Gérard Colin, profession coach

SAUT A SKI | PORTRAIT - Ancien compétiteur de saut à ski, Gérard Colin est devenu entraîneur de l'équipe de France. Portrait d'un Vosgien pur sucre qui vit désormais dans le Grandvaux jurassien. 
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SAUT À SKI – Ancien compétiteur de saut à ski, Gérard Colin est devenu entraîneur de l’équipe de France. Portrait d’un Vosgien pur sucre qui vit désormais dans le Grandvaux jurassien. 

 

Gérard Colin, Jurassien des Vosges

« Je suis né à Remiremont, mais je dis être originaire de La Bresse. » Peu importe s’il n’a pas vu le jour dans la vallée de la Moselotte, Gérard Colin est un Vosgien taillé dans du sapin blanc. Et pour cause, le petit garçon a grandi dans un livre aux pages qui nous semblent déjà bien jaunies. Alors qu’il n’a que six ans, ses parents déménagent. Son père qui s’est fatigué en forêt, entreprend une courageuse reconversion dans les filatures. « Il est parti en stage en Allemagne et il est rentré contremaître en charge des turbines. Ma mère, elle, tissait. J’allais la voir à l’atelier. »

Il garde encore en mémoire le claquement bruyant et répétitif des vieux métiers. « Dans les années soixante, la vie était encore rude », poursuit l’entraîneur à la Fédération française de ski. La Seconde Guerre mondiale n’est pas loin. À l’automne 1944, la Bresse a payé un lourd tribut. Les Allemands, décidés à éteindre le foyer de résistance qui s’y est développé, ordonnent déportation et destruction du petit bourg. Cinq cents bâtiments sont totalement détruits, dont les fermes isolées, systématiquement dynamitées. La population est contrainte de partir, sous une tempête de neige et d’obus, vers Plainfaing, hameau de Cornimont, par le Lac des Corbeaux et le Col de la Vierge.

 

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Gérard Colin et Robert Treitinger – FIS

 

Gérard Colin se rappelle avoir vu les baraquements qui ont été érigés par la suite pour abriter toutes ces familles. « Avec mon frère, on trouvait des fusils et des munitions dans les bois. Un jour, on est même tombés sur une roquette », s’étonne-t-il aujourd’hui.
Cela n’empêchait pas l’insouciance de l’enfance. « Dans les Vosges, il y avait des foyers de ski dans chaque village qui fonctionnaient avec l’école. Alors, on faisait du ski de fond », raconte celui qui sera sacré à dix reprises champion de France de saut à ski.

Ses premiers tremplins, il les érige lui-même avec ses copains, une pelle à la main. Une petite bosse suffit à amuser la troupe qui joue à se faire peur. Pascal Remy « Boulette », « un grand », observe ces gamins et s’étonne des prouesses de son voisin : « Il est venu vers moi et m’a dit : ”T’as vu comme tu sautes. Tu ne voudrais pas essayer de faire des compétitions ?” C’est ainsi que j’ai débarqué au club dont s’occupait Gervais Poirot [la fratrie Poirot, avec également Marcel et Gilbert, est bien connue des Bressauds, ndlr.]. C’est lui qui m’a, le premier, emmené sur le petit tremplin de La Bresse. J’avais le cœur qui sortait de la poitrine tellement il battait fort. »

 

Peintre en bâtiment… puis aligné aux Jeux de 1984

En 1974, Gérard Colin revêt son premier pull avec l’écusson tricolore. Il n’a que 16 ans. En 1980, alors même qu’il travaille comme peintre en bâtiment, puis en 1984, il participe aux Jeux olympiques : « ”Aux Amériques”, comme disait ma mère, je suis resté sur ma faim. J’étais jeune, je ne comprenais rien à ce qui se passait. À Sarajevo, quatre ans plus tard, j’étais conscient de ma valeur. Je voulais y aller. » Contrairement à 1988 : « J’étais ”sélectionnable” pour Calgary, mais je savais que je n’allais pas mieux faire. »

Un contrat avec la Douane lui permet d’aborder sa reconversion en toute sérénité. Il devient coach. À trois reprises, on fait appel à lui pour prendre en main une équipe de France élite en souffrance. Il s’installe dans le Jura (il a été responsable du stade des Tuffes, à Prémanon) et parcourt l’Europe, voire le monde, de la grande caravane des « hirondelles. » Loin de ses Vosges natales. « Je suis nostalgique depuis que je suis parti. Aujourd’hui, j’ai envie d’y retourner », confie-t-il.

 

SAUT A SKI | PORTRAIT - Ancien compétiteur de saut à ski, Gérard Colin est devenu entraîneur de l'équipe de France. Portrait d'un Vosgien pur sucre qui vit désormais dans le Grandvaux jurassien. 

 

Pour lui, contrairement à ce qu’il est convenu d’affirmer, « les Vosges et le Jura, ce n’est pas pareil. La nature est différente. » C’est déjà une affaire de géologie. Les premières reposent sur le granit, le second sur le calcaire. C’est une histoire d’oreilles aussi : « Chez moi, j’entends constamment le bruit des ruisseaux qui affleurent partout en surface. »

Dès qu’il rentre au pays, il retrouve ses anciens parcours d’entraînement, du côté de la Chaume de Champis ou du tremplin d’Entre Les Gouttes. La mélancolie est proche. Mais les enfants qu’il a eus avec Marie-Pierre Guilbaud sont Jurassiens, bien que l’état civil les ait fait naître au cœur du Massif central maternel. Dans cette famille qui ne vit que pour le sport, Clément est devenu biathlète et Lucie a rejoint le groupe espoirs des fondeuses de l’équipe de France. Cet hiver, ils ne verront pas beaucoup leur père. Avec Robert Treitinger, il va tout faire pour que Vincent Descombes-Sevoie et Ronan Lamy-Chappuis volent le plus loin possible.

 

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Portrait publié dans Nordic Magazine #16

 

Photos : Nordic Magazine et FIS.

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