Florent Claude, une histoire belge

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BIATHLON – Depuis 2011, Nordic Magazine publie, dans chacun de ses numéros, un long portrait consacré à un athlète. C’est à chaque fois l’occasion de mieux connaître celle ou celui dont on admire les exploits. Retrouvez ici l’article qui a été consacré, en octobre 2017, à Florent Claude.

 

Depuis cet été, le roi Philippe de Belgique compte au moins un nouveau sujet dans son royaume. Un franco-belge au profil inhabituel au cœur du plat pays plus habitué à vibrer lors des exploits sportifs de ses cyclistes de renom et de ses talentueux diables rouges… qu’à ceux de ses biathlètes !

Et pourtant, il existe bien, depuis 2012, une fédération indépendante belge de biathlon qui grandit dans le sillage de son chef de file : l’ex-Allemand Michael Rösch, champion olympique en 2006. En pleine construction, la fédération compte désormais dans ses rangs un nouvel ambassadeur de choix en la personne du Vosgien Florent Claude.

« La venue de Michael Rösch en 2013 a donné de nouvelles perspectives sportives et financières et nous a permis de professionnaliser nos structures, se réjouit Philippe Heck, président bénévole et cheville ouvrière du biathlon belge. Micha a également tiré nos jeunes athlètes belges vers le haut. L’arrivée de Florent Claude nous permettra de participer aux relais de la coupe du monde avec Tom Lahaye Goffart et Thierry Langer. Nous allons cette saison rivaliser avec des nations, telle que le Japon, la Pologne et la Corée du sud, pour intégrer le top 25 de la coupe des nations, qui devra nous permettre d’avoir plus de quotas en coupe du monde. »

 

 

À l’origine de ce “recrutement” jamais vu en France, un heureux hasard comme seule la vie peut parfois en réserver. Quand Florent Claude apprend qu’il est écarté des collectifs de l’équipe de France, il n’imagine pas mettre un terme à sa carrière sportive. « J’avais envie de continuer l’aventure, la page biathlon était loin d’être tournée », souffle le biathlète de Basse-sur-le-Rupt, dans les hautes-Vosges.

 

Une chance offerte

Au sein de son club de toujours, André Dehottay – le père de Loïc, un jeune licencié belge -, qui collabore à la fédération belge, lui propose alors de se rapprocher de sa structure qui cherche un deuxième athlète international.

Fort de huit années en équipe de France et de quatre médailles mondiales, Florent Claude affiche le profil idéal. « J’ai pris cette proposition comme une seconde chance offerte dans ma carrière et aujourd’hui, je suis ravi de participer au développement du biathlon en Belgique et à celui d’une équipe qui construit un projet sur le long terme. »

« C’est un choix qu’il assume après mure réflexion, il fallait oser le faire, il m’a bluffée. Je suis ravie qu’il puisse vivre cette aventure humaine qui lui servira toute sa vie », sourit fièrement sa maman Christine, omniprésente dans la vie sportive de ses enfants biathlètes.  C’est donc derrière un nouveau drapeau que son fils va désormais batailler avec, pour rendez-vous, les Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018… et ceux de Pékin en 2022. « L’objectif est d’obtenir les deux wild-card auxquels notre fédération peut prétendre », détaille Philippe Heck. Et de prévenir qu’ensuite, la Belgique ne fera pas seulement acte de présence : « Michael et Florent ont le potentiel pour viser un top 10, aussi bien aux Jeux qu’en coupe du monde. »

 

531 jours d’attente

Ambitieuse, la structure s’organise avec l’arrivée d’un responsable sportif, Joe Obererlacher, qui supervisera quatre entraîneurs provenant de France, d’Allemagne et de Belgique. Le farteur allemand Heiko Schmidt complétera l’équipe dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler aux cinéphiles L’Auberge espagnole. « Il n’est pas rare de parler trois ou quatre langues différentes lors des repas », sourit M. Heck. Florent Claude qui a perfectionné son anglais, son allemand et découvert quelques mots de néerlandais s’amuse de ce « côté dépaysant. »

« C’est plaisant d’avoir un coéquipier vivant également en France, se félicite pour sa part Tom Lahaye-Goffart, 21 ans, qui vit à Bessans (Savoie) toute l’année. La fédération belge étant assez cosmopolite, c’est un avantage d’avoir quelqu’un qui parle la même langue que soi ». L’athlète incarne l’avenir d’une équipe qui travaille en parallèle au recrutement de jeunes talents fondeurs, avec le soutien de la Fédération royale belge de ski (FRBS) et son entraîneur national, Alain Polmans.

Cet été, Florent Claude a profité des stages à Obertilliach et Antholz pour peaufiner sa préparation et disputer, fin août, sa première compétition internationale… après 531 jours d’attente ! Entre-temps, près d’un an de démarches administratives a été nécessaire pour l’obtention de sa double nationalité. Sa rentrée s’est déroulée lors des Mondiaux de Chaykovskiy, en Russie, où le Vosgien a croisé le fer avec la star Anton Shipulin notamment. Histoire de prendre de bons repères avant la saison. « Le fait d’avoir disputé de nombreuses longues distances l’hiver dernier comme la Nordique des Crêtes et La Transjurassienne m’a fait passer un cap sur les skis », se réjouit le Vosgien.

 

 

Son frère Fabien… pour adversaire

« Il a vraiment bien couru et je pense qu’il est prêt, remarque, en connaisseur, Michael Rösch. C’est certain, Florent a toutes les qualités pour se qualifier pour les prochains Jeux olympiques : il est un athlète de classe mondiale prêt à la bagarre. » En Corée du Sud, l’aîné de la fratrie Claude pourrait bien retrouver ses anciens compagnons de l’équipe de France, dont son frère Fabien. « On est content de cette nouvelle situation car la compétition permanente au sein même de l’équipe de France aurait pu, à terme, nous nuire, témoigne l’aîné. On est frères avant d’être adversaires. »

Sous sa nouvelle bannière, l’étudiant en Master 2 de STAPS, a retrouvé du plaisir : « Je sais pourquoi je m’entraîne, sans avoir l’épée de Damoclès des sélections au-dessus de la tête. Je sais que je pourrai exprimer mon potentiel, même s’il faudra peut-être un peu de temps pour retrouver le rythme. J’ai l’impression de mieux travailler et de m’écouter davantage dans les périodes compliquées. » Celui qui, jadis, s’inspirait d’un certain Martin Fourcade qu’il a longtemps côtoyé, est aujourd’hui le modèle à suivre pour la relève belge. « Sa présence est un énorme avantage, c’est un excellent partenaire d’entraînement qui me tire vers le haut et me pousse à sortir de ma zone de confort lors des entraînements », témoigne ainsi Tom Lahaye-Goffart.

Fort de cette nouvelle confiance, Florent Claude passera par la case IBU Cup début novembre, avant de retrouver la coupe du monde et notamment l’épreuve française programmée mi-décembre au Grand-Bornand. Moments d’émotion en perspective.

 

Ce portrait est paru dans Nordic Magazine #24 (octobre 2017)

 

Photos : Nordic Magazine.

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