Dimanche, le jour des Seigneurs

15h30, l’information tombe, la mass-start du biathlon est reportée. Le brouillard est sur Sochi. Impossible de tirer.

On pourrait pester sur ce report, se dire que la fête est sur le point d’être gâchée. J’ai plutôt le sentiment inverse. Ce contretemps est certes fâcheux, mais ce n’est pas un caprice de la nature qui va perturber la marche en avant de nos trois biathlètes. Nous aurons tout loisir de vibrer à leurs exploits le moment venu.

Ce contretemps a une vertu, il va nous permettre de revenir sur l’ENORMISSIME performance des « forains » (surnom donné aux 4 garçons du relais 4X10km, ndlr). Sans ce report, leur exploit aurait peut-être été quelque peu escamoté par une victoire de Martin Fourcade (tant espérée).

 

Alors regardons dans le rétro de la journée. Ce dimanche commence plutôt comme les jours précédents. Un peu décevant, il faut bien le dire. En Super-G, le clan Français tente de nous tirer de notre torpeur matinale, mais les garçons ont du mal à nous secouer.

A l’heure du café matinal, arrive le tour des filles du boarder-cross. Ce sport est télévisé une fois tous les quatre ans. Il faut se remettre dans le bain pour comprendre les règles. On est attentif aux commentaires du consultant. La tâche est facilitée par la présence des Françaises. Les manches de qualifications se passent bien, les 1/4 de finale nous laissent de l’espoir, les 1/2 confirment la tendance. La finale débute, les filles sont douées, elles impressionnent… mais la Française est distancée. Devant nos écrans, on peste, on se dit que ces Jeux sont bien difficiles pour nos bleu(e)s, une médaille en chocolat va encore être de mise !

A l’arrivée, le commentateur nous sort de notre déception, son œil acéré a repéré la chasuble de notre championne en 3ème position, on n’ose pas y croire. Les images confirment l’information ! Chloé Trespeuch est médaille de bronze. Déborah Anthonioz, sa camarade est aux anges « c’est Ouf ! », « C’est trop cool pour Chloé »… On est d’accord et on partage leur joie ! Inespérée et tellement sympa cette cinquième médaille Française ! On en est certain, c’est un bon présage pour la suite de ce dimanche.

Sochi-relais

Alors qu’on nous sert une rediffusion des événements de la veille et l’inévitable page de publicité, le relais 4X10km s’est élancé. Heureusement, Internet vient palier le manque de direct TV et c’est l’écran d’ordinateur qui offre les premières images d’un Jean-Marc Gaillard déterminé à rester au contact des meilleures nations. Et si les garçons rééditaient la performance des filles du relais ? On se plait à y croire… Puis vient la chute, le bâton cassé… la crainte de passer à côté d’un exploit. Tout de suite, Manu Jonier dépanne, JeanJean ne se déconcentre pas, il « croque les bonhommes devant lui » (sic), recolle au groupe de tête… C’est bon tout ça… Manifestement, la glisse est bonne, Fabrice Guy, venu en renfort des commentateurs confirme « ils ont des fusées sous les pieds ».

Devant les écrans, on ne tient plus en place. Maurice Manificat s’élance en 3e position avec seulement 9’’ de retard. On commence à se raidir dans le fauteuil, on a les muscles tendus comme si on voulait lui donner un peu de notre énergie. Tout de suite, il recolle. Les kilomètres défilent, la caméra devient intrusive, on découvre son visage défait, son rictus de douleur. C’est terrible, on a mal pour lui. Il s’accroche, telle une sangsue et finit par lancer Robin Duvillard. Notre chroniqueur (*) va avoir de la matière pour son prochain papier, il fait mieux que résister et pourtant la meute des poursuivants est à ses trousses. Le retour de Legkov ne le perturbe pas, bien au contraire. Son copain Momo confirme que le « matos est super », mais que « le chocolat, on en a assez mangé ». On acquiesce, on ne veut pas de cette quatrième place. A voir la détermination des garçons, on est confiant. Les GO, GO, GO fusent le long de la piste et devant les téléviseurs.

Dernier relais, la mission est terrible pour le dernier relayeur de l’équipe. Les images rassurent, il semble motivé et concentré comme jamais. Robin Duvillard confirme au micro « Ivan, c’est un petit volcan ». Vylegzhanin, le Russe s’est élancé à ses côtés. Les deux compères, à défaut de faire cause commune, font course commune, maintenant à distance l’Italie et l’épouvantail Norvégien, Northug. Devant nos écrans, on trépigne, on se surprend à pousser sur les accoudoirs du fauteuil, on est tendu comme des arcs, les reins cambrés… C’est insoutenable. Puis vient l’emballage final, Ivan suit à la lettre les conseils de son entraîneur (dixit Vincent Jacquinot venu en cabine commentateur), il sait qu’un sprint ne lui serait pas favorable. Alors, il attaque. Le Russe résiste, s’accroche, serre les dents et finit par user le Français.

Devant les plus hautes autorités de son pays, il décroche la médaille d’argent. VanVan termine dans son sillage. La médaille est là. Les copains aussi. Dans une effusion de congratulations les quatre « forains » partagent leur bonheur. Franchement nous ne boudons pas le nôtre. Bravo, Ils peuvent revêtir leurs plus beaux habits. Nous sommes dimanche, le jour des seigneurs.

 

*Le RDV de Robin chaque lundi soir sur www.nordicmag

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.