Guillaume Di Grazia : « J’ai un côté mystique avec le saut à ski » [2/2]

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GUILLAUME DI GRAZIA – Le journaliste Guillaume Di Grazia, ancienne voix du nordique sur Eurosport toujours aux manettes de la Tournée chaque année, publie son premier ouvrage consacré au dernier Tour de France. L’occasion pour Nordic Magazine d’interviewer ce passionné des petites histoires d’hommes qui font la grande. 

 

Guillaume Di Grazia a accordé une interview à Nordic Magazine après la sortie de son livre Orage et désespoirs (Mareuil Éditions) consacré à la dernière Grande Boucle.

Cette seconde partie de l’entretien est consacrée aux différents parallèles pouvant être fait entre le cyclisme et les sports nordiques. Guillaume Di Grazia y clame aussi sont amour pour les sports blancs, qu’il a longtemps commentés pour Eurosport. Son légendaire « Campeon del Mundo !!!!! » le jour du sacre mondial de l’équipe de France de combiné nordique en 2013 résonne d’ailleurs encore chez tous les amoureux du nordique.

 

Guillaume Di Grazia : « Le commentaire qui m’a le plus marqué c’est la victoire des combinés dans la Val di Fiemme en 2013 : je les avais vu pleurer à Liberec et à Vancouver et, enfin, ils ne pleuraient plus »

 

  • Dans votre livre, vous parlez de chauvinisme : lorsque vous commentez des sportifs que vous connaissez dans la vie, comme Romain Bardet aujourd’hui ou Jason Lamy Chappuis par le passé, comment vous adaptez-vous ?

Je pense que je ne fais pas de différence entre ceux que je connais ou pas. Il y a plein de coureurs avec qui j’ai connu des petits moments comme ceux que vous avez cités mais aussi les cyclistes Julien Bernard et Julian Alaphilippe…

Comme je suis quelqu’un qui adore l’humain, j’avoue être beaucoup plus impliqué lorsque je connais ces personnes-là. Je suis davantage content si un Français gagne mais j’ai un immense respect pour tout le monde, Philippe Gilbert, Primoz Roglic et les autres. Ce que je veux dire à travers mon livre, c’est qu’en tant que journaliste sportif, on peut supporter les Français sans être aveuglés par un chauvinisme parfois nauséabond.

 

 

  • Vous êtes un amoureux du cyclisme et des sports nordiques : peut-on faire un parallèle entre ses sports-là ?

Entre le vélo et le ski de fond, le gros parallèle c’est la VO2 : ce sont des sports d’endurance. On s’aperçoit aussi que beaucoup de sportifs du nordique font du vélo l’été. Martin Fourcade était il n’y a pas si longtemps que ça avec l’équipe Arkéa-Samsic dans les Pyrénées. Je sais que Jason Lamy Chappuis en faisait beaucoup à une époque. Et l’inverse est vrai aussi : Romain Bardet est un fou de ski de fond, Guillaume Bonnafond [manager du feu Team Jobstation, ndlr.] aussi. L’équipe AG2R La Mondiale intègre le ski de fond à sa préparation, on va même jusqu’à tester le biathlon. Il y a pas mal de passerelles entre le cyclisme et les sports blancs. Vincent Descombes-Sevoie [ancien sauteur à ski tricolore, recordman de France, ndlr.] et son beau-père sont des fans du Tour…

 

« Les vainqueurs de Grands Tours sont des animaux de sang-froid, Martin Fourcade et Jason Lamy Chappuis avaient ça aussi »

 

  • Il y a des valeurs communes également…

Ce sont effectivement des gens passionnés. Quand ils te parlent de leur métier, il y a des étoiles dans leurs yeux : ils sont acteurs et fans de leur sport. Il y a aussi une vraie simplicité, ils ont toujours envie de t’expliquer, de te faire partager. Il y aussi, au-delà de tout, le contact avec la nature. Tous les coureurs que je connais te racontent qu’ils ont pris le vélo pour aller voir derrière l’horizon, pour découvrir le monde. Je crois que le mec qui part en ski de fond dans le Massacre ou ailleurs, il a ce but de contact avec la nature et d’aller chercher un nouvel horizon. Cette relation nature/effort est omniprésente.

 

  • Qu’est-ce qui rapproche les champions cyclistes et nordiques que vous côtoyez ?

Les vainqueurs de Grands Tours sont des animaux de sang-froid. Martin Fourcade et Jason Lamy Chappuis avaient ça aussi : ce sont des prédateurs de victoires. Ils ne sont jamais aussi calmes, investis et sûrs de leurs choix que lorsque ça devient compliqué. C’est ce qui est intéressant avec les vrais champions. Martin, quand il est au Club France à Vancouver en 2010, il met sa médaille dans le sac et il se casse (sic) [il raconte cette anecdote dans son livre, ndlr.] parce qu’il est déjà dans l’après.

 

« Avec cette médaille d’or, les quatre combinés français pouvaient partir tranquilles, ils avaient fait le job »

 

  • Que ce soit en cyclisme ou en ski nordique, vous vous êtes entouré d’une équipe de consultants qui sont devenus des amis (Nicolas Jean-Prost, Jacky Durand, David Moncoutié ou Steve Chainel) : c’est important pour vous ?

On n’est pas obligés de s’aimer, mais si c’est le cas c’est mieux [sourire]. C’est souvent en écoutant des conversations, des anecdotes le soir à table que j’ai des idées de relances pour le lendemain. En écoutant Nico [Jean-Prost] qui va parler avec un technicien d’une marque ou d’une autre… Ce sont ses discussions-là qui me nourrissent. Je suis un passionné, Jacky Durand, Nico, Steve Chainel, David Moncoutié aussi. C’est cette passion qui me nourrit et on en devient presque taré (sic). Avec Nico, quand on est en déplacement on ne parle que de ça [il insiste], je l’ai encore eu il y a quelques jours ! Ils ont tous nourri ma passion. Quand on s’aime, je pense que ça s’entend.

 

Orage et désespoirs, Guillaume Di Grazia

 

  • De tous vos commentaires, y’en a-t-il un qui ressort en matière d’émotions ?

Je dirais plutôt que c’est la somme de toutes mes émotions qui fait la richesse de ce que j’ai vécu aux commentaires. Si on parle de combiné, le 14 février 2010 et la victoire de Jason Lamy Chappuis à Vancouver, c’est exceptionnel : il part loin et on ne l’avait pas imaginé ce jour-là. Après, celle qui m’a le plus marqué c’est la victoire par équipes dans la Val di Fiemme en 2013. Tout simplement parce que je connais leur histoire, que je les ai vu pleurer à Liberec et à Vancouver et, enfin, ils ne pleuraient plus. C’était le travail de toute une génération, de tout un staff. Grâce à Nico Jean-Prost, on était privilégiés de pouvoir suivre ça presque en direct. Ce jour-là, j’étais content de le vivre parce que si cette consécration n’était pas arrivée, ils auraient tous gardé un petit goût amer en eux. C’était la validation d’une bande de potes qui se suivait depuis les juniors. Avec ça, ils pouvaient tous les quatre partir tranquilles. Ils avaient fait le job [il répète].

 

« Il a quelque chose de très puissant pour moi dans le saut à ski. J’ai une admiration pour ces brindilles qui volent à la limite. C’est une espèce d’état de grâce que j’aime beaucoup »

 

  • Tous les ans, entre les fêtes de fin d’année, vous continuez de commenter la légendaire Tournée des Quatre Tremplins : c’est votre petite madeleine de Proust ?

C’est vrai qu’il y a quelque chose avec la Tournée, surtout avec la particularité de cette date. Ça fait des années que je ne passe plus le Jour de l’an avec mes copains… ils s’appellent plutôt Janne Ahonen, Jakub Janda, Kamil Stoch ou Adam Malysz [il prend bien soin de dire les noms des sauteurs avec la prononciation locale, ndlr.] ! En 20 ans, j’ai passé un 31 décembre avec mes amis, mais c’était un cas de force majeure. J’étais de retour à Paris le matin du 1er janvier.

 

 

  • Pour rien au monde vous ne lâcheriez la place de commentateur de la Tournée ? 

Nan, nan. Je suis piqué au saut à ski. Pour moi, ça dépasse même le sport, j’ai un côté un peu mystique par rapport à lui. Il y a le rêve d’Icare, l’homme qui descend d’en haut et les gens qui lèvent la tête en attendant cette espèce de demi-dieu. Il a quelque chose de très puissant pour moi dans le saut à ski. J’ai une admiration pour ces brindilles qui volent à la limite. C’est une espèce d’état de grâce que j’aime beaucoup. À un moment donné, on se balance la tête en avant… et on y va [ému].

 

« J’aime bien ce moment où ça part en couille »

 

  • D’ailleurs, le 27 juillet 2019, pendant très longtemps, on ne savait pas si la 20e étape du Tour de France allait s’élancer : finalement, c’était comme un concours de saut à ski s’éternise à cause des conditions aérologiques…

J’ai l’habitude de parler pour rien dire grâce au saut à ski [il rigole]. Parfois tu tiens l’antenne pendant une heure où il y a deux petits sauts. Le saut à ski m’a préparé à parer à tous les genres de problèmes à l’antenne [rires]. C’est grâce aux heures de vent mauvais que je me sens moins en difficulté lorsqu’il n’y a plus rien à dire. J’avoue même qu’à force j’en ai pris un petit plaisir. J’aime bien ce moment où ça part en couille (sic). En matière d’excitation professionnelle, ce n’est pas mal.

 

> Orage et désespoirs, le premier livre de Guillaume Di Grazia est actuellement disponible dans toutes les bonnes librairies et, bien sûr, dans la boutique de son copain Nicolas Jean-Prost aux Rousses (Jean Prost Sport).

 

> La première partie de cette interview exceptionnelle, consacrée au livre en lui-même, est disponible en cliquant ICI

 

Photo : Mareuil Edition.

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