J-1 mois avant Ruka : immersion aux confins de la Laponie

SKI DE FOND / COMBINE – Dans moins d’un mois, le rideau s’ouvrira sur la coupe du monde de ski nordique 2018… Immersion et reportage à Ruka, aux confins de la Finlande et de la Russie pour un moment à part dans la saison.

 

 

Une lumière étonnante quelque part entre chien et loup tout au long de la courte journée d’hiver, une nature omniprésente, un soleil presque invisible, Ruka annonce la couleur à ses hôtes. Partout dans la station de ski finlandaise, des banderoles affichent les coordonnées GPS qui font la réputation du site : 69° Nord / 29° Est. Pas moyen de se tromper sur la latitude des lieux : bienvenue dans le cercle polaire arctique. Bienvenue aux confins de la Laponie…

 

Chaque hiver, c’est là-haut, au nord de la Finlande à près d’une heure de vol de la capitale Helsinski que les meilleurs skieurs de fond, combinés et sauteurs à ski se retrouvent pour la traditionnelle ouverture de la coupe du monde fin novembre. Une date clé à la fois attendue et redoutée par les sportifs : « Kuusamo, c’est souvent une rentrée très difficile, les Scandinaves sont remontés comme des coucous, tout le monde est affûté pour les premières courses et pour ne rien gâcher, les pistes sont difficiles », témoigne Roddy Darragon. Le Bornandin, vice-champion olympique de sprint, s’y rend pour une mission de technicien pour une marque de ski. Pour les équipementiers aussi, il s’agit de ne pas manquer cette entame suivie par de très nombreux medias. « Un peu comme pour les athletes, c’est une façon de valider le travail realisé dans les ateliers de fabrication cet été. Les représentants des marques sont parfois aussi excités que les coureurs », sourit-il.

Plus qu’un rendez-vous, Ruka, c’est une ambiance… Au nord-est du cinquième plus grand pays de l’Union européenne bordé par la mer Baltique, le golfe de Finlande, la Russie, la Norvège et la Suède, la region d’Ostrobotnie du nord dévoile son paysage forestier et lacustre ; pas moins de 3000 lacs sont referencés en Finlande !

Les forêts de résineux, essentiellement des sapins, s’étendent à perte de vue dans une ambiance frigorifiée, figée par le froid ambiant. A cette période de l’année, le thermomètre ne dépasse plus la barre des zero degrés depuis longtemps tout comme le soleil ne dépasse rarement l’horizon plus d’une heure par jour. « Et encore, souffle Jean-Pierre Giachino, technicien pour l’équipe de France de ski de fond. Je suis monté une dizaine de fois ici et j’ai apercu le soleil seulement deux fois. Le temps est souvent couvert ou neigeux. C’est aussi ce qui fait le charme des lieux ».

Une ambiance très nordique propre à la region de Kuusamo, la principale ville de près de 17 000 âmes située à 20 km de Ruka : « L’ambiance et le décor ressemblent à ce qu’on retrouve en Suède sauf qu’ici, c’est à la sauce finlandaise : il fait plus froid et surtout plus nuit ! », témoigne Moah Hoja, une journaliste qui couvre la coupe du monde pour un quotidien du nord de la Suède. Elle trouve d’ailleurs dans la rivalité nordique entre Suède, Finlande et Norvège une matière illimitée pour ses articles : « Nos pays aiment se detester… depuis toujours. Et c’est pareil pour les coureurs ! »

 

 

Une ambiance cosy unique

 

 

« Cette ambiance cosy est unique sur le circuit de la coupe du monde, atteste la coordinatrice media du combiné nordique, Silke Tegethof. Ici, il fait nuit tôt, les gens sont proches, se tiennent chaud, aiment passer du temps ensemble, partager un thé… J’adore cette atmosphere. Et surtout, il y a Santa Claus et sa femme qui sont presents chaque année. C’est une particularité de Ruka. »

Les intéressés enchaînent en effet photos et selfies avec les meilleurs sauteurs de la planète et avec le public. Le Père Noël polyglote se prête volontiers aux échanges, surtout avec les enfants qui ouvrent de grands yeux plein d’étoiles sur son passage ! Car peu importe la météo et le froid, parents, grands-parents et enfants sortent pour assister au spectacle. Partout des drapeaux bleu ciel et blanc mais aussi des étoffes venues de Suisse et d’Allemagne flottent dans la raquette du stade. « Notre mode de vie est très lié à la météo, éclaire le bonhomme à la grande barbe blanche. Durant l’hiver qui dure six mois ici, et l’été qui en dure presque autant, les Finlandais ont l’habitude de sortir, de partager des événements ensemble. » Cette bi-saisonnalité avait d’ailleurs amusé Coluche en 1989 : « J’ai été en Laponie. J’ai été reveillé un matin : “Police ! Qu’est-ce que vous avez-vous fait dans la nuit 23 novembre au 27 avril ?”»…

Cette maman de deux jeunes bambins aux joues rosies, emmitouflés des pieds à la tête, sourit en écoutant les propos du plus célèbre des personnages finlandais dans le monde. « Comme nos voisins norvégiens ont l’habitude de le dire, il n’y a pas de mauvais temps, seulement des mauvais habits. » Un proverbe local confirme : “Une chemise de toile cousue par sa mère est chaude, une chemise de laine cousue par une étrangère est froide.” Cette culture de la famille et de l’outdoor est brandie comme un mode de vie, un art de vivre pratiqué au quotidien dans les pays scandinaves…

 

Mikka, la quarantaine, supporter vêtu du maillot de l’équipe nationale de hockey sur glace, les Leijonat (les lions, NDLR), se réchauffe en faisant… des pas de telemark sur place avec ses amis arborant les mêmes couleurs : « Vous savez ici, l’hiver dure tellement longtemps que nos enfants font du ski avant de savoir marcher. En ski de fond, de randonnée, alpin, en famille, à l’école ou en club, le ski est partout ! Et puis ici, on est resté sur du vrai style classique, c’est important pour les amoureux de ce pas », dit-il avant de se restaurer d’un énorme steak de saumon cuit au feu de bois. Sa fille préferera terminer le repas pris sur le pouce devant un brasier de bûches par quelques réglisses, dont Helsinki s’est proclammée capitale. Les bonbons noirs ou de toutes les couleurs débordent des étales aux abords du stade. Ils sont preparés de multiples façons : aux fruits, au chocolat, mous, durs, parfois salés aussi !

 

 

“Conduis-toi au sauna comme à l’église”

 

 

En soirée, les amis se retrouveront au sauna, une habitude qui est tout sauf un cliché. Un proverbe finnois dit d’ailleurs : “Conduis-toi au sauna comme à l’église”. Dans le principal hôtel-restaurant du site, une porte du sauna donne directement sur le lac gelé où un accès à l’eau a été gagné sur la glace. « On a testé l’an passé avec Baptiste, se souvient Cyril Burdet, entraîneur de l’équipe de France. C’est une experience disons intéressante de passer de la chaleur moite à l’eau glacée ! On ne pouvait pas venir en Finlande sans l’expérimenter. »

 

La culture nordique est partout palpable. Y compris pour les Français qui ont leurs quartiers d’hiver établis, depuis plusieurs années déjà, au Rukatonttu ; des chalets tout confort à deux pas du stade. « La Laponie et le grand nord que je découvre dégagent une atmosphère très particulière », s’enthousiasme le skieur Alexandre Pouye. La neige fine et froide très typique de ces latitudes pose souvent problèmes aux techniciens français (lire par ailleurs).

 

 

200 jours de ski par an

 

 

« Ruka est une étape un peu à part, comme une rentrée des classes après de longues vacances, appuie Gérard Colin, entraîneur de l’équipe de France de saut. Historiquement, c’est une étape immanquable du calendrier. Je me souviens avoir sauté ici dans les années 1979 – 1980 ! » Mais ce n’était pas encore sur l’impressionnant tremplin HS142 de Rukatunturi, le plus grand de Finlande, d’où la vue sur une nature preservée et sauvage est exceptionnelle.

L’endroit est joli certes, mais aussi redouté pour une reprise de la compétition internationale : « A Kuusamo, il y a souvent beaucoup de vent et pour les sauteurs, c’est très impressionnant surtout pour les plus jeunes. Il faut oser s’engager », répète souvent l’ancien sauteur Nicolas Jean-Prost, consultant sur Eurosport. Mais s’envoler dans la nuit finlandaise, chahuté en l’air par les coups de vent, c’est aussi grisant pour certains. La rage de vaincre affiché par Vincent Descombes-Sevoie après un saut réussi en témoigne : « J’aime jouer sur ce genre de gros tremplins, je m’y sens bien ». La preuve, le Chamoniard y signa ce soir là son meilleur résultat en carrière (5e).

Rujatunturi, c’est aussi le nom du sommet le plus haut de la region, perché à 492 mètres. D’en haut, une trentaine de pistes de ski alpin desservent les deux pans de la colline. Les Lapons pratiquent la descente très souvent en nocturne, dès 15h, au pays où lever et coucher de soleil se confondent presque. Avec 200 jours maximum d’ouverture par an, la station peut se targuer du record national !

 

Reportage paru dans Nordic Magazine #21 en décembre 2016 –

 

 

 

 

1 Comment

  1. JFM

    01/11/2017 à 16 h 31 min

    Si seulement vous connaissiez la Finlande aussi bien que la Norvège ! Ni Ruka ni Kuusamo ne sont en Laponie. La frontière n’est certes qu’à quelques dizaines de kms, mais à appeler l’endroit “le cœur de la Laponie”, vous risquez de vexer de vrais et irrascibles Lapons 🙂

    Rukatunturi n’est d’ailleurs je crois pas aussi haut que son voisin, Valtavaara, par lequel passe d’ailleurs une superbe piste de fond.

    Par contre en effet, la neige froide et fine (pakkaslumi en finnois) est bien différente de la neige humide et épaisse du sud…

    Merci pour votre travail !
    Un bisontin expatrié.

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