François Faivre raconte son Ultra Trail Mont Fuji (3e partie)

François Faivre est en Asie. Les lecteurs de Nordic Magazine le suivent. Au programme de celui qui est aussi l‘entraîneur ski de fond du Pôle France, l’Ultra Trail Mont Fuji et ses 168 km. Voici le récit de cette 5e étape de la première édition de l’Ultra Trail World Tour, challenge mondial de courses à pied de longues distances.

 

Nous voilà donc ce vendredi matin, après un petit réveil musculaire facile où les jambes répondent plutôt bien ; je passe en mode préparation des ravitaillements  avec ma plus fidèle ravitailleuso-supportrice, ma chérie de femme !

Mais cette fois, rien n’est si simple. En effet, pas de voiture ni de moyen perso de locomotion ! Il faut faire avec notre organisme qui gère l’acheminement des sacs de délestage et des supporters. J’ai le droit à cinq sacs, plus celui de l’organisation même de la course. Il faut alors bien calculer, imaginer les horaires pour prévoir ce qu’il va être bon de manger, de boire… Sans dire ce qu’il va être possible de manger… Flore embarquera avec elle des affaires chaudes pour la nuit, un sac supplémentaire de ravito et Élio !

 

A midi, tout est prêt, j’avale un bol de riz.

 

Je prévois d’essayer de respecter un peu les horaires habituels des repas pour manger du salé, sinon ce sera gels et boisson énergétique. Je me changerai à mi-course grâce au gros sac de l’orga, et puis le changement notamment de chaussures me permettra peut être de limiter mes déboires habituels de pieds et de repartir tout neuf pour la seconde moitié de course plus montagneuse.

A midi, tout est prêt, j’avale un bol de riz, un peu de jambon et une banane, puis c’est l’heure de la sieste. Je ne trouve pas le sommeil, c’est que mon organisme n’est pas en dette de sommeil ; en même temps, c’est un peu les vacances ici.

 

Les quatre pistolets

A 14h30, je m’équipe, accroche le drapeau japonais que m’a dessiné Élio et je me dirige vers la ligne de départ en trottinant… Nous sommes tout près.

15 heures pétantes, les quatre pistolets brandis par les quatre officiels réunis sur la tribune officielle lancent la course. Nous longeons le bord du lac pour rejoindre le pont qui sort de Kawaguchiko, le public est nombreux et nous encourage chaleureusement ! Il règne une super ambiance et c’est le sourire aux lèvres que nous traversons le dernier village avant l’isolement de la montagne.

 

C’est finalement bien assez rapide pour moi.

 

Le peloton s’étire ; deux-trois groupes se forment en fonction du rythme adopté. J’avais prévu d’être avec les premières féminines en début de course, pour temporiser, je suis dans les baskets de Nathalie. Tout va bien donc !

Oui, sauf quand même que nous sommes en 15-20e place avec Seb Chaigneaux, Antoine, Lionel, Davies etc. C’est finalement bien assez rapide pour moi. Mais je suis plutôt à l’aise donc je continue.

Nous montons en direction de Fujiyoshida. C’est une longue route qui serpente jusqu’à 1 400 m pour ensuite redescendre tout aussi régulièrement au 1er ravito A1 à 700 m. Cette première n’est ni difficile techniquement, ni physiquement, elle permet au peloton de s’étirer et aux coureurs de s’échauffer avant les vraies premières difficultés ! La montée de Shakushiyama et ses 1597m puis la descente très technique vers A2 Niju-Magari au km 33,4.

 

La course est encore bien longue mais ça commence mal.

 

Je sors de A1 environ 20e, content de mon début de course. Tout va bien. Je cours aisément et me ravitaille comme il faut. Je suis en compagnie d’Antoine et Lionel, et Seb est un peu derrière. Le vainqueur de l’an passé, le Japonais Hara est 2-3 places devant.

A peine avant la section en forêt, nous sortons de la ville par une bonne portion de faux plat montant, sur route. Et déjà là, je ne suis plus si délié… Tiens tiens… Pourtant, je n’ai encore rien fait. Bon je temporise légèrement et attend Seb qui fait la route avec moi. Mais dés le chemin, c’est pire et vers la mi pente, je suis pris de crampes ! Non, ce n’est pas possible ! Pas si tôt et sans avoir tiré sur la machine ! Je réduis encore la voilure, boit et prend déjà de l’arnica ! Je suis un peu perplexe et me lance dans la descente très très dure un peu sur la défensive. Quelques coureurs me rattrapent et je descends avec eux. Je reprends un rythme correct pour rejoindre A2. La course est encore bien longue mais ça commence mal. A A2, je bois beaucoup, et finalement mange plutôt des petits gâteaux salés. Je croise Vincent Delebare et Christophe Le Saux. Je me rassure un peu et continue sur un meilleur rythme.

 

J’occulte à mon staff mes débuts laborieux pour repartir gonflé à bloc.

 

La section qui suit est jolie, en montagne, technique et escarpée. Nous prenons de petits sentiers avant de rejoindre la route qui conduit aux rives du lac Yamanakako. C’est le lieu de A3, ravitaillement où je vais retrouver toute ma dream-team pour un premier pit stop en leur compagnie ! Chouette, en plus ça va mieux et nous sommes un petit wagon autour de la 20e place. J’occulte à mon staff mes débuts laborieux pour repartir gonflé à bloc, avec le plein de carburant ! Élio est spécialement en forme, il m’a tendu ma boisson et me donne les indications sur le parcours à venir.

 

Sur les pentes du Mont Fuji

Nous sommes au km 40, il est pleine nuit puisqu’il est 19h20 et nous attaquons un bon morceau avec trois monts référencés Teppogi-no-atama, Mikuniyama, Oborayama entre 1300 et 1400 m. Ces 16 km sont exigeants et je préfère monter à ma main avec un ou deux Japonais qui semblent bien connaître le parcours. Je finis cette section tranquillement avec Christophe Le Saux. Nous sommes mieux qu’en début de course sur un rythme correct, « plutôt en roue libre », comme il dit ! Flore et Élio sont au top avec les gens de Avid qui nous aident et les transportent. Je repars du ravito finalement en attendant que la course commence comme prévu au 104e km, comme tous le prévoient ! Je sais qu’il faut en garder alors je gère mais j’oublie de remplir d’eau une de mes deux bouteilles en repartant de A4, et surtout je commence à avoir du mal à manger. Pour l’eau, ce n’est pas trop grave, il n’y a que 9 km de montée lente dans le sable du Fuji et j’ai une petite coca de 25 dans le fond du sac. Nous sommes en effet sur les pentes du Mont Fuji, le sol a changé, c’est du sable gris qui est sous nos pieds. Il est difficile de trouver des appuis francs et je sens que je ne suis pas vaillant, déjà un peu limite en carburant…

 

François Faivre

 

Je prends malgré tout « une roue » japonaise pour accéder au point de bascule de A5, Tarobo 66e km à1441m. Je reste positionné aux alentours de la 25e place, sans le savoir d’ailleurs. Mais pour moi, la place n’a pas d’importance, si la course est dure dans le final, ça fera différences énormes !

 

 Je suis vraiment fatigué et en difficulté.

 

La portion est monotone à souhait :5 km de route en faux plat montant pour rejoindre A6 puis plongé vers la base de vie de A7 au 80e km à Kodomo-no-kuni.

Là, je préviens Flore que rien ne passe, que je suis bien bien en difficulté et que mes problèmes d’alimentation me bousillent la course ! Mais je ne lâche rien, je continue mon plan, je me change, j’essaye de prendre un bouillon qui passe pas trop mal d’ailleurs, un bout de banane, une compote mais c’est faiblard ! Il y a maintenant portion au profil descendant pendant 30 km… De la route, un peu de Up and Down sous une ligne Haute tension. Je cours encore correctement mais des que c’est plus technique ou montant je suis vraiment fatigué et en difficulté.

Pour moi, il s’agit simplement de gérer pour finir cette course, sans me soucier d’autre chose ! Difficilement, j’arrive au 104e Km à Nishi-fuji. Je suis bien marqué, creusé, j’ai rejoint Nathalie qui fléchit un peu mais je suis sans force ! Je décide de prendre du temps au ravito, ce qui n’est pas mon habitude. Je veux essayer de manger quelque chose, de me refaire un petit matelas de force pour la section qui arrive. Il est plus de 3 h du matin, nous allons vers le lever du jour, du soleil sur le Fuji mais aussi vers la portion la plus sélective de la course :2000m de déniv, en 19 km dans des sentiers typés jungle et caillasses.

 

Crevé et seul

A peine reparti, je suis crevé. Je suis seul sur le chemin pour le lever du jour mais je vois bien que je grimpe très doucement, je dois faire du 450m/h… Je me fais doubler par la seconde féminine, Fernanda Maciel. On discute un peu en Franglais, puis elle me distance. Cette première bosse, droit dans la montagne de 900 m direct est un vrai calvaire. L’enchaînement des monts qui suivent est du même acabit. Je zone plus que je ne progresse… Sur la dernière cote, et depuis 3 h je suis sûr de poser le dossard au prochain stop : km 124 ! J’ai pris mon temps malgré tout pour admirer le lever du soleil sur le versant ouest du Mont Fuji ! C’est magnifique et je m’arrête même prendre une photo ! Mais c’est trop dur, j’arrête…

 

La mort dans l’âme et le cœur gros, je pose le dossard à Motosuko.

 

La descente me conforte dans mes idées, je souffre trop pour continuer, je suis vidé, la réserve à sec ! J’ai mis 5 h 30 pour faire ces 19 km ! En même temps, les premiers mettront 3h30-4 h ! Mais le petit tour avant le ravito, le soleil me réchauffe et en arrivant sur A9, je dis à Flore que je vais me reposer 15-20 min, tenter de manger et repartir pour tenter A10. On va faire point par point en fonction de l’état. Je somnole 20’, mange une banane et boit un coca. Je repars en marchant… Sur les faux plats avant l’ascension du Ryugatake, 1495 et donc +860m, je trottine encore mais une fois sur le chemin qui serpente, je tombe à 350 m/h, complètement cuit ! Je mets 1h45 pour les 2,4 km de montée…

Là, ça ne peut plus continuer, à quoi bon… Je traîne ma misère, n’apprécie plus rien et pense qu’il me faudra encore 8 h pour faire les 35 derniers km. Je mets 3h30 pour ces 15 derniers km de ma course. La mort dans l’âme et le cœur gros, je pose le dossard à Motosuko, à A10 après 139km d’une course plus que laborieuse.

C’est une nouvelle déception, encore due à l’alimentation après l’UTMB 2013. Celle-ci est surtout triste parce qu’elle ne permet pas de bien finir ce séjour familial au Japon ! Et elle me place en plein doute sur mes capacités à boucler un ultra ces prochains temps…

Quelques jours plus tard, je repartirai à l’entraînement pour en découdre au Lavaredo, mais pas sans avoir mis le doigt sur ce qui ne va pas.

 

A suivre…

 

Les autres épisodes

Partie 1
Partie 2

 

Photos : Facebook et Twitter

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