Claire Breton, coach au féminin

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SKI DE FOND – Ne cherchez pas… Chez les nordiques, l’ancienne biathlète est la seule femme à occuper un poste d’entraîneur à la Fédération française de ski. Au moment de la rédaction de son portrait, elle avait en charge le groupe des jeunes fondeuses, aujourd’hui elle coach les jeunes biathlètes.

 

De nature sensible, Claire Breton rêvait, enfant, de devenir pompier ou vétérinaire. Elle est aujourd’hui responsable du groupe U20 dames de ski de fond à la Fédération française de ski, après avoir été biathlète de haut niveau. « Ce métier permet d’offrir des moments intenses, d’accompagner les athlètes pour qu’elles se découvrent fortes, tant dans leur projet sportif que dans leur vie, détaille-t-elle, comme s’il s’agissait d’une profession de foi. Entraîner, c’est aussi aider les futurs sportifs à affronter des difficultés pour apprécier leurs propres victoires. Enfin, il s’agit de transmettre mon expérience du haut niveau et mes savoirs afin qu’ils ne reproduisent pas les mêmes erreurs et qu’ils en sortent grandis. »

Une femme entraîneur, ce n’est pas courant dans le nordique. La première à avoir exercé – c’était entre 2012 et 2014 – s’appelait Corinne Niogret. « Entraîner quand on est une femme, ce n’est pas du tout pareil que lorsqu’on est un homme. D’abord parce que le métier est avant tout physique et aussi parce que l’on est entourée d’hommes. Personnellement, j’ai grandi dans un village où il n’y avait pas de filles autour de chez moi, je passais mon temps au milieu de garçons. Alors peut-être qu’aujourd’hui, c’est plus facile pour moi ! », sourit-elle.

Claire Breton opère depuis quatre ans maintenant. « Au départ, les regards étaient interrogateurs », se souvient-elle. Un étonnement qui n’est pas réservé aux seuls Gaulois. Pendant les championnats du Monde U23 et juniors, les Norvégiens ont rendu visite à la délégation française qui disposait d’un camion de fartage. « Nous leur avons présenté les rôles et les missions de chacun. Au moment où ils ont compris que j’étais là comme coach, ils avaient du mal à le croire », s’amuse-t-elle.

« Je suis fière de faire ce métier et de casser les codes. En quatre ans, je constate tout de même que les équipes intègrent tout doucement des femmes au sein de leur encadrement » observe-t-elle. « Claire dispose de toutes les qualités pour être un bon coach et transmettre aux jeunes ce qu’elle a vécu », affirme Thierry Dusserre, ancien biathlète, médaillé de bronze au relais de Lillehammer en 1994, aujourd’hui responsable du comité interrégional de biathlon du Comité du Dauphiné et du pôle espoir de Villard-de-Lans.

 

Coup de foudre

Dans un bar grenoblois, un sourire contagieux aux lèvres, Claire Breton fait le récit de son parcours qui n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. « C’est comme si toutes ces étapes m’avaient préparée à devenir ce que je suis aujourd’hui, glisse-t-elle. Du coup, je me sens compétente et en mesure de transmettre ». À Nordic Magazine, elle raconte s’être mise au sport très tôt. « Mais je ne parle pas de ski, s’amuse-t-elle. C’est l’équitation qui m’a d’abord attirée. »

Née à Saint-Martin-d’Hères (Isère), d’un père bûcheron et d’une mère au foyer, la Dauphinoise se découvre une passion pour la compétition lors de ses années de collège à La Chapelle-en-Vercors. « Lors de ma première course, j’ai gagné sans le préméditer », confie la cavalière qui va, dès lors, n’avoir de cesse de rechercher à accumuler les victoires. À partir de ce moment, elle s’est mise à s’entraîner… et à s’entraîner encore. « Sans l’avouer à personne, je m’étais fixé l’objectif de remporter chaque année le cross du collège ». Ce qu’elle fit. C’est à ce moment que, remarquant qu’elle avait des prédispositions sur le plan cardiovasculaire, l’actuel président du comité du Dauphiné et directeur de la section biathlon de l’établissement, Philippe Cuier, lui conseille la pratique du biathlon. Elle s’en amuse encore : « À l’époque, je ne faisais pas du tout de ski de fond. »

Et voilà Claire Breton qui découvre le plaisir de la glisse, sans abandonner tout de suite ses chevaux. Pendant plusieurs années, elle mène de front les deux sports. Un jour, Philippe Cuier emmène l’adolescente en Italie pour assister à une étape de coupe du monde de biathlon à Antholz-Anterselva. Les champions français de l’époque, dont Raphaël Poirée, prennent le départ. C’est le coup de foudre. « La proximité avec des athlètes de si haut niveau m’a impressionnée, se souvient-elle. Jamais je n’aurais pensé côtoyer cet univers si magique. »

 

Claire Breton (FRA) – FFS

 

Plus que tout, elle veut en faire partie, porter à son tour les couleurs de la France dans les grands événements internationaux. Déterminée à devenir une championne, Claire Breton met dès lors l’ouvrage sur le métier dès qu’elle le peut. « Je voulais toujours poursuivre les efforts et les coachs devaient me freiner. » En fait, elle ne perçoit pas l’entraînement comme une contrainte, mais plutôt comme une façon de se construire. Le plus difficile pour elle ? Harmoniser ses compétences dans le ski de fond et le tir à la carabine. « C’était rageant parce que je travaillais dur, et que je faisais des progrès. »

Après une longue discussion avec Lionel Laurent, médaillé de bronze en relais aux Jeux olympiques de Lillehammer en 1994, le déclic se fait. Elle réalise que sa volonté de tout contrôler nuit à sa réussite. Il lui faut être dans le moment présent, ce qui implique plus de simplicité et d’abandon, lui explique celui qui est aujourd’hui responsable des relations avec la presse pour l’équipe de France de biathlon. Son entraîneur lui conseille aussi judicieusement de laisser faire… avant de faire. « Je comprends alors que je m’étais privée de beaucoup de podiums en coupe d’Europe à cause de cette pression inutile. Quand j’ai su trouver ce lâcher-prise, mes résultats ont complètement changé, j’ai vraiment été différente. »

« Claire est tenace, endurante, sensible et elle ne lâche rien : quand elle s’est fixé un objectif, elle va jusqu’au bout », affirme sa mère. Et d’ajouter : « Quand elle touche le fond, elle tape du pied et elle remonte. Si elle n’avait pas eu cette volonté de se battre, elle ne serait jamais allé aussi haut ». Thierry Dusserre acquiesce : « Claire est une bosseuse. Elle aurait pu arrêter mille fois et, pourtant, elle n’a jamais rien lâché pour atteindre le haut niveau. »

 

État de grâce

En 2011, la coupe du monde à Ruhpolding (Allemagne) constitue l’évènement phare de la carrière de Claire Breton. Elle termine au 18e rang du 15 km d’une coupe du monde qu’elle a découverte en décembre 2010 à Östersund (Suède). « Là, enfin, je voyais mon rêve s’accomplir, se livre-t-elle. J’attendais ce moment depuis tellement longtemps que je n’arrivais pas à cacher ma joie. » La course est diffusée à la télévision. « Mes proches m’ont dit que j’avais l’air tellement heureuse à l’écran », se souvient-elle.

C’est le moment où son corps choisit de donner des signes de fatigue. Lors de la préparation pour la saison 2011-2012, elle se blesse à l’épaule lors d’une banale séance de musculation. « De retour chez moi, je ne voulais pas y croire. J’aurais tout donné pour avoir du temps et me reconstruire dans le calme, mais je n’en avais pas ». Les Jeux olympiques de Sotchi arrivent trop vite, trop tôt. Elle n’y participe pas et décide, à l’aube de la trentaine, de tourner la page.

Elle ne s’éloigne pas du monde du ski pour autant. Une belle opportunité s’offre aussitôt à elle. « Quand j’ai pris la décision d’arrêter, cela correspondait au départ du coach du Team Grenoble Isère Nordique. J’ai alors eu la chance que cette équipe me fasse confiance et me propose le poste. C’était pour moi comme une récompense de tout ce que j’avais accompli. Pour entraîner dans le ski, il faut savoir être généreux, donner à l’équipe ce qui nous a peut-être manqué. »

 

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Claire Breton (FRA) – Laurent Mérat

 

Claire Breton a toujours aimé les choses simples comme un bon moment en famille, une sortie en montagne avec ses proches, monter à cheval (encore), mais aussi jouer de la musique, savourer le silence de la nature. L’un des plus beaux souvenirs de sa carrière se déroule lors d’une étape de l’IBU Cup au Canada. Pour la première fois, elle goûte à cet état de grâce que l’on nomme le flow, concept élaboré par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi pour décrire une immersion totale dans une activité. « J’étais tellement bien sur les skis que j’éprouvais une sensation d’accomplissement total. Je trouvais cela génial de pouvoir ressentir cela. Tout se passait comme si je maîtrisais totalement la situation et que rien ne pouvait m’arrêter. »

Après avoir connu ce sentiment de plénitude, elle le transmet désormais à des jeunes afin qu’elles aient la chance de le connaître.

 

Ce portait a été publié dans Nordic Magazine #32 (décembre 2019)

 

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Photos : Laurent Mérat. 

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