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Guillaume Di Grazia, livre
Photo : Guillaume Di Grazia

Guillaume Di Grazia : « C’est le rêve de la France de juillet » [1/2]

GUILLAUME DI GRAZIA – Le journaliste montpelliérain Guillaume Di Grazia, ancienne voix du nordique sur Eurosport toujours aux manettes de la Tournée chaque année, publie son premier ouvrage consacré au dernier Tour de France, qu’il commente, et a la dantesque 19e étape, qui ne s’est jamais terminée. L’occasion pour Nordic Magazine d’interviewer ce passionné des petites histoires d’hommes qui font la grande. 

 

Lorsque nous contactons Guillaume Di Grazia pour savoir s’il serait partant pour accorder une interview à Nordic Magazine après la sortie de son livre Orage et désespoirs (Mareuil Éditions) consacré à la dernière Grande Boucle, sa réponse est immédiate : « Avec plaisir !!! » Dès le lendemain, et après la lecture express du livre, facile de lecture et terriblement passionnant, nous décrochons notre téléphone pour une exaltante discussion de près de 45 minutes.

Cette première partie de l’entretien est consacrée au livre en lui-même, très apprécié des lecteurs. « Je l’ai écrit pour qu’il plaise et ça fait plaisir d’avoir des retours positifs, nous explique-t-il en préambule. L’intérieur de la bulle [dans le livre il est beaucoup question de cette bulle, qui désigne la course, du premier coureur à la voiture-balai, ndlr.], c’est d’une fureur incroyable ». Comme cette interview.

 

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Guillaume Di Grazia : « L’envie d’écrire ce livre est née de la frustration de ne pas avoir vu cette journée aller jusqu’à son terme »

 

  • À quel moment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre ? 

Après la 19e étape [la grande étape des Alpes lors de laquelle les coureurs devaient arriver à Tignes, ndlr.], quand on est dans la voiture avec Jacky [Durand, ancien champion cycliste et consultant à ses côtés depuis de nombreuses années, ndlr.], on connaît le règlement et on sait qu’il y a eu quelque chose d’anormal et qu’on ne comprend pas. Mais je ne pense pas que ce soit le fond du livre : cela est plutôt une façon de le mettre en scène, de le romancer. C’était la bonne décision à prendre à ce moment-là pour la continuité sportive, de l’esprit du cyclisme. Comme le dit bien Christian Prudhomme [directeur du Tour de France chez ASO, société organisatrice de l’épreuve, ndlr.], une fois qu’Egan Bernal était devant, Thibaut Pinot à la maison et Julian Alaphilippe lâché, la messe était dite et c’était bien de valider ce passage dans les Alpes.

 

  • Le soir de l’étape, dans cette voiture, vous devez être sonné, comme la plupart des fans du Tour…

Après une histoire incroyable de trois semaines, ça ne pouvait pas se terminer comme ça… On a assisté à des coups insensés comme la victoire de Thomas De Gendt à Saint-Étienne après 200 kilomètres d’échappée. C’est dommage de ne pas avoir eu ce feu d’artifice. L’envie d’écrire ce livre est née de la frustration de ne pas avoir vu cette journée aller jusqu’à son terme. Ce n’est pas une histoire de victoire française ou pas, je m’en fiche. J’ai eu envie de me servir de ce petit goût d’inachevé comme carburant pour prolonger la chose.

 

« J’avais très envie d’écrire un livre sur la veillée d’armes avant la compétition par équipes de combiné nordique à Albertville »

 

  • Plus globalement, comment avez-vous vécu cette journée du 26 juillet 2019, tellement riche en émotions…

C’est très étrange. À un moment, depuis notre boîte en verre posée à côté de la ligne d’arrivée à Tignes, on avait beaucoup moins d’infos que les téléspectateurs informés via les réseaux sociaux. Je crois qu’on a vécu cette journée comme un jour où ça se passe mal. On avait tout pour vivre quelque chose d’extraordinaire et ce qui se passe, l’absence d’arrivée, c’est le pire. On a été frustré. Le Tour s’est arrêté, dans sa folie narrative et sa dramaturgie, ce jour-là sur un orage. On avait pensé tous les scénarios mais pas celui-là, même pas les personnes d’ASO et surtout pas les coureurs, les derniers au courant.

 

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Orage et désespoirs, Guillaume Di Grazia

 

  • C’est la première fois que vous publiez un livre : vous en aviez envie depuis longtemps ?

C’est mon premier petit bébé [sourire]. L’expérience est intéressante mais je ne vais pas mentir en disant que ma toute première idée de livre concerne le nordique. J’avais très envie d’en écrire un sur Albertville 1992 et la veillée d’armes avant la compétition par équipes de combiné nordique. On avait eu le doublé olympique Fabrice Guy/Sylvain Guillaume et il faut choisir le troisième homme. Cette nuit-là a été très longue, il y a peut-être eu un mauvais choix d’ailleurs [Francis Reppelin est préféré à Xavier Girard, ndlr.]. Ce qui est intéressant c’est que c’est une histoire d’hommes et c’est ce que j’aime raconter.

 

« Avec un Franc-Comtois qui fait la Transju’, on ne sait jamais… »

 

  • Votre ouvrage regorge d’anecdotes sur le Tour de France 2020 : comment êtes-vous allé chercher les secrets de la course que vous dévoilez ?

J’ai eu la chance d’avoir des personnes d’ASO qui m’ont accordé des entretiens. J’ai aussi eu Julian Alaphilippe, William Bonnet ou Thibaut Pinot dont je voulais absolument savoir le nom de sa prof’ de CM2, vous pouvez vérifier c’est la bonne [il éclate de rire]. La seule personne qui m’a refusé l’interview c’est Gianluca Crocetti, le président des commissaires du Tour de France : l’UCI voulait relire mes questions et avoir un droit de regard sur mon livre. C’est quelque chose que je ne souhaitais pas.

 

  • Lorsque l’on regarde la couverture (il y est écrit « Tour 2019 : pourquoi Julian Alaphilippe pouvait gagner le Tour de France ? »), on pense que le livre va être exclusivement centré sur le coureur de la Deceuninck-Quick Step, alors que ce n’est pas le cas…

On s’est servi de cet argument marketing pour vendre le livre mais quand on le lit on se rend bien compte que ce n’est pas fondé complètement là-dessus. Le but est plus de raconter les coulisses de cette immense machine qui se déplace tous les jours sur 4 000 kilomètres pendant trois semaines. Personnellement, à aucun moment je n’ai imaginé que Julian Alaphilippe pouvait gagner le Tour de France l’année dernière. Sportivement, je n’aurais pas pu l’expliquer.

Par contre, j’ai vu et on a tous vu, dans le Tourmalet et au Prat d’Albis, un Thibaut Pinot qui était le plus fort en montagne et capable de faire le vide derrière lui. Sur cette impression-là, je suis persuadé que Thibaut était là pour gagner le Tour. C’est surtout ça qui m’a marqué. Depuis 1989 [et les fameuses 8 secondes séparant Laurent Fignon de Greg LeMond sur les Champs-Élysées, ndlr.], je n’ai pas vu un Français qui soit à la bagarre, à la régulière, pour gagner le Tour. L’année dernière c’était le cas, est-ce qu’il aura encore une fenêtre de tir ? Après, avec un Franc-Comtois qui fait la Transju’, on ne sait jamais [rires]…

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« C’est le rêve du petit garçon qui a aujourd’hui grandi grâce à son métier »

 

  • Les premières pages se résument à un rêve lors duquel Bernard Hinault est tiré de sa quiétude bretonne par Christian Prudhomme pour aller sur les Champs-Élysées féliciter Julian Alaphilippe, son successeur : vous avez vraiment fait ce rêve ? 

[Il rigole] Le prologue est la seule chose inventée du livre. C’est un peu le rêve que la France de juillet, celle qui regarde uniquement le Tour de France, a fait. Cette France-là, c’est mon petit péché mignon, mes six ans dans le jardin familial. C’était le rêve du petit garçon qui a aujourd’hui grandi grâce à son métier. On est tous des enfants de six ans qui ont grandi.

 

> Orage et désespoirs, le premier livre de Guillaume Di Grazia est actuellement disponible dans toutes les bonnes librairies et, bien sûr, dans la boutique de son copain Nicolas Jean-Prost aux Rousses (Jean Prost Sport).

 

> La deuxième partie de cet entretien exceptionnel, consacré à l’amour inconditionnel de Guillaume Di Grazia pour le nordique, est disponible ICI

 

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Photo : Mareuil Editions.

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