit en son copain « un meneur toujours impliqué dans des tas de projets différents. »

Cameraman attitré de cette équipe qui ose tout quand il s’agit de dépoussiérer l’univers dans lequel elle évolue, Alexis Bœuf a développé un rapport très intime à l’image, un sens aigu du tournage, du scénario. Le journaliste Guillaume Claret, qui commente à ses côtés le biathlon sur La Chaîne L’Équipe, dit même de lui qu’il « a des compétences techniques que n’ont pas certains journalistes. C’est un vrai amoureux de l’image, il aime les belles choses, c’est un esthète. »

 

SKI - La Team Valoche vient de réaliser un clip parodique et drôle sur le thème du tube de Vegedream, « Ramenez la coupe à la maison ». Une pluie de vedettes du ski français figurent au générique.

 

Des compétences qui ont même séduit Martin Fourcade qui a fait appel à ses services pour des tournages vidéo. Et le numéro 1 mondial, qui est resté très proche de son ancien coéquipier, n’est pas du genre à faire les mauvais choix ! La chaîne sportive de la TNT a également vite vu ce que peut apporter le Savoyard : la couverture de la saison de biathlon s’en est trouvée enrichie, approfondie pour le plus grand plaisir des téléspectateurs, chaque jour plus nombreux à suivre le biathlon. Une reconnaissance médiatique qui fait plaisir au passionné qu’est Alexis Bœuf, heureux de pouvoir apporter sa pierre à l’édifice.

 

Reconnaissance médiatique

Devenu le consultant numéro 1 du canal 21, après des débuts aux côtés de François Schlotterer sur Eurosport, le Savoyard jette un œil lucide sur sa vie de biathlète de haut niveau arrêtée presque brutalement en décembre 2014 : « Ma carrière m’aide dans mes projets actuels, elle me crédibilise. »

Son palmarès dans lequel il ne manque qu’une médaille olympique, comprend une victoire en coupe du monde à Presque Isle, aux États-Unis, lors de la saison 2010/2011, trois podiums individuels et trois médailles aux championnats du monde. Mais le biathlète a aussi marqué des points en coupe du monde de ski de fond (vingtième du sprint de Davos, en 2010) et participé au sprint des championnats du monde d’Oslo (Norvège) en 2011, ratant de quelques dixièmes de seconde la qualification. Une dualité assez rare pour être signalée !

 

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Alexis Boeuf à Ruhpolding

 

Le sprint en ski de fond, un temps envisagé une fois la carabine posée, a toujours éveillé en lui un intérêt certain : « Cela correspondait bien à mes qualités physiques et le collectif actuel de la Team Poney donne envie ! » Guillaume Claret le confirme : « Alexis n’a pas de regret sur sa carrière de biathlète. Je crois qu’il a le sentiment, et à juste titre, d’avoir fait le tour de la question, mais si c’était à refaire, il ferait peut-être différemment, notamment vis-à-vis du sprint en ski de fond. »

Mais la vision d’Alexis Bœuf ne s’arrête pas au cloisonnement des disciplines, les frontières entre ski de fond et biathlon ne lui parlent pas. Au contraire, il met un point d’honneur à promouvoir le Nordique avec un N majuscule, à apporter un « petit coup de neuf » à l’image de ces sports qu’il affectionne tant.

Le lancement de l’Al’Aix Ski Invitational (devenu Aix Ski Invitational par la suite) va aussi dans ce sens : proposer un show nordique en centre-ville, avec la présence des meilleurs fondeurs et biathlètes tricolores, mélanger les genres et casser les codes, le tout sous une bonne couche d’ambiance et de convivialité. Un format qui fonctionne bien à l’étranger mais qui, en France, n’a rien d’évident à organiser.

Après trois années d’existence, cette compétition de fin d’été prend de l’envergure et l’édition 2016, avec l’ajout d’un pas de tir éphémère à quelques mètres du lac du Bourget, a sans doute fait entrer cet événement dans une nouvelle dimension. Même si la date ne rentre dans aucun circuit officiel, elle a la chance de pouvoir proposer un plateau royal et des confrontations musclées pour un spectacle sportif vraiment digne d’intérêt. Les excellents résultats des fondeurs et des biathlètes français la saison passée attisent la popularité de ces disciplines, l’exposition médiatique s’en trouve décuplée. La fédération s’y intéresse, les partenaires aussi : Aix Ski Invitational en profite et les athlètes aussi, c’est du gagnant-gagnant.

 

Figure de proue

Un cercle vertueux qui rejaillit aussi sur les petites catégories invitées cette année à prendre part à la fête et sur le Club des Sports de La Féclaz, auquel le consultant TV est resté fidèle.

 

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Fidélité : un mot qui définit également bien l’ex-biathlète, comme le confirme Mathieu Noly. « Il a gardé ses anciens copains du club et fait demi-tour pour serrer la main des anciens bénévoles vingt ans après ! ». Avec Patrick Rémy, directeur du club féclazien depuis 2001, le lien s’est tissé naturellement : le timing était idéal. Pour Alexis Bœuf, l’arrivée du Vosgien dans la station du Grand Revard lui a permis de passer un cap, de prendre conscience des efforts et des choix à faire pour le très haut niveau.

Dans le même temps, les résultats de la vedette maison ont permis à Patrick Rémy de « tirer le club vers le haut », d’asseoir sa légitimité dans la politique sportive. La Féclaz est ainsi devenue l’une des locomotives du nordique français.

 

Le souci du détail

Alexis Bœuf se comprend donc aussi à travers ceux qu’il côtoie. Du temps où il enfilait la combinaison de l’équipe de France, il retient surtout le bonheur d’avoir été du carré d’as composé de Martin Fourcade, Simon Fourcade et Jean-Guillaume Béatrix qui s’est si souvent illustré en relais. Ces quatre-là se connaissent par cœur, partageant l’argent mondial à deux reprises lors des championnats du monde en 2012 (Ruhpolding) et 2013 (Nove Mesto). L’homme aime s’entourer, le collectif est une valeur primordiale chez lui. Une valeur que l’on retrouve dans tous ses projets.

Aux autres, alors, de se mettre au diapason de son énergie. Homme méticuleux, parfois pointilleux, Alexis Bœuf aime le travail bien fait et ne se satisfait pas de l’à peu près. Il le concède lui-même, il est capable « de passer plusieurs heures à fignoler un montage vidéo. » Un souci du détail qui fait sourire Kévin Charbonnier : « Alexis n’est pas du genre à attendre que les choses se fassent, il avance, quitte à être perçu comme un peu têtu », mais c’est « toujours pour la bonne cause. Donc, au final, on oublie vite ! »

Toujours cette quête de la qualité, du rendu parfait qui, à bientôt 31 ans, anime désormais sa nouvelle carrière de chef d’entreprise. Sans se défaire de cette impression délicieuse qu’avec Alexis Bœuf, le nordique français n’a pas fini sa mutation.

 

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Portrait publié dans Nordic Magazine #22

 

Photos : Nordic Focus, Agence Zoom et Archives.

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