Couscous rocket : ce Marocain qui rêve de fond à Pyeonchang

SKI DE FOND – A 39 ans, Samir Azzimani travaille pour relever un sacré défi : se qualifier et disputer le 15 km libre des Jeux olympiques de Pyeonchang (voire le sprint). Il se prépare en Savoie pour réaliser un enchaînement inédit après Vancouver 2010 en alpin ! Rencontre avec celui que ses amis ont baptisé « Couscous rocket ».

 

 

Samir Azzimani, vous êtes un Marocain de 39 ans et rêvez de participer aux Jeux olympiques de Pyeonchang en ski de fond l’année prochaine. Comment est né ce rêve ?

Ici je parlerais plutôt de défi qui est venu par hasard sans que je m’y attende. Un peu comme quand vous rencontrez l’âme soeur que je n’ai d’ailleurs toujours pas trouvée et ce n’est pas un appel 🙂 Alors que je voulais me préparer physiquement pour les JO de Sochi en ski alpin j’ai pratiqué par hasard le ski de fond car c’était la seule discipline qui me permettait à ce moment là de pouvoir travailler le cardio et ma perte de poids. Par la suite pour diverses raisons et malgré de bons résultats en FIS alpin cette même année (2013) j’ai décidé de lacher l’alpin au bénéfice de ce projet un peu fou de me qualifier en fond.

 

Concrètement, vous vous préparez désormais à Mouthe où vous trouvez un superbe terrain d’entrainement. Comment vous préparez-vous pour ce grand défi ?

Il y a quelques années je m’entrainais ici et là avec des amis et des coachs qui prenaient le temps de m’encadrer. Mais en général j’évoluais seul. Après avoir découvert le ski-roues que j’ai commencé à pratiquer sur un parking de ma ville, je m’étais dit pourquoi ne pas faire un truc fou, skier sur les routes du Maroc. Je n’avais pas le choix j’avais pris un retard technique considérable qu’il fallait que je rattrape, et il y avait mon corps de skieur alpin que je devais transformer. On m’a prit pour un malade mais après 5 semaines de route j’ai pu raccorder le Nord-Est du Maroc qu’est Oujda au Sud à Laayoun capitale du Sahara marocain, après un périple de 1700 km.

 

Sur les routes du Maroc en ski-roues.

Aujourd’hui tout est différent, je suis suivi par un coach de Mouthe, Yves Maréchal hyper motivé et engagé, prêt a relever le défi. Mais il est dur sur l’exigence sportive. Pour moi c’est un peu le Philippe Lucas du ski. Son programme d’entrainement est assez chargé et pour moi qui possède le mental et le physique d’un skieur alpin la transformation a été rude et douloureuse.

Les sites où je skie sont assez variés. Cet automne c’était dans les environs de Mouthe que je skiais. J’avais profité de la semaine de neige qui est vite repartie, pour enchainer sur le ski-roues pendant deux semaines. Puis grâce à la solidarité de mes amis savoyards et au soutien du monde du ski j’ai pu aller skier sur Bessans en logeant tantôt au CIS ou à l’UCPA de Val Cenis lorsque les combes Jurassiennes n’avaient plus de neige. Presque tous les jours (quand je n’étais pas malade) pendant trois semaines je faisais des allers retours entre Val Cenis et Bessans, pour enchaîner en moyenne 3h à 4h de ski pour souvent finir à la frontale et surtout sur les rotules. J’ai pu d’ailleurs terminer cette période d’entrainement sur ma première course populaire avec le Marathon de Bessans. Jamais dans une course j’ai vu une telle ambiance. Chaleureuse et ampli de gens qui sont là pour l’amour du sport et du défi sportif.

 

 

Yves Maréchal, mon coach, est un peu le Philippe Lucas du ski

 

 

Comment est perçue votre aventure dans votre pays d’origine ?

Au Maroc quand on parle de sport on parle de football, du Barça ou Madrid le reste c’est du loisir et comme le dis si bien notre Gad international :« là-bas le ski c’est pas le sport national… ».

Mais en ce qui me concerne lorsque j’ai l’occasion de partager ma passion avec des personnes croisées dans un train, un café ou même un avion, le regard reste le même : celui de Marocains fiers et enthousiastes à l’idée de voir qu’il existe des skieurs marocains qui les représentent à l’étranger. Sans compter que depuis un peu plus d’un an, le un nouveau bureau exécutif de la Fédération Royale Marocaine de Ski (FRMSM) commence à récolter le fruit de son travail. Mais vous savez, faire bouger le sport au Maroc n’est pas chose aisée, et seul le temps nous dira si cette nouvelle équipe y sera parvenu.

 

Avec son entraîneur, le Meuthiard Yves Maréchal.

 

Avez-vous des soutiens ?

Mon plus grand soutien reste ma mère qui arrive à supporter tant bien que mal les projets fous de son fils ainé. Mais paradoxalement c’est la personne la plus hostile à ce projet. Sinon comme je l’ai dit plus haut j’ai pas mal de soutien dans les stations de haute maurienne (Val Cenis-Bessans). Mais il faut le dire, à l’heure ou je vous parle c’est sans contexte le coach Yves Maréchal qui me soutient le plus. Sans lui je crois que les choses seraient beaucoup plus compliquées en termes de résultat sportif. Pour le matériel j’ai Salomon qui m’équipe et Loffler.

Pour payer mes déplacements et le reste, j’ai lancé une cagnotte participative (voir ICI) que mes amis ont alimentée en partie. On est encore assez loin des 10 000 € nécessaires pour parvenir à des résultats mais on avance avec ce qu’on a.

Quant à mes institutions sportives marocaines, je n’ai pour l’instant reçu que 2 000€ des 25 000€ nécessaires pour une saison. Et ce n’est pas cher payé, quand on sait que j’ai volontairement refusé de travailler sur plusieurs mois et les vacances de Noël (comme moniteur de ski) dans le but de me consacrer à mes entrainements…

Donc ça reste difficile… alors je compte sur cette cagnotte participative pour soutenir l’aventure. En échange et grâce à leur don, j’offre aux donateurs la possibilité de venir à une conférence où leur don sera leur ticket d’entrée. Et si rien n’arrive pour les prochaines vacances de fevrier je ne pourrai pas faire comme à Noël. J’irai donc enseigner dans une école de ski à Mouthe avec le coach, pour ensuite m’entrainer le soir a la frontale. Il faut bien renflouer les caisses d’une manière ou d’une autre.

 

 

Quels résultats sportifs devez-vous réussir pour décrocher votre ticket olympique ?

Je dois impérativement obtenir une moyenne de 5 courses en dessous de 300 points FIS. Pour vous donner un ordre d’idée cela représente d’être à environ 6 à 7 minutes du premier sur une course internationale FIS de 10km.

 

 

Votre rêve rappelle celui de l’Algérien Nourredine Bentoumi qui a fait les Jeux de Turin en 2006 et dont l’histoire est relayée par le film “Good luck Algéria”. Vous-a-t-il inspiré ?

Je suis désolé de ne pas connaitre ce coureur, et je n’ai jamais vu le film, mais j’ai prévu de le voir. Cependant ceux qui m’ont inspiré sont plutôt des olympiens comme Lamine Gueye le skieur sénégalais qui a descendu la face de Bellevarde ou encore le film Rasta Rocket. Dernièrement j’ai aussi vu le film Eddy the eagle qui m’a donné des ailes. Il semblerait aussi d’après mes amis qui ont vu le film et qui m’ont appelé pour me demander si c’était mon histoire, qu’en plus de l’histoire du skieur, le réalisateur se soit inspiré de la mienne en nommant son héros « Samir » … fruit du pur hasard ou est-ce moi qui ait inspiré le scénariste ?… je ne le saurai peut être jamais. Mais une chose est sure, j’admire ces athlètes qui se lancent des défis. 

 

 

Les Jeux Olympiques pour un sportif c’est comme le prix Nobel

 

 

Vous êtes conscient de l’intérêt que vous pouvez susciter avec votre page Facebook baptisée “Couscous rocket” en hommage là aussi à ce film relatant l’histoire de l’équipe de Jamaïque en bobsleigh ! L’humour est aussi un outil pour avancer dans votre rêve ?

Couscous Rocket n’est pas un titre que je me suis donné. Il est le surnom que j’ai reçu lorsque je m’entrainais dans la salle de muscu du stade Yves du Manoir à Colombes. On me cherchait un surnom… et ils (mes potes d’alors) avaient trouvé que couscous ça faisait bien. Je trouve ça drôle et oui l’auto dérision et l’humour font partie de moi. Ils permettent de casser la morosité surtout quand on sait tout ce qu’il se passe dans le monde… Rions plus pour mourir moins triste.

 

 

Quels sont les freins que vous rencontrez ?

Mes freins sont essentiellement financiers comme pour beaucoup j’imagine, mais pas que. Il y a encore des restes de cette mentalité de skieur alpin qui me handicapent. Par exemple lorsque j’attaque les bosses ou que je suis en semaine de récupération, j’ai toujours besoin de mettre un coup d’accélérateur alors qu’il ne faut pas. C’est assez handicapant pour moi car il est vrai qu’arrivé en haut d’une bosse il n’y a plus personne ou presque…

 

 

Les Jeux, vous connaissez puisque vous avez été le seul Marocain aligné à Vancouver, en 2010. C’était alors en ski de descente. Quels souvenirs gardez-vous des épreuves mais aussi de la magie olympique ?

Les Jeux Olympiques pour un sportif c’est comme le prix Nobel. Et lorsqu’on marche drapeau à la main et que l’on s’aperçoit que le rêve est là et réel, on a un mélange assez étrange de sentiments. La Fierté, l’émotion, la joie et cette folle énergie de vouloir crier tout haut qu’on y est arrivé vous transcendent.

Bref ça c’était pour la cérémonie. Pour la course c’est simple, j’ai fait la plus belle descente de ma vie et si j’avais pas fait cette grosse erreur à la cassure du milieu de slalom je suis quasi persuadé que j’aurai fini dans les trente meilleurs. Et pour la petite histoire, Didier Schmidt mon coach d’alors avait failli avoir une crise cardiaque car jamais il ne m’avait vu prendre un tel départ… Et cette sensation je l’aurai toute ma vie je pense.

 

Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Vancouver en 2010.

 

1 Comment

  1. adam

    03/02/2017 à 2 h 28 min

    Couscous Rocket ? No comment !

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