François Faivre : « Le point positif : j’ai joué avec les cadors pendant 20 h »

C’est l’autre Jurassien à avoir animé la tête de course. Dans l’ombre du succès de Xavier Thévenard, le traileur de Lafuma François Faivre espérait bien rééditer sa superbe 7e place décrochée sur l’UTMB 2012. Mais cette édition 2013 ne lui a pas souri ; il a été contraint d’abandonner à quelques kilomètres de Chamonix. Il analyse, dans un entretien à Nordic magazine, cette épopée sportive et humaine.

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François Faivre, ici aux Montets, commence à coincer (photo FB)

 

François Faivre, quel sentiment prédomine aujourd’hui, deux jours après votre abandon dans les derniers kilomètres de l’UTMB ?

La déception ! Bien sur, échoué si près du but… L’idée avant de partir, c’est de réaliser le tour du mont blanc, ensuite d’aller le plus vite possible. Je n’ai même pas réussi à faire le tour complet… Ensuite, quelques temps après, on analyse la course, on essaie de tirer des enseignements de cette journée. Le point positif, c’est que j’ai joué avec les ténors pendant 20h mais je ne figure pas sur la liste des résultats alors…

La course avait pourtant parfaitement commencé pour vous avec au fil des kilomètres, une forme qui semblait optimale…

C’est mitigé. Je voulais faire un « truc » cette année, et j’y pense depuis aout 2012 ! Mais la préparation a été compliquée, avec des hauts et surtout des bas ! Je n’ai quasiment pas couru en compétition et je manquais vraiment de repères. Malgré tout, je suis parti attaquant et je passe déjà dans les 25 à Saint Gervais, contre 60 en 2011 lorsque je termine 9e. J’avais les jambes puisque je maintiens ce rythme quasi jusqu’à mon abandon ! Je rentre dans le top 10 vers Champex en allant chercher les gars ! C’était vraiment bon. Mais bizarrement, je n’ai jamais été serein et je ne me suis jamais dit « là, t’es bien tu fais ce qu’il faut, c’est tout bon ! » J’avais raison de m’inquiéter !

 

On sent que tout le monde est derrière et qu’il faut assurer”

 

Vous saviez, en arrivant sur cet UTMB, que ce serait tout sauf simple compte-tenu de votre préparation perturbée en juin. Mais vous avez fait votre maximum.

Début juillet, je voulais laisser tomber, fin juillet j’étais regonflé à bloc et puis de nouveau 3 semaines avant la course, je pensais déclarer forfait… Alors, c’est sur que ce n’est pas si mal, mais ce n’est pas ce que je recherchais en étant au départ !

 

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Au ravito de la Fouly, François constate les dégâts sur son talon.

 

Très vite après cet abandon, vous avez tenu à remercier les proches et spectateurs qui vous ont encouragé dans ce défi. Quel(s) rôle(s) jouent-ils avant, pendant et après un tel challenge sportif ?

L’UTMB est magique pour cela ! J’ai autour de moi toute ma famille. A Chamonix, ma femme s’occupe de l’assistance pendant que fiston, parents, beaux-parents, s’occupent des encouragements ! C’est un soutien énorme qui permet de surmonter bien des obstacles ! Le Team LAFUMA ou encore les responsables de Julbo ont également suivi mon parcours et m’ont soutenu tout au long du parcours. Par ailleurs, il y a tous les amis restés chez eux qui suivent via la webTv ou le live ! Je recevais des dizaines de messages lorsque le réseau passait ! C’était fou même au milieu de la nuit ! On sent réellement que tout le monde est derrière et qu’il faut assurer ! C’est aussi pour cela que je suis si déçu… Pour ceux qui étaient sur la ligne à m’attendre par exemple.

 

Je n’ai jamais été serein, j’avais raison de m’inquiéter

 

Dans ces cas là, avez-vous aussi le sentiment de courir pour d’autres personnes que pour vous ?

En tout cas, j’apprécie partager cette course avec tous mes amis et ma famille !

Cette édition 2013 a été marquée par le succès de Xavier Thèvenard. Que vous inspire sa victoire ?

C’est fabuleux ! Un français, un Jurassien même, skieur remporte la plus grande course au monde, c’est génial ! Et puis, il le mérite bien après une belle saison suite à une année de galère ! Et puis au fond, je me dis que j’ai une chance de me rapprocher du podium… étant fondeur aussi.

L’autre événement notable de cet UTMB 2013, c’est quand même la 7e place au scratch de la première dame, l’Américaine Rory Bosio qui établit un record époustouflant en 22h37. Un commentaire ?

Elle m’a vraiment étonné, notamment dans la montée de Bovine lorsqu’elle est revenue sur moi. Puis elle m’a doublé la descente suivante, vers Vallorcine. Elle est très forte et c’est la Kilian au féminin avec un temps pareil !!

C’est sans doute très (trop) tôt pour le dire, mais l’UTMB 2014 peut-il figurer parmi vos prochains objectifs ?

Je ne peux pas rester sur un échec !