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Coline, l’esprit pionnier

Elle dit les choses avec ses mots de petite femme à peine sortie de l’adolescence. « C’est un truc de malade ». « Un truc de barjot ». « Un truc de fou. » Coline Mattel a dix-huit et elle est la première. La première médaillée française de l’histoire du saut à ski féminin. La première du saut à ski tricolore. Tout simplement. Joli clin d’œil d’une petite nana aux grands yeux bleus à la plus ancienne discipline des Jeux olympiques d’hiver. De Chamonix où a eu lieu le premier concours olympique, aux Contamines, où elle a grandi, il y a quelques kilomètres de route de montagne et 90 ans d’attente.

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Les hommes-oiseaux ont été patients et obstinés. Difficile, en France, d’exister et de grandir à l’ombre des tremplins. Beaucoup se sont lancés. En parallèle, en V, les bras en avant ou bien collés au corps. Gilbert Poirot, pur produit des Vosges, avait porté le drapeau à Grenoble avant de terminer dixième sur les tremplins de Saint-Nizier. Un exploit pour l’époque. Steeve Delaup avait fini sixième à Albertville… et premier des parallèles. Maigre consolation. Didier Mollard, Nicolas Jean-Prost, Nicolas Dessum, d’autres encore, ont espéré un jour tendre le cou à la jolie breloque sans jamais poser leurs skis sur la ligne rouge.

Coline Mattel est médaillée olympique. Elle est retombée loin, a jeté un poing dans l’air brumeux du Caucase. Elle aurait préféré l’or mais ce bronze lui convient finalement.

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Il est peut-être écrit quelque part que le ski français se nourrit de ces histoires d’hommes et de femmes qui s’unissent dans des combats loin d’être gagnés d’avance.

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Celle des sauteuses en bleu est un parcours pour combattantes. Avec son profil effilé comme une dague, Jacques Gaillard en a vu d’autres. En 1968, chez lui, dans son Vercors, il était ouvreur pour les Jeux olympiques. Il a ensuite représenté la France en combiné nordique, à une époque où cela ne pouvait être qu’une passion pour un drôle de sport. Puis il est devenu entraîneur avec une conviction qui a permis à Fabrice Guy et Sylvain Guillaume de réussir leur doublé olympique d’Albertville. On les avait appelé le Commando pour Albertville, cinq presque mômes, deux entraîneurs, un toubib et des techniciens qui avaient décidé qu’ils lieraient leurs destins jusqu’au succès.

L’histoire de l’équipe de France féminine a des similitudes et un point commun : Jacques Gaillard. Il aurait pu s’assoupir dans une fin de carrière en pente douce, à pédaler sur les routes de son Vercors. Ces gamines l’ont touché, alors il a repiqué au jeu. Il y avait Caroline Espiau puis Coline. La Coupe du Monde n’existait pas. Les Championnats du Monde. La Fédération a joué le jeu. Un peu de moyens. Puis un peu plus.

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« Si on m’avait dit que je terminerai ma carrière avec des gamines », rigole-t-il parfois. Caroline, blessée, est partie. Restait Coline et Jacques. La gamine et le soixantenaire. Caboche contre caboche. Rigueur contre détermination. Avec des moments forts, des coups de gueule et une envie partagée de réussir. « Aujourd’hui, c’est un groupe. Il y a Coline, Léa, Julia. Frédéric Zoz qui fait un boulot énorme, Max Rémy, l’ostéo », glisse le coach.

Ensemble, ils y ont cru. Malgré une saison difficile et des sauts d’entraînement bien moyens. Mais Coline aime l’odeur du combat. Un premier saut de très haut niveau. Un second qui lui assure le podium. Médaille de bronze. Douce folie. L’avenir lui appartient. Jacques Gaillard a fini sa mission sur une touche de bronze.

Dans la salle de conférence de presse, elle répond à une dernière question. « Qu’auriez-vous envie de lui dire maintenant qu’il part ? » Elle hésite. Ses yeux se perdent vers l’horizon. « Merci. Merci pour tout… »

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Photos : Agence Zoom

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