Grégoire Millet : « le Tor des Géants est l’épreuve la plus belle au monde »

 

Mercredi, le Jurassien Grégoire Millet a terminé deuxième du Tor des Géants à Courmayeur. Entretien exclusif avec Nordic Magazine.


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Quel est votre état d’esprit après cette deuxième place du Tor des Géants ?
Très heureux, car la course a été rendue très difficile par les conditions climatiques rigoureuses et le rythme élevé sur la première partie de la course. Il y a tellement d’aléas sur une durée aussi longue et dans un milieu aussi exigeant qu’on est comblé quand tout se passe à peu près bien.

 

Quelle est, selon vous, la spécificité de cette épreuve ?

Sans contexte, le cumul de la distance, du dénivelé, de la technicité des terrains et de la privation de sommeil. Mais c’est aussi à mes yeux, l’épreuve la plus belle au monde par les paysages traversés mais aussi pour ce soutien incroyable des Valdotains dont on sent la fierté de faire découvrir leur pays.


L’édition 2012 a connu de nombreux abandons, notamment dans les rangs de favoris. Avez-vous eu besoin de votre côté d’une grande persévérance ?

C’est évidemment une qualité importante pour ce genre d’épopée au long cours. Pourtant, j’ai souvent cherché à d’abord vivre le mieux le moment présent sans trop penser à la suite.. Ce doit être une façon de se protéger.


Avec six autres concurrents, vous échappez à l’éboulement qui survient après le refuge Barmasse au kilomètre 240. Que vous êtes-vous dit quand vous avez appris l’interruption de la course ?

Je l’ai appris que très tard.. De toute façon, les trois premiers étaient détachés depuis le deuxième col (sur 25) et cela n’aura pas eu d’incidence majeure sur les premières places


Quel a été pour vous le moment le plus difficile ?

A partir du refuge Cuney (km 260), à cause d’une douleur au pied gauche, de la météo qui se gate et du fait d’être sur une portion très longue sans pouvoir avoir le soutien psychologique de mon assistance. Autre moment pénible, la portion Bonatti-Berthone car je pensais à tort être à la dérive.


Comment se prépare-t-on à parcourir 330 kilomètres et les 24 000 mètres de dénivelé positif en moins de 150 heures ?

C’est un peu long à expliquer en quelques mots. Disons que 30 ans de passion pour les sports d’endurance m’évitent sans doute quelques erreurs. Ma formation scientifique de physiologiste me permet peut-être de me poser les bonnes questions sur ce qu’est la performance en ultratrail alpin.

Je cherche à solutionner les problèmes qui peuvent se poser. J’avais une équipe d’assistance exceptionnelle avec un jeune apprenti qui démarre, Francois Millet, pour la logistique et le soutien psychologique, accompagné d’un étudiant en doctorat à l’Uni de Lausanne, Kenny Guex, qui est très rigoureux et compétent. Sans eux, je n’avais aucune chance d’aller au bout dans les mêmes conditions.


Les recherches que vous menez comme scientifique du sport aident-elles le sportif de haut niveau que vous êtes ?

J’ai été sportif de haut-niveau lorsque j’étais triathlète professionnel.. mais c’était il y a 25 ans ! Actuellement, à 50 ans, disons que je suis un vétéran éclairé J qui se lance parfois des challenges.

L’entraînement n’est pas et ne sera jamais scientifique. Mais les connaissances scientifiques sont déterminantes pour optimiser le processus qui conduit à la performance. Pour le Tor, gestion du poids, de la fatigue, de l’altitude, prévention des blessures… il y a encore de très grosses marges de progression dans une discipline aussi récente que le trail.


Sur quels sujets travaillez-vous actuellement ?

L’entraînement en altitude ; la prévention des blessures ; le monitoring de la fatigue… Des domaines qui ne nous éloignent pas trop du Tor des Geants, non ?