Etienne Daille : « La pratique que j’ai en kayak s’éloigne du nordique »

 

 

 

 

Vous êtes né à Prague, mais êtes originaire de l’Ain. Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis né à Prague en 1989 d’un père français et d’une mère tchèque. Ils se sont rencontrés sur le circuit international quand ils étaient athlètes. J’ai passé presque toute mon enfance dans l’Ain, puisqu’à l’école maternelle j’étais déjà à Poncin. Je suis resté scolarisé à Poncin jusqu’au collège. Je prends ma licence au Ski-Club de Lompnes situé à 30 minutes de chez moi. Les premières années (benjamin, minime, cadet 1), ma saison sportive était vraiment divisé en deux parties (le ski l’hiver et le kayak l’été). À cette époque, je m’investissais autant dans les deux activités (fond et kayak). 

En ski, j’étais présent sur presque toutes les courses que je pouvais faire (course locale, championnat du comité, quelques courses du circuit national, sans oublie l’UNSS). 

 

Quand avez-vous fait votre choix ?

Je pense que la donne changé lors de l’été 2004. Je réalise mes premiers championnats de France en kayak de slalom en cadet et je termine seulement vers la 20e place, alors que j’avais fait une bonne course ! Deux semaines après, les yeux rivés sur la télé pour regarder les JO de 2004 à Athènes, j’assiste à la victoire exceptionnelle de deux Français en slalom (Estanguet en C1 et Benoît Pechier en K1). Et en plus, l’un des deux était de Rhône-Alpes ! Je crois que c’est à partir de ce moment-là que progressivement mon entraînement était de plus en plus orienté vers le kayak. J’avais commencé le BE ski nordique, mais je n’ai jamais eu le temps de m’inscrire au 1er cycle… Aujourd’hui, je fais un gros cycle de ski de fond généralement de trois semaines au mois de décembre avant de partir début janvier délocalisé mon entraînement dans un pays chaud pour un mois et demi (Australie, Afrique du Sud).

 

On se rappelle aussi de Sylvain Curinier, de Jean-Yves Cheutin qui vous accompagne pôle d’entraînement national de Pau. Les montagnes du Jura sont-elle un bon terrain de jeu en canoë-kayak ?

Oui, les rivières du Jura sont un bon terrain de jeu pour la pratique du kayak, mais surtout pour la pratique de l’eau vive (haute rivière) et un peu moins pour le slalom. En revanche, ce qui fait la force du Jura, c’est la possibilité sans limite de pratiquer tous les activités physiques de nature dans les meilleures conditions possible : VTT, ski, kayak, course d’orientation, escalade, canyoning, spéléo, course à pied…

 

Pourquoi, dès lors, faut-il s’exiler dans les Pyrénées si l’on veut évoluer en haut niveau ?

Pourquoi Pau ? C’est très simple : c’est simplement parce que les sélections en équipe de France s’y déroulent chaque année depuis 4 ans. Alors pour augmenter ses chances, il vaut mieux s’y entraîner… C’est la ville de Tony Estanguet. En 2008, un nouveau stade d’eau vive artificielle y est construit de standard international. En 2009, la FFCK me propose de rejoindre le pôle France d’excellence de Pau (ancien nom : pôle Élite) ; je n’hésite pas une seconde…

 

Le kayakiste que vous êtes évolue aussi avec aisance sur les skis de fond. Vous êtes d’ailleurs un champion de ski d’orientation. Quels sont les poins communs entre les deux sports ?

Un point commun ? Je dirai surtout au niveau mental… En kayak de slalom, la pratique sur le stade de compétition est possible les jours précédents, mais le tracé (balisé par des portes) est dévoilé seulement la veille. La reconnaissance motrice du parcours n’est pas autorisée, mais seulement la reconnaissance visuelle de la berge. Tout ça pour en revenir au rapprochement avec l’orientation à ski : dans les deux cas il s’agit de créer un projet de trajectoire en se basant uniquement sur des observations de terrain (et aussi de la carte en ski d’orientation). 

Et c’est à ce moment-là que le rapprochement entre les deux disciplines est le plus important. On ne sait pas si on a choisi la meilleure solution (de trajectoire, de chemin…), on ne le saura qu’après la course finalement. Il faut donc être capable de s’adapter au dernier moment au terrain d’évolution, et également ne pas confondre vitesse et précipitation pour rester sur la bonne trajectoire…

 

 

Selon vous, le kayak est-il un sport nordique, comme peuvent l’être le ski de fond et la course d’orientation ?

Malheureusement, la pratique que j’ai en kayak (le slalom) s’éloigne de plus en plus ce côté pratique de nature… Les coupes du monde sur les rivières naturelles sont de plus en plus rares. La discipline se tourne de plus en plus vers une pratique sur des rivières artificielles. 

 

Vous êtes sélectionné pour les JO de Londres. Quel est le programme d’ici là ?

Cette semaine repos dans l’Ain ! Quoique vu les sollicitations que j’ai, ce n’est pas de tout repos. Mais il est impensable que je finisse la semaine sans avoir skié au moins une fois. Je n’ai pas skié depuis le tout début janvier ; je n’en peux plus ; l’envie est énorme… Il ne reste plus qu’à trouver de la neige.

Puis, dimanche, direction Londres : je réalise 3 stages de suite du lundi au jeudi les 3 semaines qui arrivent (retour en France chaque vendredi). Ensuite, le championnat d’Europe mi-mai en Allemagne. De nouveau un stage, mais plus long à Londres. Puis normalement deux coupes du monde en juin (dont une à Pau). Puis pratiquement tout le mois de juillet à Londres.