Coraline Thomas-Hugue, ambitieuse et bagarreuse

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SKI DE FONDCoraline Thomas-Hugue, fondeuse de l’équipe de France, ressemble à son pays de Crevoux, dans les Alpes du Sud : discrète, mais bagarreuse. Ambitieuse aussi.

 

Timide et discrète Cora

Entre Crévoux (Hautes-Alpes) et sa championne, l’histoire d’amour dure depuis plus de quinze ans. C’est dans le creux du vallon de la Chalp que la gosse d’Embrun (Hautes-Alpes) a appris à faire ses gammes. Depuis, la fondeuse n’a jamais cessé de ramener médailles et victoires, et tout le secteur l’encourage dans chaque course. Pour qu’elle aille aux JO de Sotchi, la Communauté de communes de l’Embrunais a même financé un contrat qu’elle n’a hélas pas pu reconduire cette saison et, depuis deux ans, une piste porte son prénom. De son côté, la championne a contribué à la mise en place de La Coraline, une épreuve destinée aux scolaires doublée d’une édition populaire courue sur cinq distances : « Aller dans les écoles, donner envie, ça me plaît. Dès qu’on me sollicite, je dis oui ! »

 

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L’osmose entre la skieuse et le village est ancrée sur des valeurs communes, comme si un peu de la fougue du Crévoux qui dégringole du Parpaillon coulait dans ses veines. Marie-Jeanne Faure, maire de Crévoux, reconnaît bien là l’enfant du pays : « Coraline ressemble aux gens d’ici, tout en discrétion, mais elle se bagarre pour être la meilleure et elle a beaucoup contribué à faire connaître la station. » Et pourtant, la sociétaire du Ski-Club-les Orres-Crévoux-Embrun (SCOCE) se dit réservée : « Je n’ai jamais été très à l’aise pour répondre aux questions. Je suis plus dans les émotions. Moi, j’ai besoin de m’isoler chez moi, en jouant du piano. »

C’est vrai, à 31 ans, l’athlète qui pourrait presque faire figure d’ancêtre dans une équipe de France de fond réduite à deux athlètes (avec Anouk Faivre-Picon de Pontarlier) n’a jamais été sous les feux des projecteurs. Trop jeune pour aller aux JO de Turin en 2006, privée des JO de Vancouver en 2010 sur blessure, la vice-championne du monde espoir en 2007 a pourtant relevé la tête à chaque coup dur : « J’ai une bonne étoile, mais je n’ai jamais cessé de travailler. » Son obstination paye, aux JO de Sotchi en 2014, elle décroche une septième place sur 30 kilomètres skate et une quatrième place en relais.

Aujourd’hui, plus sûre d’elle que jamais, elle a le regard tourné vers les JO de PyeongChang en 2018 : « Je veux faire un podium et, ensuite, j’arrêterai. Je sais que je peux y arriver, mais je sais aussi que je peux ne jamais y parvenir. Quand je vois Martin [Fourcade] qui gagne tout, je me dis que moi aussi je pourrais, mais je n’y arrive pas… C’est frustrant ! » Et le parallèle avec le village s’impose. 543 habitants en 1831, à peine 130 aujourd’hui éparpillés sur quatre hameaux nichés dans un immense vallon à 1 600 mètres d’altitude. La route qui mène ici ne va nulle part, elle devient chemin pour monter au col du Parpaillon. Et encore, en été seulement. L’hiver, c’est le bout du monde. Mais quel bout du monde…

 

Crevoux, paradis du ski

La station de ski alpin inaugurée en 1937 par la femme de Léo Lagrange a su trouver les ressources pour enrayer une mort programmée. Et puis, depuis 1972 et le travail de la famille Roland, le nordique s’est imposé, le village a tout misé sur son label « France ski de fond », jusqu’à devenir le second site nordique des Hautes-Alpes. Un site unique, paradis du hors-piste et de la randonnée, dominé par l’Eyssina, l’arrête de la Ratelle, le Pic Saint-André et le Pic Chabrières, tous alignés entre 2 400 et 2 900 mètres. Et, petit détail, l’endroit affiche 300 jours de soleil par an…

 

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Voilà pourquoi Coraline, aînée de cinq enfants, se plaît ici : « Je n’irai jamais ailleurs. Après le ski, il y aura une autre vie, mon chéri est triathlète, je me vois bien le suivre. J’aimerais aussi donner un coup de main à mon club, ça me paraît naturel. » En attendant, la feuille de route est bien tracée, la saison 2015/2016, qui n’a aucun grand rendez-vous majeur au programme, va permettre à Coraline Hugue de se préparer sans stress sous l’œil bienveillant de son papa : « Cora nous a tellement fait plaisir… Je lui dis qu’elle n’a rien à prouver et qu’elle peut arrêter maintenant, mais elle n’abandonne pas. En fait, elle ne perd jamais : soit elle gagne, soit elle apprend ! »

Mais son métier, c’est… militaire. Depuis dix ans, elle a le statut privilégié de sportive détachée : « On a 100 % de notre temps pour s’entraîner et représenter l’armée et notre pays. » Au passage, elle a été 12 fois championne du monde militaire. Aujourd’hui, à 31 ans, elle sait que le temps lui est compté, mais elle s’est fixé un objectif ultime : « Je suis à ma maturité physique et je sais que j’ai encore des choses à aller chercher. Je vise un podium aux JO de PyeongChang. Cette médaille, je la veux ! »

 

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Portrait paru dans Nordic Magazine #17

 

Photos : Archives et Nordic Magazine.

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