Jean-Marc Gaillard : « La médaille du relais appartient à tout le monde »

Après Turin en 2006 et Vancouver en 2010, Jean-Marc Gaillard a brillé avec le relais français à Sochi en se parant de bronze. Retour sur les derniers Jeux du fondeur d’Annemasse, âgé de 34 ans, au fil du long entretien qu’il a accordé à Nordic Magazine avant de s’envoler pour Lathi, théâtre de la prochaine coupe du monde.

Jean-Marc Gaillard, quelle émotion particulière avez-vous ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée du 50 km en 35e position ?

Je ne me suis pas dit : c’est ma dernière course olympique. J’ai plus ressenti de la déception lors de cette course où je n’ai pas eu l’impression d’être au maximum de mes moyens. C’était de la frustration, mais aussi du soulagement d’en avoir fini car j’ai trouvé les derniers jours fatigants nerveusement et physiquement. Je suis arrivé au départ du 50 km un peu vidé. J’ai fini avec les crampes, ça ne pardonne pas à ce niveau là. Mais là, je suis encore sur mon petit nuage après le relais. Avoir fait trois olympiades est une grande chance. J’en ai profité à fond. Après Sochi, je n’ai ni regrets, ni remords, ni nostalgie…

 

Vous avez signé une belle entrée en matière avec la 6e place du skiathlon à 13 sec pile du podium…

Oui, ça a bien lancé la quinzaine, c’était important pour moi de bien commencer. C’était mon principal objectif individuel car après je savais que collectivement il y avait moyen de bien faire. C’était pas évident d’entamer les Jeux avec cette course. C’est une belle satisfaction d’arriver au pic de ma forme sur cette course. La préparation a payé. Les sensations étaient très bonnes ce jour là. Quand ça part dans la dernière bosse, je me sens juste, j’ai les jambes qui me lâchent… c’est un peu frustrant car le souffle répondait bien.

 

Jean-Marc Gaillard n'a aucun regret d'avoir mis de côté la finale du team sprint.

Jean-Marc Gaillard n’a aucun regret d’avoir mis de côté la finale du team sprint.

Le team sprint confirme les bonnes sensations mais avec Cyril Miranda, vous renoncez finalement à la finale ?

On renonce car ça a été compliqué après le forfait de Maurice au dernier moment. Cyril qui apprend ça deux heures avant la course : il n’était pas dans sa meilleure forme de sa vie. Je me suis dit, on tente et on verra bien. Ça aurait été dommage de ne pas tenter. On se rend compte qu’on n’y est pas. Personnellement, je ne voyais pas l’intérêt d’aller en finale avec cet état de forme. J’avais pourtant de grosses ambitions sur cette course.

 

Et puis il y ce relais, cette médaille collective tant attendue après les 4e places de Turin (remplaçant) et Vancouver. La fin de la malédiction ?

Excatement. A Vancouver, la 4e place a été très dure à digérer car on imaginait déjà la couleur de notre médaille et on est tous tombé de haut. Ce fut très très dur à encaisser. Cette année, on s’est dit il faut aller la chercher. On savait que Suède, Norvège et Russie étaient au-dessus du lot. On faisait partie des outsiders avec l’Allemagne, l’Italie… On savait que si tout jouait, ça le ferait.

On forme un chouette relais, on se complète tous : avec Momo on apprécie le classique alors qu’on a deux spécialistes skateurs avec Ivan et Robin. Ça été une journée idéale !

« On forme un beau relais, on est très complémentaire. »

« On forme un beau relais, on est très complémentaire. »

 

D’avoir vécu cette médaille avec Vincent Vittoz, Manu Jonnier et Alexandre Rousselet sur place donne-t-il une saveur particulière à cette médaille ?

C’est sûr, le bonheur est encore plus grand. De partager ça avec eux fut un grand moment. On savait qu’ils seraient là ce jour là, ça a ajouté de la pression positive. Cette médaille est celle du staff aussi, des entraîneurs, c’est chouette de les avoir avec nous. Alex m’a dit au moment de me donner mes skis « C’est fini la guigne, ramenez la médaille » ; Ils nous ont poussés.

A titre personnel, ce sont des bonhommes qui m’ont fait rêvé à La Clusaz, maintenant ils ne sont plus là et je fais figure d’ancien dans l’équipe. Je pense aussi à Roberto Gal mon entraîneur pendant 10 ans. C’était vraiment génial de la partager avec tous ces gens car elle appartient à tout le monde. C’est une médaille très spéciale qui arrive pile 10 ans après La Clusaz. Ça aurait été dur de repartir sans médailles des Jeux. Pour tout le monde. La jeune génération est très forte. On leur montre que tout est possible, il va falloir surfer sur leurs résultats. Je ne suis vraiment pas inquiet pour le ski de fond français

 

Par contre, les gamelles dans les relais, c’est vraiment obligatoire ?

Je tombe car je suis à l’attaque (rires) ! On prend des risques comme à Vancouver. Je vais me faire chambrer toute ma vie mais avec le résultat derrière, ça passera bien ! Ça fait partie du caractère du bonhomme !

 

Les particularités de Sochi par rapport à Turin et Vancouver ?

On savait pas à trop quoi s’attendre avec tout ce qu’on entendait. Durant l’automne, rien n’était fini comme à Turin d’ailleurs. Il y avait aussi des craintes d’attentats. Sur place, la sécurité était discrète et efficace, on a trouvé les Russes très accueillants. Ils ont été de très bons supporters, chauvins mais ils soutiennent aussi les autres nations. Ce sont des JO dans la lignée de ce qu’on a vécu ; chaleureux, les plus beaux à mes yeux. On avait un beau stade plein pour chaque course et une météo assez belle. Ils ont mis les gros moyens et terminent en tête du classement. Tout le monde est reparti comblé.

 

« La cérémonie au Parc olympique restera LE moment de ces Jeux ».

« La cérémonie au Parc olympique restera LE moment fort de ces Jeux ».

Vous ne verrez sans doute pas les Jeux de Pyeonchang mais à coup sûr les mondiaux de Falun l’an prochain qui s’annoncent très populaires, Suède oblige…

Ce sera le prochain gros rendez-vous. Depuis plusieurs années, on y fait les finales de la coupe du monde. Ça devrait être comparable aux mondiaux d’Oslo en termes de public. On en aura un avant-goût cette fin de saison. Ça fait un très bel objectif : je suis déjà presque ravi de repartir en préparation estivale après cette médaille. C’est chouette d’enchaîner avec des mondiaux après ces belles émotions. On ira là-bas avec des ambitions.

 

L’image olympique de Sochi qui vous restera en mémoire ?

C’est le parc olympique en bas de la montagne, quand on est allé à la remise des médailles en soirée. Il y avait un éclairage féérique, grandiose, on en a pris plein les yeux. Nous sommes remontés tout joyeux de ce moment autant pour la médaille que pour la magie de ce site magnifique.

 


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