Exclusif : reportage dans les coulisses du pas de tir durant le relais

Que se passe-t-il sur un pas de tir durant un relais de coupe du monde ? Reportage avec le chef du tir tricolore, Siegfried Mazet.

 

Existe-t-il un meilleur poste d’observation que le pas de tir ? Sans doute. Mais ce lieu, à l’interface entre le stade d’arrivée chauffé par la clameur du public et le tapis sur lequel se positionnent les athlètes pour ajuster leur tir, permet d’appréhender la course comme nulle part ailleurs.

Plus d’une heure avant le début de la coure, c’est ici (sur le pas de tir n°5) que s’installe Siegfried Mazet, le chef du tir de l’équipe de France. L’œil dans le viseur de sa jumelle, une planchette dans sa main, des aimants jaunes dans l’autre, il enregistre précisément chaque tir d’essai des relayeurs dans les cibles en carton placées sur les côtés, afin de procéder aux derniers ajustements. « Je regarde les impacts, c’est important, par rapport aux conditions climatiques, pour régler les carabines, prendre des marques. Chaque stade est différent. Ici, contrairement à Ostersund, on arrive sur le pas de tir sans le voir. Comme sur le relais, les biathlètes effectuent un seul tir couché et un seul tir debout, ils ne peuvent pas réajuster. Sur le pas de tir, ils peuvent compromettre tout ce qu’ils ont gagné sur la piste ».

 

Vincent Defrasne observe la scène

 

Chaque athlète réalise une quinzaine de tirs couchés puis une dizaine de tirs debout. A l’issue de chaque tir, un simple regard en direction de Siegfried Mazet, quelque gestes pour se comprendre, parfois un mot pour corriger un défaut. « J’ai indiqué que toutes les balles d’Alexis étaient légèrement à gauche, explique le coach en montrant la planchette, il va se réajuster d’un demi centimètre dès son prochain tir ».

Mazet-Defrasne

Vincent Defrasne, le champion olympique de biathlon, échange avec Siegfried Mazet.

Le champion olympique de Turin Vincent Defrasne, observe la scène attentivement, « C’est un moment très important. En fonction du vent, de la lumière, chaque jour est différent. En relais, chaque athlète dispose de 5 balles pour 5 cibles et peut piocher (prendre une balle supplémentaire) trois fois. Il peut prendre plus de risques, mais en cas de pioche, il perd entre 7 et 10 secondes à chaque fois. Il est important de se familiariser aussi avec les balles, il peut y avoir d’infimes variations entre chaque modèle, chaque boite et chaque lot. En course, on utilise la même boite qu’à l’entrainement ».

 

Concentration extrême

 

L’entrainement touche à sa fin, la course commence dans une demie heure et Martin Fourcade (le dernier relayeur tricolore) tire ses dernières balles. C’est le moment où les photographes et journalistes arrivent en nombre dans l’espace derrière le pas de tir. Le contraste entre le public en train s’échauffer sur l’air de « j’irai dormir chez la dame de Haute-Savoie » et l’extrême concentration de Martin et son coach est saisissant.

La bonne ambiance dans le public gagne le groupe de groupe presse – qui mêle le représentant d’un grand quotidien sportif, comme le correspondant d’un journal local, le journaliste d’une chaine de télé allemande, un blogueur passionné ou la représentante d’un hebdomadaire de la rive gauche – si bien que Siegfried Mazet est obligé de rappeler gentiment tout le monde à l’ordre, d’un « chuttt, on est quand même sur un pas de tir ».

Mazet-chut

Le chef du tir rappelle gentiment les journalistes à l’ordre.

La course lancée, Siegfried Mazet reste concentré, l’œil dans le viseur de sa jumelle. En direct, il communique information et niveau de réussite au tir de chaque athlète (« ok pour Jean-Gui », « tir groupé à droite »), les écarts, aux 6 membres du staff tricolore, répartis sur l’ensemble du parcours. Toute communication avec les athlètes est interdite, mais le coach compile de précieuses notes qui lui seront utiles pour le debriefing. Au fil, des tours, des passages relais, les commentaires entre journalistes se font plus rares. L’œil rivé sur les écrans, les temps de passage et les cibles, chacun commente la remontée potentielle de Martin Fourcade pour décrocher un précieux podium. A l’attaque du dernier tour de leader français, il n’y a plus de suspens et tous désertent le pas de tir pour l’aire d’arrivée.

 

« Il n’y a pas eu de pétage de plombs »

 

La ligne d’arrivée franchie pour Martin Fourcade, Siegfried Mazet revient sur la course : « les conditions de tir ont été stables durant toute la course. Martin a joué le tout pour le tout sur le dernier tir… En étant légèrement en dessous sur les skis, neuf pioches au tir, c’est trop. Avec une perte de temps de 10 secondes à chaque pioche, il y en a au moins 4 de trop. Après, c’est une première pour eux de disputer une coupe du monde devant un public français, ils n’ont aucune expérience en la matière et je trouve que ce premier test s’est plutôt bien passé, est plutôt satisfaisant. Ils sont restés les quatre dans les clous, dans la bataille toute la course, il n’y a pas eu de pétage de plombs, le bilan est plutôt positif, même si le résultat ne l’est pas ».

Le coach tricolore range son matériel, félicite ses homologues Russe et Allemand, et rejoint les autres membres du staff. Ses précieuses notes en poche, il va maintenant debriefer avec les athlètes en vue des courses du week-end.

 

 

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