Combiné nordique | Nicolas Vandel : « Tout le monde a bien encaissé les efforts »

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COMBINÉ NORDIQUE – En charge de la préparation physique des équipes de France de combiné nordique, le Jurassien Nicolas Vandel est l’invité de Nordic Magazine. Avec son regard d’expert, celui qui s’occupe l’hiver du groupe B, revient sur l’état des troupes à la sortie d’un gros stage collectif. 

 

En voyant les images des combinés tricolores les genoux à terre sur la piste de pumptrack de Méribel la semaine dernière, Nordic Magazine voulait savoir si le groupe mené par Etienne Gouy était en forme à la sortie de ce deuxième stage collectif passé dans son camp de base de Courchevel, non loin du tremplin du Praz qui n’accueillera malheureusement pas de Grand Prix d’été ce mois d’août.

Pour avoir la réponse à nos interrogations, nous avons contacté Nicolas Vandel, le préparateur physique des équipes de France et chargé, l’hiver venu, du groupe B avec Alex Villet. Il revient sur l’état physique des troupes, sa vision de l’entraînement, la coupe du monde féminine, ce qu’il veut apporter au groupe B et sur la suite de la programmation estivale. Instructif.

 

  • Vous sortez d’un gros stage passé principalement à Courchevel : comment s’est déroulé ce deuxième rassemblement collectif de l’été ?

On a beaucoup travaillé sur le saut, mais aussi la préparation physique. Les gars étaient globalement bien fatigués à la fin du stage mais c’est aussi ce que l’on cherche au niveau technique, c’est-à-dire le travail dans la fatigue pour ancrer des repères. Il n’y a pas de pépin, tout le monde a tout bien encaissé malgré la fatigue. Ça s’est plutôt bien passé.

 

  • Pendant cette semaine, plusieurs activités étaient au programme, notamment du roller sur le pumptrack de Méribel : quel était l’intérêt de cette pratique ?

Le cœur de l’entraînement, c’est principalement autour de l’aérobie et du saut à ski. Après, il y a quand même une grosse partie musculation en ce moment et, en complément à cela, on a commencé les intensités. Les rollers prenaient sens sur des notions d’équilibre et d’engagement. On a vu quelques chutes, mais c’était rigolo. Ils arrivaient à gérer pour ne pas trop se mettre en danger. Mais, de toute façon, on ne peut pas mettre des athlètes de haut niveau sous cloche, il faut bien qu’ils fassent les choses… Dans la foulée de cette séance de rollers sur le pumptrack de Méribel, ils ont monté le col de la Loze en ski-roues.

 

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Théo Rochat et Antoine Gérard

 

  • Quand vous avez retrouvé les combinés à la fin du mois de mai pour le premier stage, dans quel état physique étaient-ils après le confinement ?

Notre saison s’est terminée plus tôt que prévu [non pas à cause du coronavirus mais du manque de neige à Schonach, ndlr.] et, du coup, les athlètes ont repris plus tôt que d’habitude. Ils avaient tous un programme individualisé à partir de la mi-avril. Quand on a repris l’entraînement collectif, ils avaient quasiment un mois d’entraînement dans les jambes où ils ont repris toutes les thématiques avec des volumes plus faibles qu’à l’habitude et quelques différences de contenu. Ils en ont également profité pour travailler leurs points faibles pour pouvoir rattaquer dans de bonnes dispositions.

 

« La priorité reste au développement du saut à ski à partir duquel on construit la planification et la programmation du ski de fond »

 

  • À vous écouter, en cette fin du mois de juin, tous les combinés français sont en forme…

Il n’y a pas de bobos ni de pépins physiques. Tous les signaux sont au vert, même s’ils ne sont pas en forme optimale : ce n’est pas ce qu’on attend à cette période de l’année. On a fait un gros mois de juin : sur tous les indicateurs de forme qu’on a, tout est OK.

 

  • En tant que coach de la préparation physique, quelle est votre recette pour développer l’endurance sur les skis et la puissance au tremplin ? Cet équilibre est fondamental en combiné nordique…

C’est une bonne question mais, de toute façon, on ne peut pas s’entraîner exactement comme un sauteur et un fondeur spécial. En fait, on essaye de trouver un compromis entre les deux pour être plus ou moins à 50/50 dans l’entraînement. La priorité reste quand même au développement du saut à ski et, à partir de ce développement technique et physique, on construit la planification et la programmation du ski de fond. Sur le saut, tout est très spécifique alors que sur le ski, on est obligé d’aller à l’essentiel. Grosso modo, on fait beaucoup de séances d’aérobie puis on essaye d’être un peu plus fins sur les séances de renforcement musculaire où on ne peut pas trop se permettre de faire du volume. On insiste beaucoup sur le gainage dynamique et les petites astuces qu’on a pour prendre de la force sans prendre trop de volume.

 

Nicolas Vandel était auparavant farteur de l’équipe de France de combiné nordique

 

  • Vous êtes également entraîneur du FC Haut-Jura, équipe de football évoluant en Régionale 3 : y a-t-il des similitudes dans la préparation et la motivation des sportifs entre ces deux activités ?

C’est un cadre différent parce que c’est plutôt un cadre loisir pour le FC Haut-Jura mais il y quand même des similitudes. Pour le combiné nordique, nous sommes en train de former des jeunes en leur donnant les clés pour qu’ils grandissent par eux-mêmes. Sur le football, dans un cadre amateur, c’est la même chose. Ce sont des personnes qui n’ont pas forcément une pratique très régulière et on essaye, et c’est, pour moi, le lien avec le combiné, d’aller à l’essentiel et de faire des choses qui restent à la fois plaisantes et utiles. Ce sont aussi deux sports très techniques, ce qui est prioritaire à travailler.

 

« Léna Brocard a une belle capacité à encaisser les volumes de travail : elle n’est pas un frein pour le groupe »

 

  • L’hiver prochain, il y a l’apparition de la coupe du monde féminine avec, dans les rangs de l’équipe de France, Léna Brocard : sa présence dans le groupe change-t-elle quelque chose ?

Non, pas vraiment. En début d’année, elle avait intégré le groupe B, où j’interviens l’hiver, pour préparer les coupes continentales et les Mondiaux juniors, donc on l’avait déjà coachée même si son référant était Nicolas Martin. Ça se passait bien et, finalement, on le voit sur sa capacité à encaisser les volumes de travail, elle n’est pas un frein pour le groupe. On s’adapte un petit peu, mais c’est surtout elle qui le fait.

 

  • Comment voyez-vous cette coupe du monde féminine, enfin au programme après tant d’années d’attente ?

C’est un bon enclenchement même si je pense qu’ils ont un peu traîné avec les filles. L’hiver prochain, ça va être un peu hybride entre la coupe du monde, la coupe continentale et les juniors qui prépareront leurs Mondiaux. Concernant le niveau, il n’est pas encore homogène comme chez les garçons, mais il va vite monter et la densité suivra automatiquement.

 

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Léna Brocard – Jan Simon Schäfer

 

  • L’hiver, vous êtes en charge, avec Alex Villet, du groupe B où est notamment présent Gaël Blondeau, double médaillé aux Mondiaux juniors d’Oberwiesenthal en mars dernier : vous a-t-il surpris en Allemagne avec ses finish de folie ?

Ce n’est pas méchant, mais je me suis demandé comment il pouvait être aussi lent dans la vie et aussi rapide sur des skis [rires]. Son finish ne m’a pas surpris parce que mentalement il est fort et, en fin de course, ça se joue plus dans la tête que dans les jambes. Qu’il soit à ce niveau-là après une saison blanche à cause de ses genoux [il souffre d’un syndrome fémoro-patellaire comme il nous l’avait révélé dans une interview en mars dernier, ndlr.], ça a été surprenant. Après, il faut modérer parce qu’il y a quand même un niveau d’écart avec [Jens Luraas] Oftebro et [Johannes] Lamparter. La médaille aux Mondiaux juniors valide notre travail mais n’est pas une finalité. Le cap pour aller chez les grands est encore élevé.

 

« On a prévu de faire des formats compétitions entre nous »

 

  • Globalement, qu’attendez-vous du groupe B l’hiver prochain ?

Qu’ils continuent à s’aguerrir. L’an passée, on a beaucoup travaillé sur le mental pour casser, entre guillemets, les barrières pour qu’ils arrêtent de regarder les Norvégiens, les Allemands et qu’ils fassent les choses. On veut qu’ils continuent leur progression et qu’ils continuent à se prendre en main. Le but est de leur donner les outils pour qu’ils puissent être maîtres de leur projet. Mais ce n’est pas qu’une histoire d’âge, il y a aussi le niveau de maturité. Si un des jeunes doit monter en coupe du monde parce qu’il a le niveau, on ne va pas lui interdire.

 

COMBINE NORDIQUE - Celui qui a été des succès de la bande à Jason Lamy Chappuis jusqu’aux mondiaux de Falun, Etienne Gouy, reprend son poste de chef de l’équipe de France de combiné nordique. Il succède à Fred Baud.

Etienne Gouy (à droite) en discussion avec Nicolas Vandel (à gauche)

 

  • Concernant la programmation estivale, où en êtes-vous ? On sait déjà que la tournée des Grands prix d’été sera réduite…

Notre programme est déjà bien ficelé. Avec les Grands prix d’été qui ont été reportés avec beaucoup moins de dates, on a prévu de faire des formats compétitions entre nous en France. Le but est de continuer à travailler et de remplacer ces annulations par une période qui y ressemble en matière d’intensité sur le tremplin ou les ski-roues. On part 10 jours en stage à Courchevel dans deux semaines. On alterne, une semaine sur deux, entre Courchevel et Prémanon. Après, on est un peu limités parce qu’on ne peut pas partir à l’étranger où on cherche des changements de tremplins. Mais on s’adapte, ce n’est pas encore pénalisant et la situation est la même pour tous les athlètes du circuit.

 

  • Comment vous projetez-vous dans votre travail dans un contexte où le combiné nordique peine à exister médiatiquement en France, à la différence du biathlon ?

Honnêtement, je ne me pose pas la question. Le but du jeu est d’accompagner les athlètes, de les faire grandir et qu’ils soient les plus forts possible. La médiatisation française du ski en général reste faible… Après, il ne faut pas avoir un raisonnement seulement franco-français parce que le combiné nordique reste médiatique en Allemagne et en Autriche. C’est aussi à nous d’avoir des athlètes qui donnent envie aux gens de s’y intéresser : ça viendra par les résultats.

 

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Photos : Instagram Nicolas Vandel, Kento Osaka, Archives, Nordic Magazine et Jan Simon Schäfer.

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