Exclusif : le Jurassien Philippe Bourgine raconte le Népal de Dawa Sherpa

Il est des Jurassiens globe-trotters, des Jurassiens qui aiment les paysages extrêmes et les aventures humaines. Le Champagnolais Philippe Bourgine est de ceux-là. Il rentre à peine du Népal où il vient de suivre, en « spectateur engagé », le premier Trail des 3 vallées que vient de créer Dawa Dachhiri Sherpa. Une épreuve qui accumule les superlatifs. A Nordic Magazine, il confie ses impressions et livre ses plus beaux souvenirs.


Notre photo : le drapeau Made in Jura, au point culminant de l’épreuve à 5100 m (Larkya Pass).

On connaît Dawa Sherpa trailer. On sait que c’est un champion. Que pouvez-vous nous dire du Dawa Sherpa créateur du Trail des 3 vallées au Népal ?

Dawa Dachhiri Sherpa, que je connais bien maintenant car je m’occupe de son site web, utilise sa notoriété pour créer des trails en Asie comme les Volcans de l’Extrême (2e édition ce mois de mai), et plus particulièrement dans son pays d’origine le Népal. En effet, fort de son expérience dans l’organisation du Solukhumbu Trail (5e édition cette année), il se place en véritable organisateur et créé le premier Trail des Trois Vallées, un long parcours de 360 km, exigeant, qui traverse trois grandes régions du Népal que sont le Langtang, le Ganesh Himal, et le Manaslu.

Dawa Sherpa était sur ses terres. On l’imagine volontiers bon ambassadeur. Quel message, au final, croyez-vous qu’il a voulu transmettre ?

En véritable spécialiste de ce genre d’épreuve, avec l’expérience qu’il a – il a presque remporté tous les trails de longue distance ici en Europe – il avait à cœur de faire découvrir le Népal aux coureurs européens, en offrant la possibilité, à chaque fois, aux coureurs népalais de participer.

Il permet ainsi à ces coureurs népalais, avec peu de moyens, de se mesurer aux meilleurs trailers européens dans une ambiance de concurrence saine, montrant du même coup qu’il est possible d’exercer une activité sportive de pleine nature au Népal sans dépenser trop d’argent. Courir est un sport facilement abordable pour un Népalais, dit-il, et l’icône “Dawa Sherpa”, qui a une dimension internationale, sert d’exemple dans ce contexte.

Capture d’écran 2012-05-02 à 06.53.02Vous avez parcouru le Langtang, le Ganesh Himal et le Manaslu. Que pouvez-vous nous dire de ces trois régions népalaises ?

En ce qui concerne l’épreuve elle-même, elle traverse des paysages tout aussi magnifiques que variés, passant des régions de basse altitude avec ses cultures en terrasses et ses forêts de rhododendrons géants, aux cols d’altitude les plus hauts avec un point culminant à 5100 m sur le Tour du Manaslu, dans une ambiance de haute montagne où l’oxygène devient rare. Les contrastes sont énormes entre les basses vallées et la haute montagne ; les populations changent entre les villages népalais et les baraques de réfugiés tibétains qui habitent à des altitudes dépassant les 4000 m. Les températures varient de 30°C à -10°c entre le jour et la nuit, et entre les premières étapes et les passages montagneux. C’est cette diversité que les concurrents sont venus chercher ici, la dureté de l’épreuve, accentuée par la diversité des conditions climatiques et météorologiques. Et tout le monde y a trouvé son compte, parfois même dans la douleur, mais avec une vive émotion qu’ils rapportent de ce voyage exceptionnel.

360 km et 20 000 mètres D+ : qui a remporté le défi ?

Capture-d-ecran-2012-05-02-a-06.59.44.pngSur une telle épreuve, malgré tout, les coureurs népalais sont rois, ils n’ont aucun rival européen, même si dans les premières étapes ils se font chahuter par les meilleurs coureurs européens. Ils semblent connaître par cœur les kilomètres de sentiers, et ne l’oublions pas, ils sont dotés d’une constitution physique qui leur permet de s’acclimater beaucoup mieux à la raréfaction de l’oxygène dans les hautes altitudes.

Le classement général montre bien, une fois de plus, cette domination népalaise, avec les deux premiers hommes et les deux premières femmes de chaque classement. Les coureurs européens doivent se contenter le la troisième place (Thibaut Clerc et Pascale Plantié).

Les trois premiers hommes :

Karma Lama (Népal) en 46:00:30

Kalden Sherpa (Népal) en 49:51:37

Clerc Thibaut (France) en 52:27:26

Les trois premières femmes :

Chechee Sherpa(Népal) en 55:10:14

Dolma Sherpa (Népal) en 57:05:09

Plantié Pascale (France) en 63:03:33

Le classement complet en cliquant ici.

Capture-d-ecran-2012-05-02-a-06.56.29.pngVous étiez, en quelque sorte, un spectateur engagé. Quelle émotion ressentie par l’un des concurrents de l’extrême  vous a le plus touché ?

Pour ma part, j’étais en effet un spectateur engagé (puisque je devais être partout sur la course pour filmer les coureurs) mais aussi privilégié car je profitais à la fois des multiples paysages et du passage de chacun d’eux sur plusieurs points et à chaque étape. Les diverses émotions ressenties par les coureurs se lisaient sur leur visage à chaque passage à ma hauteur, leurs sourires et parfois leurs larmes en disaient long.

Par exemple, la joie vive du coureur Roumain (Tudo Butu) en passant le premier col à 4600 m, le Laurebina Pass, après des heures de montée dans le froid et la neige, m’a beaucoup touchée. Je le revois lever les mains en l’air en criant : “yessss !!!”, comme s’il voulait partager une délivrance. Ou encore l’impression de voler que donnaient les plus habiles dans les longues et interminables descentes : je me suis parfois pris au jeu avec les Népalaises (Dolma Sherpa et Chechee Sherpa) en essayant de les suivre dans les descentes empierrées, ou encore dans les sous-bois jonchés de racines géantes. C’était grisant, et je sentais, pour quelques instants, le bonheur qu’elles pouvaient ressentir dans ces moment-là, bondissant de droite à gauche avec une déconcertante facilité.

Qu’avez-vous ressenti, au terme de la 12e étape, quand vous êtes arrivé à Besi Sahar ?

L’arrivé à Besi Sahar représentait pour l’ensemble des coureurs le terme d’une aventure hors du commun, au-delà
d’une simple course où le chronomètre n’avait finalement pas beaucoup d’importance au regard de toutes les émotions vécues et de l’expérience partagée au sein du petit groupe. Pour ma part, j’étais ravi d’avoir pu m’immiscer dans la course, au milieu de ces sportifs qui ont parfaitement joué le jeu de la transparence en me confiant chaque jour leurs émotions et leurs sensations, que j’ai pu enregistrer dans ma caméra vidéo. Je vais pouvoir maintenant réaliser un reportage où je m’efforcerai de les faire ressortir au mieux, pour le plus grand bonheur des spectateurs et des intéressés eux-mêmes.

 

Je vais tenter le Shisha Pangma (8 013 m)”


Capture-d-ecran-2012-05-02-a-06.57.47.pngLe Népal a-t-il changé depuis votre premier séjour ?

Le Népal n’a pas changé, il est et restera le même pendant encore des décennies à mon sens. Les cultures et traditions, les religions ont toujours une très grande place dans ce pays, et c’est toujours un bonheur de parcourir ces régions reculées où les gens vivent le plus simplement du monde, avec un cœur énorme et une curiosité toute naturelle. Pour ma part, je ressens une sérénité que je n’ai pas trouvée ailleurs, et c’est sans doute aussi pour cela que j’y suis déjà allé six fois, avec la certitude d’y retourner. D’ailleurs, je projette de repartir en expédition en automne prochain, cette fois côté Tibet, pour tenter un haut sommet à skis, la Shisha Pangma (8013 m).

Trekking, VTT, course en montagne expéditions… Qu’est-ce que le sport apporte dans la connaissance d’une contrée ?

Capture-d-ecran-2012-05-02-a-06.58.43.pngLes différents sports que j’ai pu pratiquer dans ce pays (trekking, VTT, course en montagne, ou expéditions) sont autant de prétextes pour découvrir un pays en pratiquant ses activités favorites, et ils ont tous en commun la particularité d’attirer les regards et la curiosité des populations locales, favorisant du même coup le rapprochement avec elles, comme pour mieux les connaître. Ils sont aussi le moyen de parcourir plus de terrain en un temps plus réduit, en permettant de pénétrer dans des régions difficiles d’accès où l’authenticité n’a aucune commune mesure avec celle des lieux touristiques. C’est aussi ce que je recherche dans ce type de voyage.

Au final, si vous ne deviez retenir qu’une rencontre, ne vous souvenir que d’un seul regard, quelle serait-elle, quel serait-il ?

Un regard qui m’a touché et ému, c’est celui d’un enfant du village de réfugiés tibétains de Samdo, perché à 3800 m d’altitude, collé à la frontière entre le Népal et la Chine (Tibet). Il est venu vers moi spontanément, me demandant de le photographier comme s’il m’avait reconnu après mon passage dans ce même village en novembre 2008.

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