Jean-Marc Gaillard, chevalier Gaillard

Jean-Marc Gaillard, ski de fond
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SKI DE FOND – Naturellement altruiste et toujours bienveillant à l’égard de ses collègues et amis, Jean-Marc Gaillard assume joyeusement son statut de vétéran de l’équipe de France de ski de fond. Et fait l’unanimité sportivement comme humainement.

 

Une statistique parmi d’autres pour illustrer la longévité hors normes de l’athlète : Jean-Marc Gaillard est (et restera) le seul fondeur à avoir disputé l’ensemble des quatorze premières éditions du Tour de Ski.

De là à faire de Gaillard, également membre de l’équipe de France des Douanes, un monument, il n’y a qu’un pas : presque deux décennies passées sur la coupe du monde, un palmarès riche de deux médailles olympiques et d’une mondiale, une collection de titres nationaux, une victoire sur la coupe du monde à Liberec… Mais au-delà de sa vitrine de trophées, c’est surtout le bonhomme qui suscite l’admiration. « Quand Jean-Marc tournera la page du sport de haut niveau, les gens se souviendront tout autant de ses exploits sportifs que de sa personnalité attachante, simple et accessible », prédit David Dupuis, ami d’enfance et président du fan-club du champion haut-savoyard.

 

Jean-Marc Gaillard, ski de fond

Jean Marc Gaillard (FRA) – Modica/NordicFocus

 

L’intéressé est conscient que son parcours n’a pas grand-chose d’ordinaire dans le sport élite moderne : « C’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. Finalement, le temps est passé vite et, aujourd’hui, je ne sais pas si ce sera ma dernière saison ou pas car j’ai toujours autant de plaisir à m’entraîner et à courir. Je ne ressens pas de ras-le-bol. Et puis je me sens bien dans le groupe où je suis tout sauf indispensable », développe Jean-Marc Gaillard.

 

Chef d’équipe

À trente-neuf ans, le natif d’Annemasse (Haute-Savoie) qui a grandi à Éteaux (entre Annecy et La Roche-sur-Foron) et fait ses premiers parcours de ski de fond sur le petit site de La Chapelle Rambaud, a pourtant tout du cadre indéfectible dans l’équipe de France. « Jeannot (sic), c’est un peu notre baromètre atmosphérique : quand il va bien, l’équipe va bien. Je le vois un peu comme le capitaine. Lors des week-ends de compétition où il n’est pas là, on sent qu’il manque au collectif, explique François Faivre, entraîneur des tricolores et ami proche. Cela tient au fait qu’après dix-neuf ans sur le circuit, il relativise pas mal et arrive à faire la part des choses. Il a aussi toujours ce côté très jeune. Et ça passe avec tout le monde car il écoute les gens. » « Jean-Marc est naturellement altruiste, appuie Robin Duvillard qui le connaît très bien pour avoir partagé toute sa longue carrière avec le Haut-Savoyard. Il a toujours vécu à travers l’équipe et cherché à apporter le meilleur aux autres. C’est en lui, il prend soin de tout le monde, du staff aussi, pas seulement des athlètes. Cette vie d’équipe lui importe beaucoup. »

Le fondeur de Villard-de-Lans (Isère), qui a fait partie du premier relais olympique français médaillé de bronze à Sotchi en 2014, va même plus loin pour expliquer la longévité de son « partenaire de chambre idéal » : « Il a l’aventure humaine chevillée en lui, elle est presque plus importante que ses résultats individuels. Sur un relais, il est toujours présent pour les autres. Il apporte à l’équipe, qu’il porte un dossard ou pas, qu’il soit à la maison ou sur la piste. On va penser à lui. Il est vraiment aimé de tous, il compte beaucoup pour moi et comptera encore bien après ma carrière. »

 

Jean-Marc Gaillard, ski de fond

Jean Gaillard (FRA) – Modica/NordicFocus

 

Jean-Marc Gaillard incarne également un maillon entre plusieurs générations de fondeurs. Il a commencé par le groupe Vittoz, Rousselet, Jonnier et Perrillat, a vécu en tant que cinquième homme la première victoire en relais, à La Clusaz (Haute-Savoie) en 2003. Aujourd’hui, il accueille la relève bleue : Tom Mancini, Hugo Lapalus, Jules Chappaz, Jules Lapierre qui affichent à peine une vingtaine d’hivers.

« On a des jeunes que beaucoup de grandes nations nous envient, souligne l’heureux vétéran. Ils sont ”top” avec moi et me charrient de temps en temps. Mais je ne me sens pas investi d’une mission de transmission. Tant mieux si je leur apporte quelque chose car, de mon côté, j’apprécie leur fraîcheur. »

 

Des médailles bien fêtées

« Il partage volontiers son expérience sans pour autant l’étaler, nuance François Faivre. Il est très facile à vivre. Tout le monde trouve sa place autour de Jeannot car il est content d’être là avec l’équipe ! »

« Jean-Marc est quelqu’un avec qui on peut discuter, qui a un bon esprit. Avec moi comme avec d’autres, sa bienveillance met à l’aise, il prend souvent de mes nouvelles, confirme Jules Lapierre, révélation de l’hiver dernier mais blessé cette saison. Il est un peu comme un musée, il a connu des périodes qui me paraissent extrêmement lointaines et remontent à mon enfance », s’amuse le Chartrousin, épaté par la carrière de son aîné. « Qui aime bien châtie bien », encaisse Gaillard qui essuie régulièrement les quolibets de ses jeunes équipiers. Mais qui le leur rend bien grâce à son sens bien senti de la répartie et de la taquinerie !

« Pour moi, il est le lien de vingt ans d’histoire du ski de fond alors qu’il n’a jamais été dans la lumière, comme Vittoz et Manificat. Mais il a été incontournable, ajoute Robin Duvillard, il tenait la baraque sportivement et reste le garant d’une bonne ambiance de groupe et d’équilibre au sein de l’équipe de France. Quand il n’est pas là, il manque aux gens… » Avant de briller aux Jeux de Sotchi, aux Mondiaux de Falun puis de nouveau sous les anneaux olympiques de Pyeongchang, Gaillard s’était presque fait une raison : « J’avais fini par me dire que les médailles étaient pour les autres. Il aurait été dommage d’arrêter avant ces bons moments », sourit-il, en piochant dans le paquet de bonbons posé sur la table de son appartement de Prémanon (Jura). Son péché mignon !

 

Jean-Marc Gaillard, ski de fond

Jean Marc Gaillard (FRA) – Modica/NordicFocus

 

Cette discrétion et cette simplicité, Jean-Marc la doit sans doute à ses parents. Troisième d’une fratrie où figurent deux grandes sœurs, « Jean-Jean » a grandi dans une famille pratiquant le sport plaisir, contemplatif même lorsqu’il partait en ski de randonnée avec son papa. « Je suis ravi de lui avoir donné le goût du sport dans une approche ”nature et paysage”, et le plaisir simple d’être en montagne », ajoute Robert Gaillard qui, lui non plus, n’imaginait pas une telle destinée pour le fiston. « Une médaille olympique dans la famille, c’était tout simplement inimaginable, du domaine d’une autre galaxie… Celle de Sotchi a donné lieu à beaucoup de larmes de bonheur », appuie le papa, la voix encore tremblante d’émotion.

« On a vu du pays grâce à Jean-Marc qu’on a suivi à Liberec, Oslo, Val di Fiemme. Et chaque médaille a donné lieu à une belle java, se souvient David Dupuis. Mais au-delà des résultats, on avait plaisir à partager un moment avec lui après les courses, pour parler de tout et de rien. Il prenait des nouvelles des uns et des autres en toute simplicité. »

On y revient. Sans oublier « la convivialité qui est une de ses bases de vie. Jean-Marc est très fidèle en amitié, à son territoire, à son club de toujours, le Pays Rochois », ajoute le copain d’enfance. « Aller boire une bière après les compétitions sans autre pensée que celle de partager un moment ensemble, c’est du Jean-Marc tout craché », ajoute Robin Duvillard. Après avoir perdu sa maman assez jeune, Gaillard sait aussi combien ces moments peuvent être précieux, dans la vie comme dans le sport. « Il a beaucoup d’humour, avec la petite blague qui va bien tout le temps. Il croque la vie dans le bon sens du terme, sans se prendre la tête », ajoute David Dupuis.

 

Le chouchou du public

Aux côtés de « Gaëtane, sa compagne passionnée de ski, qui le soutient de manière parfaite et qui fait tout pour que Jean-Marc puisse s’épanouir et continuer le haut niveau », note l’ami de la famille, le doyen de l’équipe poursuit son bonhomme de chemin. L’évocation des principaux souvenirs de sa carrière ne tourne pas seulement autour de ses résultats. Le double médaillé olympique se souvient par exemple avec émotion de la médaille d’argent mondiale décrochée par Maurice Manificat à Falun. « Ça m’a beaucoup touché. Tout comme les résultats collectifs car je savais d’où on venait et ce qu’on avait traversé pour en arriver là », note-t-il.

 

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Jean Marc Gaillard (FRA) – Modica/NordicFocus

 

Ce coéquipier modèle jouit aussi d’une bonne réputation dans le peloton comme auprès du public. D’ailleurs, il lui arrive régulièrement de croiser d’anciens adversaires devenus coachs comme l’Italien Pietro Piller Cottrer ou l’Allemand Tobias Angerer : « C’est toujours sympa d’échanger sur nos vies d’hier et d’aujourd’hui ! » Autre exemple de cette aura qui l’accompagne, lors de la coupe du monde italienne de Cogne, Gaillard fut l’étranger le plus applaudi par les supporteurs lors de son entrée sur le stade !

Alors forcément, un tel charisme dans un collectif sera difficile à combler. Gaillard manquera à beaucoup lorsqu’il tournera la page du haut niveau. « L’après Jeannot me pose question, assure François Faivre. Et je n’ai pas de réponse si ce n’est que ce sera différent sans lui car il reste une pièce majeure de notre collectif. » Mais ce temps n’est pas encore venu…

 

Ce portrait est paru dans le Nordic Magazine #33 (février 2020)

 

Photos : Nordic Magazine et Nordic Focus. 

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