Course d’orientation : mais qui êtes-vous, François Gonon ?

 Le Jurassien champion du monde de course d’orientation  avec le relais français présente sa discipline à l’occasion des mondiaux qui ont débuté aujourd’hui à Lausanne. Le Français ne court pas le sprint aujourd’hui (ce qui était prévu), ni la longue distance. « J’ai pris cette décision il y deux semaines suite à nos derniers tests sur les terrains, précise-t-il ce matin à Nordic Magazine. Mes deux priorités sont le relais (Lausanne, samedi 21) et la moyenne distance (Saint-George, lundi 16 et la Givrine mardi 17). Je préfère mettre toutes les chances de mon côté pour ces deux courses. »

 

 

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«Mieux vaut marcher dans la bonne direction que courir dans la mauvaise », aime à répéter François Gonon. À 33 ans, ce Jurassien d’adoption qui habite à Lamoura vit pour la course d’orientation.

Depuis vingt ans sous les couleurs de l’équipe de France, il sera l’une des valeurs sûres des prochains championnats du monde de Lausanne (lire page 62). Il se fait, pour Nordic Magazine, l’ambassadeur de son sport adoré en Scandinavie et en Suisse allemande.

Cette pratique est le plus nordique des sports d’été, considère ce sportif de haut niveau qui vit une partie de l’année en Suède, où il est licencié à l’IFK Göteborg. « Beaucoup d’orienteurs européens comptant parmi les meilleurs mondiaux ont un club en Scandinavie, explique-t-il. Là-bas, c’est le sport numéro deux après le ski de fond. En Suède, il arrive que les gens nous reconnaissent dans la rue, ça change de l’anonymat du Jura ! »

La course d’orientation (ou CO) est née en même temps que les clubs de ski de cette région septentrionale dans les années 1890 : « Les fondeurs ont toujours fait de la CO en été. En Suède, Norvège ou Finlande, la culture de l’outdoor, du “vivre dehors” est ultra-développée. Du coup, peu importe le temps qu’il fait, les gamins sont dehors et la CO est un merveilleux moyen de se défouler intelligemment en extérieur. »

Culture de l’outdoor”

Pour illustrer l’ampleur de la pratique dans ce joli coin du globe, il suffit d’annoncer quelques chiffres : la Jukola, en Finlande, rassemble chaque été 20 000 coureurs ; la Tio Mila en Suède, 15 000 pratiquants, toutes deux sont des épreuves de relais qui représente le Graal, LA course à gagner pour les orienteurs…

Et François Gonon, « pur produit de la formation fédérale » qui a gravi les échelons des équipes de France aux côtés de son voisin et meilleur ami de Saint-Étienne, le multiple champion du monde Thierry Georgiou, n’a pas échappé à cet attrait du grand nord. « Pour préparer les mondiaux de Trondheim en Norvège, nous avons, ma copine et moi, passé l’année 2010 sur place pour découvrir le type de terrains, appréhender au mieux à quoi ressembleraient les parcours des compétitions… », raconte-il.

Car le coureur d’orientation… court après les différents terrains d’entraînement. C’est même tout ce qui fait le sel de ce sport : « Le côté technique est ultra-important. Comme au biathlon auquel on compare parfois la CO, la moindre erreur technique se paie cash lors d’une compétition. Et pour progresser, nous devons toujours chercher le terrain d’entraînement qui ressemble aux terrains des mondiaux organisés annuellement. »

Tourbières  scandinaves”

Du coup, en 20 ans de carrière auréolée de trois médailles mondiales individuelles et d’un titre planétaire décroché l’été dernier, François Gonon en a vu du pays… et foulé des sols ô combien spécifiques que ce soit « les myrtilles et les tourbières tendres de Scandinavie, les microreliefs techniques du Jura, les dunes de Bordeaux, les ravines de Sisteron, les layons de la Tourraine, les Alpes et ses lapiaz… Un orienteur doit savoir courir partout, sur tous les terrains. »

Car en course d’orientation, il faut oublier les sentiers ! Le pratiquant évolue boussole sur le pouce et carte à la main pour trouver les “postes” (ou balises) du parcours qui oscille entre courte, moyenne et longue distances. « Un tiers de mon activité se déroule devant mon bureau à analyser les cartes des futurs mondiaux. C’est un travail invisible ultra-important pour se mettre le relief dans la tête. L’imprimer et l’imaginer… », souligne le lieutenant Gonon, en contrat avec la gendarmerie française.

Depuis un an déjà, les cartes des secteurs de la Givrine et du bas de Lausanne ont fleuri sur les murs de son bureau. «À force de les regarder, elles sont imprimées dans mon cerveau ».  Mais pour découvrir les vraies cartes de la compétition, il lui faudra attendre le jour J de la compétition et même le seconde où son départ individuel sera donné !

Or, ce jour J est arrivé en ce 14 juillet.