Frédéric Jean… dans La Maille du filet

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CHRONIQUE – Tous les athlètes redoutent de tomber dans La Maille de son filet. Chaque jeudi, Clément Mailler ne les épargne pas quand il s’agit de leur poser les bonnes questions. Point d’échappatoire pour eux : ils doivent répondre. Victime du jour : Frédéric Jean.

 

 

Connaissez-vous l’oiseau schtroumpf ? Et sinon, qui inviteriez-vous à un concours de bûcherons ? Ma prise du jour, elle, le sait ! Non, il n’était pas sous l’emprise de stupéfiants, mais avec le coach des filles de l’équipe de France de biathlon, on va essayer de comprendre en toute franchise comment ça se passe d’entraîner un groupe de filles, et ce qui se dit entre membres du staff ! Frederic Jean est dans La Maille du filet.

 

  • Quand on est entraîneur, la coupure de fin de saison est encore plus importante que quand on est athlète ?

Ah, je pense qu’elle est importante, ouais ! Souvent, c’est la période où l’on ne peut pas partir en vacances parce qu’il y a toujours les réunions et les bilans, donc c’est une période importante pour préparer la saison d’après… Mais au final, tu coupes mais tu ne peux pas partir en vacances ! C’est un moment où tu as vraiment envie de prendre du recul sur la saison, mais c’est particulier comme sensation car il y a tout ça sans partir en vacances. C’est une autre fatigue par rapport à quand on est athlète, je suis fatigué mentalement d’avoir vécu le truc à fond, par ma manière de faire mon job aussi !

  • Il y a plus de stress sur le bord de la piste qu’avec un dossard ?

Moi il y en a plus au bord de la piste ! (Rires) Mais tout dépend de comment le staff vit le truc au bord de la piste. Moi il n’y a pas photo, c’est au bord de la piste (rires) !

  • Honnêtement un groupe de filles à gérer c’est…?

Euh… (il réfléchit) c’est… du job (rires) ! C’est du boulot ! Elles ont besoin d’être rassurées, vissées, il faut être à l’écoute, elles ont besoin qu’on leur explique les choses… c’est un peu moins bourru qu’un groupe de gars ! C’est en tout cas ce que j’en retiens, un groupe de filles c’est vraiment du job. Dans plein de domaines il faut expliquer, être à l’écoute et prendre du temps.

  • En discutant avec d’autres entraîneurs on comprend qu’entre gars dans un groupe c’est plus facile parce qu’on est plus direct alors que les filles ne se disent pas tout. 

Ah non tu vois, ça, je l’ai rencontré avec le groupe B il y a deux ans (ndlr : le groupe équipe de France B) parce que le fait d’avoir des gars qui sont comme ça par rapport à d’autres filles, les filles ne se laissent pas faire ! Les filles que j’ai là sont toutes passées par un groupe B avec ce fonctionnement, et même si toute l’année on est en stage ensemble avec les mecs, le fait d’avoir des entraîneurs séparés filles et garçons c’est différent. J’ai été assez surpris avec le groupe des filles : quand elles ont un message à faire passer, elles le font ! Certes, un peu moins que les garçons car elles ont tendance à analyser plus les choses, mais elles te font passer le message quand elles ont fini d’analyser, c’est pas du « cash » comme les gars.

  • Tu es plutôt du genre impulsif, ce n’est pas forcément un trait de caractère à mettre en avant pour gérer des filles non ?

Eh ben, c’est assez marrant ce que tu me dis parce que je pense que tu m’as bien résumé en disant que je suis impulsif, parce que dans la vie de tous les jours c’est vraiment le cas. Par contre, j’ai l’impression que dans ma manière de coacher les filles cette année je ne l’ai pas trop montré. Peut-être au fond pour prendre mes marques avec ce groupe, avec Twenty (ndlr : Vincent Porret, entraîneur de tir du groupe filles A) et la manière de travailler qu’avec des filles et prendre des marques par rapport aux conseils qu’on a pu avoir avec des anciens staff… et au final j’ai mis ce côté impulsif un peu de côté pour brosser les filles dans le sens du poil ! Mais ça ce côté plus percutant, je vais le faire cette année ! Si ça peut t’aider (rires) ! Je ne vais pas changer ma manière d’entraîner… j’ai fait mon année comme je voulais le faire mais il y a des choses qui vont se voir un peu plus maintenant.

Tu gères le groupe avec Vincent Porret. Tu t’attendais à ça il y a quelques années ?

Il y a quelques années à vrai dire non parce que je ne savais pas même moi, même si j’adore le métier que je fais, jusqu’où ça pouvait m’emmener. Et encore plus, je ne savais pas avec qui j’allais pouvoir travailler. Après c’est vrai que si tu m’avais dit l’année dernière ça aurait été différent, vu qu’on s’entend bien dans le cadre du travail aussi, on souhaitait travailler ensemble. Avec Twenty, on a fait les championnats du monde junior ensemble en 2003 (rires) donc ça fait seize ans qu’on se côtoie. Que je le supporte ouais (rires) !

Imaginons que tu récupères une athlète comme Kuzmina ou Mäkäräinen dans ton groupe. Très gros palmarès, excellentes skieuses mais parfois des tirs catastrophiques ! T’as envie de leur tordre le cou ou non pas grave c’est à Twenty de gérer ?!

Ben non c’est le boulot de Twenty (rires) !! Après Kuzmina, elle tire plutôt pas mal (rires) ; par contre Mäkaräinen elle a tiré pas top cet hiver ! Non non mais je lui dirais bonne chance Twenty (rires) ! Mais d’un côté ça m’aiderait aussi. C’est un peu le paradoxe dans ce job, tu as un coach de physique qui va se saigner les veines pour essayer de faire progresser les filles sur les skis, et d’un autre côté un coach qui fait aussi son boulot pour qu’elles progressent au tir.

  • Dans les talkies que vous avez entre staff au bord de la piste, est-ce que tu es pour ou contre les mettre sur écoute ?

Ah complètement contre ! (Rires) Dans les talkies, il se dit trop de choses personnelles sur la stratégie de course et des infos de la course. Déjà les gens pourraient s’y perdre… et puis je ne te cache pas qu’il se dit pas mal de conneries (rires) ! Tu vois bien, quand tu es au bord de la piste et que tu as deux Italiennes qui passent… (rires), je ne te cache pas qu’on ne parle pas de la marque de ski qu’elles ont ni des lunettes ! (Rires)

  • Est-ce que tu vois une invitation sur le plateau de L’Equipe ou les interviews d’après course comme une corvée ?

On a Tangi Kerhoas qui suit le biathlon pour L’Equipe avec Alexis et Anne-Sophie (ndlr : Alexis Boeuf et Anne-Sophie Bernadi), ils sont tellement agréables que ça ne nous dérange pas d’aller les aider dans le cadre de leur travail. Moi, très honnêtement, ça ne me dérange pas d’aller le faire. Après c’est vrai que parfois, comme les plateaux télés aux championnats du monde, quand on a prit une branlée monumentale c’est dur d’aller faire face à plein de gens sachant qu’on ne sait pas les questions qu’on va te poser… c’est vraiment dur et tu as la sensation d’aller à la guillotine. Mais ils ne nous ont jamais mis dans le dur ou quoi que ce soit, c’est plus personnel. Je préfère y aller pour dire qu’il y a eu podium. Mais là où ça ne me dérange pas de le faire c’est que pour les gens qui suivent le biathlon à la télé c’est normal d’aller expliquer les choses. Pour le coup la réponse est sérieuse.

  • Avec une chaîne comme France TV par exemple, c’est moins agréable ?

Ouais, c’est ça ! Je pense que là t’as bien résumé le truc. Avec L’Equipe et surtout Alexis on les connaît bien et on partage des choses avec eux, ils savent de quoi ils parlent. C’est le problème des chaînes qui suivent le sport que tous les quatre ans, car au final tu partages des moments avec des gens qui ont lu une fiche sur toi deux heures avant. Après c’est normal et il faut y aller.

  • Tu es exposé maintenant à toutes les critiques et les « trolls » qui aiment mettre de mauvais commentaires sur les réseaux sociaux et internet. Est-ce que tu regardes ça et est-ce que tu réponds ?

Non ! Non parce que… (rires) justement avec ce côté impulsif je me suis amusé à lire des trucs et à travers le téléphone je devenais fou ! (Rires) Du coup, je n’ai jamais répondu à quoi que ce soit et j’essaye de ne plus y aller. Je trouve que c’est de la méchanceté gratuite et je deviens fou ! Par contre, j’aime bien revoir les courses ou revoir les interviews des athlètes. Si j’arrive à le faire avant le debrief de course, par rapport à ce que l’athlète a dit en interview, c’est intéressant de confronter les opinions.

  • Est-ce que ça manque de staff féminin sur le circuit ?

Il y en a quand même pas beaucoup, et par exemple la seule qu’il y a en technicienne, avec la Bulgarie… c’est l’exhibition (rires) ! Chez les entraîneurs c’est pareil, je n’en vois pas beaucoup. Je pense que dans une équipe ça pourrait apporter du bien, je serais pour. Avec une femme dans l’équipe ça apporte quelque chose que même avec toutes les formations du monde on n’aura pas.

  • Celles qu’on voit sont hautes en testostérone aussi non ?

Ah ben quand tu vois les coachs ou la Bulgare t’as pas envie d’aller les taper au bras de fer (rires) ! Tu peux les inviter au concours de bûcheron du coin mais voilà quoi! (Rires)

  • Et enfin, tu penses à quoi là tout de suite ?

Bah là si tu savais… je suis assis en train de regarder un tableau où il y a des oiseaux et je suis en train de me demander depuis tout à l’heure ce que c’est comme race ! (Rires) Il y en a trois, et je suis en train de me demander mais qu’est-ce que c’est que ça ! On dirait un corbeau mais il a une tête de coccinelle, et un autre est bleu (rires), un oiseau schtroumpf !

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