Jérémy Weibel 110e de la Vasaloppet : “Nous les Français devons progresser”

110e et premier Français de la Vasaloppet, le fondeur du SC Ranspach Jérémy Weibel revient sur sa course où il aimerait voir plus de Français jouer devant. Cela pourrait passer par la création d’un team pro ou semi-professionnel.

 

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Jérémy Weibel : “Le niveau d’ensemble de la tête de course ne cesse d’augmenter” (Photos François Tornier)

 

Jérémy Weibel, ça fait quoi de terminer premier Français sur la plus grande course du monde, la Vasaloppet ?

Premier Français, il faut tout d’abord recontextualiser le terme !!! Si on prend la liste de départ et qu’on recherche le nombre de Français présents, le nombre reste faible par rapport à d’autres nations. Ensuite si on se réfère au niveau de tous ces Français engagés (sans vouloir rabaisser la performance de chacun) je pense que ce terme honorifique doit plus nous faire réfléchir quant à l’engouement de cette course en France et de façon générale du nordique en France. Je préfèrerais faire 110e et 10e Français et que le premier d’entre eux puisse jouer la gagne.

 

Pensiez-vous, avant le grand départ de plus de 16 000 skieurs, réaliser une telle performance 110e en 4h19 ?

En terme de performance chronométrée, je n’y accorde que peu d’importance. En effet, suivant les conditions de neige cela peut varier très vite. J’ai fait 46e en 4h47 et 80e en 3h57. Je me penche sur le chrono uniquement pour savoir si la course sera plus ou moins rapide afin de mieux gérer les ravitaillements. En termes de place, c’est ma plus mauvaise place depuis mes débuts sur la Vasaloppet mais le niveau d’ensemble en tête de course ne cesse d’augmenter.

 

Votre Graal était votre victoire sur la Transju’classic l’an passé, cette édition de la Vasa restera-t-elle comme un grand souvenir également ? 

Bien sûr le goût de la victoire sur la Transju a toujours une saveur plus particulière qu’une place dans le top 100 ou top 50 sur une Vasa. Mais quand on y est, quand on est dans cette ambiance, on sent que l’on rentre dans “l’âme” du nordique. Toute la population est réunie autour de l’événement, c’est incroyable la ferveur populaire qui se dégage autour de cette course.

C’était ma 5e Vasa et chaque année aussi différente soit-elle, il y a toujours des souvenirs des anecdotes qui nous restent et forcément un peu plus d’expérience.

 

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“Les 20 premiers kilomètres se font sur un ryhtme très très soutenu”, souligne l’Alsacien.

 

Je préfèrerais faire 110e et 10e Français et que le premier d’entre eux puisse jouer la gagne”

 

Comment avez-vous vécu cette course de 90 km ? Des hauts et des bas où plutôt un effort à gérer de la meilleure façon possible ?

Pour cette année, je voulais tenter d’accrocher le groupe de tête (soit une cinquantaine de skieurs) après la première grosse montée du départ. Malheureusement comme l’an passé je suis dans la tête du second groupe n’ayant pas réussi à accrocher le premier. Le départ se fait sur un rythme très très élevé. J’ai donc effectué 55 km a un rythme très soutenu accompagné de Rikard Tynell (frère de Daniel), Thomas Freimuth ou encore Thomas Jacubek qui ont quelques références en longues distances. Nous avons tout donné pour tenter de rentrer sur l’avant de la course mais en vain. S’en est suivi pour moi 20 km assez durs où j’ai un peu payé mes efforts du début de course et j’ai dû laisser filer certains de mes compagnons et d’autres comme moi étaient également en souffrance. On s’accroche, on se dit que ça va revenir, on boit un peu plus lors des ravitaillements et à 20 km du but ça allait mieux pour moi et j’ai pu reprendre un rythme un peu plus soutenu jusqu’à l’arrivée en grignotant quelques places mais la course était jouée.

 

Qu’est ce qui est le plus dur sur une telle distance ?

Sans hésiter la vitesse qui est très soutenue du début à la fin. Nous sommes à 20 km/h de moyenne. Et maintenir un tel rythme après 60, 70 puis 80 km c’est vraiment usant.

 

La création d’un team nous permettrait d’avoir des moyens et de progresser”

 

Envie de retourner à Salen, lieu de ce départ mythique, pour faire mieux ?

Bien sûr, on aurait même envie d’y rester ! Y retourner oui, mais dans des conditions où je pourrais exprimer mon potentiel à la manière des Scandinaves de mon niveau qui appartiennent à des teams pro ou semi pro, qui ont un suivi annuel de l’entraînement, qui ont des moyens pour partir en stage quelques fois dans l’année, une structure autour d’eux lors de la course. C’est vraiment ce qu’il me manque pour pouvoir prétendre jouer un peu plus devant. Quand on a déjà fait mieux on veut toujours essayé d’aller plus loin (46e en 2007, 90e en 2008, 55e en 2010, 80e en 2012 et 110e en 2013) mais pour ça il faut désormais s’entraîner plus et avoir une structure qui nous permettrait de progresser d’avantage.

 

Qu’avez-vous appris sur vous-même et également sur la technique du pas classique scandinave lors de cette épreuve ?

 Sur des efforts longs de ce genre, on progresse sur la connaissance de soi, sur les réactions de l’organisme face à l’effort, comment gérer l’arrivée des premières crampes, l’utilisation du matériel, l’usage de la technique du skieur pour faire varier les longueurs et la vitesse de contraction musculaire dans un souci d’économie. On ressort différent d’épreuves de ce genre. Sur la technique à proprement parlée, on a pu constater que c’est la première fois qu’un skieur sans fart de retenu gagne la Vasa. Ça veut dire deux choses : la première que le parcours vallonné de cette course nécessite d’être un skieur complet et non pas qu’un “pousseur”. Ils ne sont qu’une poignée à pouvoir réaliser cette performance et pouvoir prétendre à un bon classement. La deuxième étant que tous les scandinaves poussent fort. Non pas qu’ils poussent pendant 90 km mais que dès que c’est plat il faut s’accrocher ! Leur puissance du haut du corps est une constante chez eux et à tous les niveaux : des premiers aux derniers. Ils ont la culture du nordique mais également cette puissance que l’on retrouve chez les tout meilleurs sur le circuit classique mondial. Et c’est sur ce point qu’il faut que moi et nous Français progressions, je pense.