GTJ : Patrick Bohard raconte un hiver riche en exploits

Patrick Bohard a réussi le challenge des Grandes Traversées du Jura (180 km à skis) samedi 2 mars. Première tentative en skis classique, il a mis 14h 20 minutes pour parcourir les 180 km de la GTJ à skis.

Après une petite intervention chirurgicale, il  reprendra tranquillement l’entraînement en course à pied pour préparer au mieux la première course de la saison (Ultra Mallorque le 20 avril).

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Les coulisses des exploits

 

Ils sont tous passés chez Patrick Bohard, les challengers de la GTJ. Récit au cœur d’une belle aventure humaine.
Nous rappelons que Patrick tient avec Virginie l’auberge Sur la Roche au Chauffaud, sur la commune de Villers-le-Lac, premier hébergement sur la GTJ à ski de fond. 


Jeudi 21 février, 17h30 : Sylvie Negros passe à la maison récupérer la balise qui lui permettra d’être suivie par GPS grâce au système de navigation NEXXSTEP ; elle est accompagnée de Gilles qui assurera ses ravitaillements. A l’auberge la saison bat son plein, on prend ensemble un thé sur un coin de table. Sylvie n’a pu, suite à un empêchement, repérer la partie nord de la GTJ. Je lui indique les connexions les plus importantes et lui remet la balise pour un départ à 4h du matin.

 

Vendredi 22 février, 4h du matin : Dans des conditions météo dantesque (bise et froid glacial), j’assiste, admiratif et, je l’avoue, un peu inquiet, au départ de Sylvie qui réussira après s’être perdue de nombreuses fois à gagner Giron après une virée de 184 km, devenant du même coup la première féminine à tenter et réussir le challenge GTJ. Réellement impressionnante de volonté et de courage nous avons suivi en direct sa chevauchée fantastique !

 

Mercredi 27 février, 14h : rencontre avec Christelle Jouille que je connais évidemment de réputation. Christelle a un palmarès long comme mon bras mais son naturel et sa modestie facilitent le dialogue.

Christelle m’explique ainsi très simplement ses motivations et son envie de partager une aventure avec quelqu’un qui lui est cher (Florence Geymont-Golay).

 

Jeudi 28 février, 4 h du matin : Christelle Jouille et Florence Geymont- Golay s’élancent sur le challenge par équipe féminine du Meix-Musy.  Duo de choc , deux filles dans le vent. Jean-Pierre Henriet, posté au ravito de Chapelle-des-Bois dira d’elles : “j’ai skié une minute avec deux bolides supersoniques mais le mieux et le plus fou c’est qu’elles avaient le sourire jusqu’aux oreilles”.

 

Le même jour, le challenger Freddy Cannelle (individuel) s’élance à 5 h du matin pour une arrivée en fin d’après-midi à Giron. Pour des raisons de mise en route de la balise, Freddy n’a pu être suivi en direct. Après vérification, son temps sera finalement validé.

 

Jeudi 28 février,  20 h : Arrivée à l’auberge des challengers par équipe Xavier Thévenard et Didier Roy, accompagnés de leurs deux assistants François Rosset et Xavier Lanquetin.

Je prends le repas d’avant course avec eux et nous faisons tranquillement connaissance.

Je connais évidemment Xavier pour avoir couru sous les même couleurs (Team Asics ) ; nous avons d’ailleurs ensemble connu nos meilleurs souvenirs de course à Chamonix (CCC pour Xav’ et UTMB et TDS pour moi)

Je ne connais Didier qu’à travers la presse et ses résultats, et cela me fait vraiment plaisir de le recevoir et de mettre un visage sur un de nos meilleurs skieurs nordiques du massif jurassien.

 Les discussions s’engagent, les sujets ne manquent pas mais le challenge par équipe réussi en 11h30 et validé l’an passé est encore dans toutes les mémoires. La discussion s’anime.

Le règlement officiel du challenge GTJ a été modifié cette année interdisant notamment l’enneigement des routes pour le passage des coureurs et l’interdiction de dépêcher un engin de damage (montée des Verrieres-de-Joux au Tillau notamment). Pour Xavier et Didier, l’envie est grande et légitime de disposer des mêmes avantages que l’équipe détentrice du record actuel. Il leur est donc difficile de faire des concessions. Au dessert, Didier nous sort de l’impasse et débloque la situation : “On s’engage avec Xavier à déchausser sur toutes les routes et à monter la montée des Verrières-de-Joux à pied comme tous les autres challengers” (pour infos la montée des Verriéres avait étéspécialement tracée après le passage de Christelle et de Florence pour cette tentative par équipe). Merci Didier ! Pour moi, il s’agit là d’un geste de grande classe et peut-être même une motivation supplémentaire pour battre ce record,

 4 h : Didier et Xavier, surmotivés, partent du Meix-Musy pour arracher l’oriflamme de Giron dans un temps canon : 10h59. SUPERFANTASTIQUE !

 Preuve à l’appui, aucune route n’a été franchie skis aux pieds et la montée des Verrières a bien été montée à pied (en qualité de challenger j’y suis moi même passé le lendemain et il n’y avait effectivement aucune trace de ski dans la montée).

 

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Samedi 2 mars : j’ai décidé de décaler mon départ à 1 heure pour ne pas subir les heures chaudes de l’après midi et ainsi conserver de la glisse à l’arrivée à Giron. Côté fartage de retenu, il a fallu s’adapter très rapidement aux changements de température (de 3 degrés en début de parcours à – 15°C au sommet du Mont d’Or) au fur et à mesure de mon avancée et avec l’aide de Fabrice sur les points d’assistance, nous avons à chaque changements de skis fait les bons choix .

En avance sur mes temps de passage (prévision de 15 heures de course) j’ai réussi à maintenir cette avance jusqu’à l’arrivée et terminer en 14h18.

Cette traversée du Jura de 184 km marque pour moi la fin d’une expérience commencée il y à 2 mois en m’engageant dans un programme d’entraînement tourné exclusivement sur cet objectif et la pratique du ski de fond en style “classique”. J’ai ressenti beaucoup de plaisir et de sensations tout au long du parcours et je garderai de cette expérience que des souvenirs heureux et des moments partagés. Une sorte de “traversée du plaisir”.